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Politique

Témoignage. Banalisation des fouilles avant les manifestations Gilets Jaunes

Nous relayons ce témoignage, d’une fouille, sur le pont de pierre à Bordeaux avant une manifestation. Un procédé qui devient maintenant trop banal, cette fois encore couplé avec une tendance sexiste : « Les femmes serviraient à faire passer le matériel en cachette ». Une confrontation à la police décrite de manière poignante !

lundi 11 mars

Je n’avais jamais eu d’altercation avec la Police. Évincée comme d’autres par un apparat sexué et racisé de femme blanche. Lambda, quoi.

Et puis est venu samedi 16 février l’Acte XIV des Gilets Jaunes.

Aux alentours de 14h, en marche vers la Place de la Bourse, Stalingrad dans le dos, je me suis faite interpellée sur le Pont de Pierre par une brigade de forces de l’ordre bras dessus bras dessous. Un des agents m’a immobilisée arbitrairement sur le bas côté puis m’a demandé d’ouvrir mon sac à main. Argument à la clé : les femmes serviraient à faire passer le matériel en cachette, « ça s’est vu ».

Comme les résistantes durant le régime de Vichy, m’sieur ? Je me suis gardée de lui poser la question. Les piétons, retranchés rive droite faute de moyens, continuent leur longue procession vers les vitrines du centre ville non-exemptes de leur délogement. « Bordeaux, ma ville » n’est pas celle des youyous stridents, des étudiants fêtards et des smicards miteux. Elle dessert goulûment le capital en bouchées de cannelés.

La froide mécanique de surveillance relève mes lunettes de piscine et stoppe net la procédure de fouille. J’aurais pu plaider la pataugeoire municipale, le miroir d’eau de notre déjà regretté maire sortant, mais non. « Je vais manifester. » Trop honnête la pépettes. Le bagou plaisantin, tel un adulte sermonnant un enfant devant sa bêtise, attendri par la réminiscence de ses propres erreurs de jeunesse, patauge dans un paternalisme sans fond.

L’eau mouille. Les gazes lacrymos piquent les yeux. Et les méchants Gilets Jaunes doivent fuir s‘ils ne veulent pas les avoir larmoyants de rouge. Ils ne comprennent décidément rien aux règles du jeu ces prolos. Que notre bon vieil gardien de la paix se complaise avec ses jouets mais rien dans notre agenda prévisionnel ne programme encore de sédition.

Il décide de me filmer aux yeux de tous. De haut en bas. C’est humiliant, c’est dégradant et outrageusement intrusif. À défaut des caméras environnantes dont on s’est accoutumées, celle d’un flic vous déshabille de pleins fouets. J’enrage et bouillonne. Mon permis est également saisi puis photographié avant de m’être restitué. Me voilà fichée, à l’instar de tous me direz-vous.

L’intéressé finit par me glisser un : « Je me souviendrai de toi. » Le point de bascule entre la drague et l’intimidation est si infiniment minime qu’il m’en manque peu pour gerber. Le sacro-saint homme, sur le banc des mutilants, sonne mon salut et me fait grâce de mon attirail. Moi la petiote sans-culotte ne serai pas défroquée. Aussi aurait-il agit de la sorte envers un autre phallus ?

J’ai bien conscience que mon expérience reste bénigne là où beaucoup en ont expérimenté de bien plus traumatisantes. Elle s’inscrit néanmoins dans un récit collectif où les répressions policières crispent l’ordre établi de facto vicié. Rare sont désormais les surpris devant les mains salies de l’État.

Moi aussi je ne t’oublierai pas, bonhomme.

Crédit photo : JohanPx Photographie




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