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Du Pain et des Roses

En défense des militants réprimés pour homophobie

Tarik, militant au NPA : "Je suis de ces pédés qui défendent les grévistes"

A Flandres pour le 49 ème jour de grève, un rassemblement de soutien aux grévistes de Vitry réprimés par leur direction était organisé. Beaucoup ont dénoncé l'instrumentalisation de l'homophobie. C'est le cas de Tarik, militant au NPA : « Parce que, pour les homos, comme pour les cheminots, seule la lutte paye. Y’a pas de lobby, y’a pas de privilèges, y’a que des combattants et des combattantes. »

mercredi 22 janvier

Crédit photo : O Phil Des Contrastes

Pour le 49 ème jour de grève, au dépôt de Flandres les grévistes avaient organisé ce piquet autour de la répression syndicale qui touche trois grévistes de Vitry et autour de l’instrumentalisation de la lutte contre l’homophobie. Tarik, militant au Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), était là en soutien. Nous retranscrivons ici son intervention.

Bonjour à toutes et à tous,

Je suis Tarik, je suis chômeur.
Depuis le 5 décembre je vais au dépôt RATP Belliard. Nous les chômeurs on a bien vu avec la réforme sur l’assurance chômage que quand on ne se bat pas, on perd.
Et pour les chômeurs et les chômeuses la situation va encore s’aggraver en avril, si on n’a pas de mouvement. Mais pour un chômeur c’est pas évident de se mettre en grève.

Pour nous c’était une attaque directe, contre les flemmards et les profiteurs, les assistés ; on n’a pas eu le droit à l’entourloupe de "l’âge pivot", "l’âge d’équilibre", loi de "L’universalisme" et de "justice". Voyez tous ces mots du pouvoir, vous les connaissez, vous les reconnaissez et vous les combattez.

Ici on sait bien que quand on nous parle "flexi-securité" c’est pas plus de sécurité, c’est de la flexibilité pour les pauvres, c’est l’obligation de travailler plus et à des horaires encore plus casse-couilles.

Depuis quelques années, tous autant qu’on est, on tilt quand on entends le mot "charge sociales", parce qu’on sait qu’il ne s’agit pas de "charges", de quelque chose de louuuuurd, mais de "cotisations sociales" et donc du salaire différé qui permet de ne pas mourir quand on est malade, vieux ou au chômage.
On sait que quand au gouvernement ils parlent de la grève, ils parlent de "grogne" comme si on était des animaux, de jeudis noirs, de prises d’otages.
Tout ça c’est le vocabulaire du pouvoir. Et trop souvent on l’entends repris par nos collègues, par nos amis, par nos familles.

Et le langage on le sait : ça forme l’idéologie.
Et parfois les mots disent ce qu’on ne veux pas dire.

Et dans le langage commun, donc le langage dominant, celui qui domine, qui est là tout le temps, le mot « Pédé » on nous fait croire que c’est synonyme de « faible », « suceur de bite », on nous fait croire que c’est être "larbin du patron", alors que quiconque a eu une bite dans la bouche sait qui des deux a le pouvoir dans cette situation, lequel des deux a les dents le plus aiguisés.

Et bah oui camarades, ces mots, il ne faut pas les utiliser parce que que vous le vouliez ou non , ça attaque, indirectement vos camarades qui sucent des bites.
Et à partir du moment où on vous dit que ces mots : « pédés », « enculés », « suceurs de bite » c’est des mots qui nous divisent dans notre camp social, qui ne nous aident pas, il ne faut pas les utiliser, tout simplement parce que vous n’avez pas envie d’être des connards.
Et parce que vous n’êtes pas des connards. C’est aussi simple que ça.
Donc si vous voulez dire larbin du patron, vous dites larbin du patron !
Parce que les Pédés, et les suceurs de bite sont aussi dans la lutte, à vos cotés ; pas toujours avec un drapeau, mais on est là.

Je fais un aparté, parce qu’il y a un autre souci, mais quand on pense pédé, beaucoup pensent : mec gay du marais riche et intégré dans la société, parce que c’est ce qu’on nous montre à la télé ou dans Têtu. MAIS IL NE SONT PAS REPRÉSENTATIFS, comme moi je ne représente pas TOUS les gays et encore heureux !!
Nous les pédés, ne flottons pas au dessus des réalités sociales, on a pas une carte bancaire GAY, avec des billets roses. Nous aussi on est au chômage, nous aussi on est précaires, nous aussi on habite en province ou en banlieue, nous aussi on est dans les syndicats, nous aussi on est dans la grève.
Je ne le dis pas tant pour vous que pour les associations LGBTI qui ont tendance à l’oublier, à cause d’un trop grand entre-soi parisien.

