^

Politique

Hommages

« Talent politique », « elle a tenu son rang », « figure féminine » : quand la gauche rend hommage à la noblesse

Si la mort d’Elizabeth II a suscité l’émoi de l’ensemble des chefs d’États et des médias dominants, la gauche française n’est pas en reste. Depuis jeudi, elle brille par ses révérences à la représentante d’une des institutions les plus rétrogrades encore debout.

vendredi 9 septembre

Il était évidemment prévisible qu’à l’annonce de la mort de la reine d’Angleterre les médias bourgeois soient saturés des meilleurs sentiments et remplissent leurs colonnes d’hommages à la tête couronnée. Tour à tour, les dirigeants du monde entier sont venus ajouter leur contribution à l’hommage : « reine de cœur » pour Macron, bénéficiaire «  à juste titre de l’amour et du respect de ses sujets  » pour Poutine, «  femme d’État d’une dignité incomparable » pour Biden, etc. Un concert de louanges réactionnaires pour une figure anti-ouvrière, auquel la gauche française a cependant elle aussi tenue à se joindre.

Jeudi soir sur Twitter, Olivier Faure du PS a ainsi adressé «  ses pensées à la famille royale et à tous les britanniques  » qui, tous endeuillés selon lui, «  garderont en mémoire une reine qui a marqué leur histoire et fut tout au long de son règne, le symbole de leur unité  ». Une reine qui a surtout accompagné les politiques anti-ouvrières des gouvernements anglais successifs, pour Olivier Faure (premier secrétaire du parti socialiste), c’est une nation unie qui est debout, et ce alors même que le pays connaît un des épisodes de lutte des classes les plus forts de son histoire ces derniers mois.

Du coté des Verts, Sandrine Rousseau a salué une «  figure féminine  » et expliqué : «  sans être monarchiste, je suis respectueuse du talent et du sens politique. Elle a en eu beaucoup  ». Fidèle à sa tradition de célébrer toutes les femmes, qu’il s’agisse de Valérie Pécresse ou de la reine d’Angleterre, la figure d’EELV n’hésite pas à associer le « féminin » (voire le féminisme ?) à l’une des institutions les plus réactionnaires qui soit…

Même son de cloche du côté de Fabien Roussel qui « par-delà les considérations politiques » a déclaré éprouver une « tristesse sincère » pour celle qui a « tenu son rang ». Rappelant la durée de son règne, depuis les bains sangs de la Seconde guerre mondiale ou elle « tenait son rang » derrière la grande figure impérialiste de Churchill, le chef de file du Parti communiste semble lui aussi avoir oublié les horreurs qui ont parsemé son règne.

Du côté de la France Insoumise, le ton est à peine plus retenu. Si Alexis Corbière «  reste à bonne distance des commentaires béats sur la monarchie  » il finit par s’incliner devant le parcours historique de la reine et s’exclame : «  quelle vie !  ». Mathilde Panot se fait plus chaleureuse et exprime« toutes ses condoléances aux britanniques et à toutes celles et ceux affectés par le décès de la Reine Elizabeth II ». La députée Raquel Garrido a quant à elle carrément présenté ses « condoléances sincères » louant « son remarquable sens du devoir et son amour patriotique ».

Des hommages significatifs de la volonté de la NUPES et de la France Insoumise de donner des gages de respectabilité, en rendant hommage y compris aux institutions les plus réactionnaires. Face à la mort de la reine d’Angleterre, symbole colonialiste, impérialiste et aristocratique, nous considérons à l’inverse qu’il n’y a rien à regretter… si ce n’est que la monarchie reste en vie. Nous gardons nos hommages et nos condoléances pour les victimes de la monarchie britannique, et ceux qui subissent la domination de l’impérialisme.



Mots-clés

Elisabeth II   /    NUPES   /    Hommage   /    La France Insoumise   /    Politique