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Logistique : "Dans les usines, oui, c’est la guerre ! On est livrés à nous-mêmes sans protection !"

Au milieu de la crise sanitaire en cours, dans de nombreuses usines et lieux de travail, les ouvriers et ouvrières s'organisent pour montrer aux patrons que "Nos vies valent plus que leurs profits !". Nous relayons le témoignage d'Anthony Artner, délégué syndical CGT chez Logifare, site logistique en Moselle.

mercredi 18 mars

Propos recueillis par Laura Varlet

Je suis délégué syndical CGT chez Logifare en Moselle, site logistique. Nous somme prestataires de services dans le milieu du DVD, équipements de plongées, produits de nutrition type complètement alimentaire protéine, etc. Il y a aussi une station de lavage pour les camions et du stockage de produits plastiques pour des clients comme Total.

Depuis les annonces du président et étant donné que nous nous situons dans une zone gravement atteinte par la pandémie, la situation sur le site est devenue rapidement très critique. Les salariés ont très peur pour leur santé et ne comprennent pas pourquoi la direction n’a pas immédiatement arrêté l’activité. Nous ne sommes pas une activité essentielle pour la population. Par ailleurs, les mesures d’hygiène et de sécurité ne peuvent être respectées par la pénurie de gels, lingettes et produits désinfectants, nous n’avons pas de masques, pas de gants, les distances de sécurité ne peuvent pas être respectées partout. Les gens manipulent les mêmes produits à tour de rôle pour la préparation des commandes, les salles de pause et les toilettes ne sont pas désinfectées... Il y a des agents de sécurité qui effectuent des contrôles à chaque sortie de chaque entrepôt donc les gens déposent les effets personnels dans le même bac qui n’est pas désinfecté non plus....

Le non-respect des mesures élémentaires d’hygiène qui mettent sérieusement en danger nos vies et celles de nos familles nous a poussé à faire un droit d’alerte immédiatement. Après les annonces du président jeudi dernier, nous avions demandé une réunion extraordinaire et nous avions parlé de l’éventualité de mettre les salariés au chômage partiel, ce qui a eu l’accord de Conseil Social et Economique (CSE). Par la suite, il y a eu la deuxième annonce de faite et la panique s’est amplifiée chez les salariés, qui ont commencé sérieusement à craindre pour leur santé. Tout le monde est confiné, nous n’avons pas le droit de sortir se promener, mais par contre nous devons continuer de trimer au travail pour que les patrons continuent de s’en mettre plein les poches ?!

Malgré nos alertes et la déposition d’un droit d’alerte dans le cahier prévu à cet effet, la direction n’avait pas l’intention de fermer et voulait attendre la décision des clients. Bien sûr nous savons très bien que ça ne serait pas les clients qui allaient arrêter leur business pour nous protéger ! Eux qui sont loin à l’abri dans leurs bureaux ou en télétravail. Nous avons donc discuté avec l’ensemble des salariés pour s’organiser et exercer notre légitime droit de retrait face au mépris de nos patrons ! On devait commencer notre droit de retrait ce matin et une très grande majorité de salariés y était favorable.
De suite, la direction nous a rappelé pour nous mettre en relation avec le grand patron de l’entreprise, qui se trouve en Belgique, auquel nous avons imposé que les gens qui le souhaitent puissent rester chez eux en chômage partiel. C’est clairement la menace de droit de retrait et la peur du patron à ce que les salariés s’organisent et exercent leur droit de retrait collectivement qui a fait reculer la direction !

Dès ce matin-là DRH, qui était en télétravail, s’est déplacée pour faire signer à chaque salarié qui le souhaite un document pour être en chômage partiel à partir de demain. Ils vont quand même maintenir un recours aux réquisitions d’un personnel minimum si besoin, mais nous serons bien évidemment là pour contrôler que ces réquisitions se passent dans le respect des règles d’hygiène et de sécurité, sinon les salariés concernés exerceront leur droit de retrait comme prévu aujourd’hui. Notre droit de retrait est très largement justifié ! D’ailleurs, nous continuons de revendiquer le fait de suspendre l’ensemble de l’activité. Il n’y a rien d’essentiel dans notre activité, il est criminel de continuer d’exposer certains salariés à des risques importants juste pour satisfaire certains clients ! C’est inadmissible que l’on joue de cette manière-là avec notre santé et celle de nos familles ! Le site devrait être fermé, tout le monde à la maison payé à 100% par le patron !

Pour ce qui concerne les déclarations du président, il a employé plusieurs fois le terme de "guerre"... Dans les usines, oui, c’est la GUERRE ! On est livrés à nous-mêmes sans protections suffisantes ! Il y a des pénuries de gel ou masques, des réquisitions pour le corps médical, ce qui est tout à fait normal, mais pourquoi faut-il, dans ce contexte, maintenir ces activités qui ne sont pas fondamentales et essentielles pour la vie de la population ? On ne joue pas avec la vie des gens ! Visiblement le gouvernement ne le fera pas, les patrons encore moins, donc c’est à nous de nous organiser pour imposer l’arrêt des entreprises non essentielles à la vie de la population ! C’est partout qu’il faut appliquer le droit de retrait et faire comprendre à nos patrons qu’on ne joue pas avec notre santé et qu’on ne se laissera pas faire ! Nos vies valent plus que leurs profits !

Crédit-photo : Archives RL




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