Mais toute cette question est encore plus emmerdante.
Parce que la direction de la RATP est en train de faire virer des camarades pour « homophobie »

Je le dit clairement, nettement, et simplement. LA DIRECTION DE LA RATP N’EN A RIEN A FOUTRE DE LUTTER CONTRE L’HOMOPHOBIE. LA DIRECTION DE LA RATP VEUT FAIRE DES PROFITS ET QUE LA GREVE S’ARRÊTE.
Et ce par tous les moyens : ils ont engagé des huissiers, des gardes-chiens et nous foutent la police sur le dos.
Leur seul but est de taper les têtes qui dépassent, pour stopper le mouvement.
L’homophobie est un prétexte et on est nombreux ici et sur les piquets de grèves, homo qui ont fait leur coming-out ou pas, à dire NON. Non nous ne voulons pas être utilisés comme bouclier par la direction de la RATP pour mener la répression syndicale.

Et c’est encore plus grave, parce qu’on a SOS Homophobie qui est rentré dans la bataille en portant plainte.
SOS homophobie c’est pas comme les autres associations qui ont signé une tribune dans Têtu contre l’homophobie dans les manifestations. Les autres associations sont des regroupements de macronistes ou de policiers qui ont ça de commun que d’être homo et macronistes à la fois.
Par exemple, parmi les signataires on a l’association « FLAG » qui est l’association des policiers homosexuels.

Qui signe une tribune contre l’homophobie en manif. ON CROIT RÊVER. Faites le ménage dans la police d’abord. J’ai été en garde à vue une fois dans ma vie, j’ai eu le droit à « Pédé », « tu vas te faire violer en prison », « blagues dégueulasses sur la savonnettes », « princesse" etc. Donc que les gays de la police gèrent la police homophobe d’abord. On remarquera que ces gens se sentent d’abord solidaires des policiers avant d’être solidaire des homos. Il est là votre grand Lobby LGBT.

SOS homophobie c’est différent, ils vont dans les écoles faire de la prévention, ils sortent un rapport annuel et luttent sur le terrain. Ils sont utiles. Je pense que c’est une sortie de route, une erreur et que, à force de faire que de la lutte contre l’homophobie morale : « l’homophobie c’est pas bien parce que c’est pas bien », ils en oublient les réalités des gays d’aujourd’hui.
Je demande ici solennellement à SOS Homophobie de retirer cette plainte.
Parce que s’ils croient à ce qu’ils disent, même si ils croient qu’il s’agit d’homophobie. Es-ce que VRAIMENT SINCÈREMENT on combat l’homophobie en foutant des gens au chômage ou devant les tribunaux ?
Et en tout cas je suis certain que dans cette situation ça n’est pas de ça dont il s’agit.

Il y a une petite musique derrière tout ça, une musique dégueulasse qui se répand dans les association et dans le milieu gay notamment, parce que l’extrême droite est très forte, c’est que l’homophobie serait l’apanage des pauvres, des quartiers populaires, des ouvriers, des noirs et des arabes. C’est FAUX !
C’est pas la CGT et Sud rail qui ont manifesté dans la « Manif pour Tous » ce week-end contre les droits des lesbiennes, c’est la droite, c’est l’extrême-droite.

Si on veut aller plus loin, on peut regarder l’histoire, la première dépénalisation de l’homosexualité c’est pendant la Révolution russe, le premier candidat à la présidentielle à s’être rendu à une marche des fiertés, c’est Alain Krivine. Il était candidat de la Ligue Communiste Révolutionnaire. La dépénalisation en France c’est la gauche ; le pacs, c’est la gauche ; le mariage pour tous, c’est la gauche. Et si vous trouvez qu’on a plein de droits et de privilèges, et que c’est génial d’être homo en France, eh bien c’est comme pour les régimes spéciaux de la RATP : c’est grâce aux luttes. C’est parce que le Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire s’est battu dans les années 70, c’est parce que Act-up s’est battu, c’est parce que, pour les homos, comme pour les cheminots, seule la lutte paye. Y’a pas de lobby, y’a pas de privilèges, y’a que des combattants et des combattantes.

L’homophobie est partout et j’en sais quelque chose, J’ai dû démissionner de mon premier travail précaire à Marseille pour cause d’homophobie du patron et de certains collègues. C’est qui les suceurs de bite du patron maintenant ?

Si je suis ici, c’est pour tordre le cou à l’idée selon laquelle il y a d’un coté la direction de la RATP, le gouvernement et la police, accompagnés des associations LGBTI et de l’autre les grévistes. NON. Nous aussi, des pédés, et des suceurs de bite, sommes solidaires des grévistes qui ont perdu un mois de salaire pour nous, ils défendent nos retraites, à nous les trans qui n’avons pas de carrière complète, à nous les couples de femmes qui galérons avec des salaires plus bas que les hommes, à nous les personnes séropositives qui avons du nous battre contre le sida et qui avons donc un trou dans notre carrière, à nous les pédés précaires, à NOUS TOUS. Parce que c’est tous ensemble qu’on est attaqué, et c’est tous ensemble qu’on doit répondre, parce que c’est notre classe, c’est notre vie, c’est notre lutte. c’est nos retraites !

Caisse de grève de Flandre




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