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Politique

Covid en France

Tandis que la situation sanitaire ne cesse d’empirer, la colère contre le « confinement light » grimpe

Ce jeudi, Olivier Véran et Jérôme Salomon ont fait état des dernières évolutions de la pandémie. Ces dernières 24h, 58 000 nouveaux cas ont été identifiés, un record depuis la généralisation des tests. Le ministre n'a annoncé aucune mesure supplémentaire en terme de gestion de la crise sanitaire. Le « confinement light » continue donc, avec les grandes entreprises qui continuent à produire et à engranger du profit tandis que les petits commerçants, mais aussi et surtout le secteur de l'éducation, expriment leur colère.

jeudi 5 novembre

Crédit photo : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

La situation épidémique continue d’empirer

Ce jeudi, lors d’une conférence de presse, le Ministre de la Santé Olivier Véran et le Directeur général de la Santé Jérôme Salomon ont fait état des dernières évolutions de la pandémie de Covid-19 en France. La seconde vague frappe durement le pays, qui est d’ailleurs le plus touché en Europe, avec 1,6 million de cas depuis le début de la pandémie. Ce sont aussi près de 40 000 personnes qui sont décédées du Covid en France depuis le début de l’année 2020. Ces dernières 24h, 58 000 nouveaux cas ont été identifiés, un record depuis la généralisation des tests PCR ; et 385 personnes sont décédées de la maladie. Selon Le Point : « Plus de 4 000 malades du Covid-19 sont désormais en réanimation ou en soins intensifs, avec une hausse continue du nombre d’admissions dans ces services sur 24 heures, selon les chiffres de Santé publique France mercredi 4 novembre. » Selon Jérome Salomon, 447 personnes ont été admises en réanimation ces dernières vacances, et il a même expliqué : « Un patient sur quatre qui entre en réanimation ne survivra pas quelques semaines plus tard  ».

Contrairement à la première vague, toutes les régions de France sont touchées. Le nombre de tests positifs augmente plus rapidement que le nombre de tests effectués, ce qui démontre une accélération de l’épidémie. Le nombre de patients en réanimation augmente lui aussi rapidement, devenant critique dans certaines régions comme en Île-de-France où 92% des lits de réanimation sont occupés. Cette situation force les hospitaliers à reprogrammer à plus tard des opérations non liées au Covid.

Un « confinement light » très contesté »

Si le gouvernement et Jérome Salomon ont présenté un bilan catastrophique de la situation épidémique, aucune mesure supplémentaire n’a été annoncée pour y remédier. La seule nouveauté est celle qui avait été annoncée plus tôt par le Préfet de Paris, concernant l’interdiction de livraison et de vente à emporter par les restaurants et bars, ainsi que de vente et consommation d’alcool sur la voie publique à Paris à partir de vendredi entre 22h et 6h. Si le confinement apparaît aujourd’hui inévitable pour freiner l’épidémie, le gouvernement persiste et signe dans sa gestion catastrophique et pro-patronale, qui a pourtant déjà prouvé son inefficacité. Pas de moyens supplémentaires pour les hôpitaux, pas de protocoles sanitaires améliorés dans les écoles, pas de fermeture des usines non-essentielles : c’est toujours la gestion répressive de la crise qui domine.

Le « confinement light » continue donc, avec les grandes entreprises – dont de nombreuses sont non-essentielles – qui continuent à produire et à engranger du profit pour les grands patrons ; tandis que les petits commerçants expriment leur colère et leur peur de perdre énormément suite à la fermeture de leurs commerces. L’exemple des libraires, qui a été particulièrement mis en avant ces derniers jours, démontre bien ce « deux poids, deux mesures » du gouvernement : tandis que les indépendants ferment et craignent la faillite, les supermarchés et l’industrie continuent de tourner à plein régime.

La colère sociale est bien présente

Cette colère de fond, si elle reste latente, a été bien identifiée par les éditorialistes de la presse bourgeoise. Pour le politologue Pascal Perrineau, « Emmanuel Macron va aussi devoir éviter une nouvelle “gilet-jaunisation” de la France qui, à partir des poches de chômage et de pauvreté qui vont s’étendre, irait plus loin que celle de 2018-2019. » Pour Cécile Cornudet des Echos, « ce schéma [du confinement « light »], moins efficace sur le plan sanitaire, n’empêchera pas non plus les drames sociaux » notamment dans les « secteurs sacrifiés » : « indépendants, jeunes en mal de petits boulots, petits salariés qui faisaient des extras », faisant craindre à un conseiller gouvernement qu’une « étincelle » n’allume « le feu social ». Corinne Lhaïk de L’Opinion évoque la colère des petits commerçants, mais selon elle, « Il faut se tourner vers le public pour trouver des germes de bouillonnement. » Elle évoque les hôpitaux mais aussi le mouvement en cours dans l’éducation, central car « la rébellion de la jeunesse fait davantage peur que celle du petit commerce. »

En effet, si la colère est bien réelle chez les commerçants, le risque d’une vraie explosion sociale d’un niveau de radicalité comparable à celui des Gilets jaunes se situe plutôt du côté du secteur public, des salariés et de la jeunesse. Le mouvement en cours dans l’éducation, où des professeurs de plusieurs lycées se sont organisés pour élaborer leur propre protocole sanitaire, contradictoire avec celui du gouvernement et du rectorat, est en ce sens l’expression de colère la plus avancée dans la période. Une mobilisation qui a d’ailleurs forcé Blanquer à de premiers reculs sur le protocole sanitaire dans le secondaire, et a accepté la mise en place de cours en demi-groupe et d’aménagements du Bac. Un exemple salutaire au moment où, comme nous l’avons souligné, la colère est profonde ; mais où elle peine encore à s’exprimer sur le terrain de la lutte des classes.




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