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Notre classe

Augmentation des salaires !

Témoignage. « Derrière la caisse du supermarché, on voit la pauvreté des clients augmenter »

Alors que l’inflation est la préoccupation majeure des travailleurs en cette rentrée, nous publions le témoignage d’une caissière confrontée au désarroi des clients face à l'augmentation des prix.

lundi 5 septembre

Photo : ALEXANDER NEMENOV / AFP

Au casse-tête et à la corvée habituelle des courses s’ajoutent aujourd’hui les difficultés liées au porte-monnaie. Derrière l’écran de nos caisses, nous voyons que le comportement des clients a changé ces derniers temps. Les gens font attention à ce qu’ils dépensent, se ruent sur les promotions, font preuve de beaucoup d’ingéniosité à l’heure de faire les courses.

L’inflation touche aussi bien les ménages les plus pauvres que les classes moyennes, qui ne cessent d’exprimer leur étonnement, voire leur désarroi au moment de l’annonce du montant de la note. Toujours avec le sourire et politesse, nous annonçons les mauvaises nouvelles : des caddies dont le montant dépasse les 150 voire les 200 euros pour des achats courants. Ce qui était rare quelques mois auparavant est devenu la norme. “Etes-vous sûr qu’il n’y a pas une erreur ?”, “Mais je n’ai qu’un seul sac de course !”, “Tout augmente, mais pas nos salaires…”, “Vu le prix de l’essence, il va bientôt falloir choisir entre manger et aller travailler”, peut-on entendre derrière nos caisses de supermarchés. Entre collègues, ces commentaires des clients sont devenus un sujet de discussion courant.

A l’heure de faire leurs courses, les clients redoublent d’ingéniosité pour dénicher les promos. Venir avec une sœur ou une amie pour bénéficier d’une remise qui ne peut s’appliquer que sur un seul passage en caisse par jour. Il y a aussi ceux et celles qui viennent plusieurs fois dans la journée et qui passent à des caisses différentes pour avoir droit aux promos, ceux qui ouvrent plusieurs cartes de fidélité. On lit leur déception lorsqu’on leur explique qu’ils n’ont pas droit à une remise alors qu’ils croyaient avoir trouvé la bonne affaire.

Les personnes les plus précaires ainsi que les petits commerçants peuvent faire des kilomètres afin d’obtenir des rabais. Les produits basiques alimentaires sont les plus recherchés, mais aussi les couches pour bébés, et les produits d’hygiène.

Celles qui font les courses pour autrui, comme les aides à la personne, méritent une mention spéciale. Elles font des pieds et des mains pour trouver les meilleurs tarifs afin d’alléger le montant de la note des personnes qu’elles ont en charge. “Il y a des personnes pour qui un euro est un euro de trop”, se désolent-elles. Elles aussi côtoient la misère au quotidien et sont tout aussi indispensables au bon fonctionnement de la société que les caissières, peu valorisées dans leur travail.

Entendre ces lamentations tout au long de la journée devient désespérant. Nous nous mettons à la place des gens car nous vivons la même chose au quotidien. Nous aussi nous n’arrivons pas à boucler les fins de mois. Un sentiment de solidarité nous envahit car nous sommes tous dans le même bateau.

Les prix des produits alimentaires ont connu des augmentations exponentielles ces derniers mois, sur les rayons alimentation et hygiène. Certaines huiles ont augmenté de 53% leur prix, les farines 28% et les pâtes 19%. Alors que les prix avaient déjà augmenté la rentrée passée, en raison de la reprise de l’économie après la crise sanitaire, la Guerre en Ukraine a aggravé les problèmes d’augmentation du prix du carburant et de certaines denrées comme le blé, la farine, ou l’huile.

En parallèle, les grandes enseignes continuent à faire des bénéfices faramineux qui servent à engraisser les actionnaires au lieu de donner des augmentations de salaires aux employés, déjà très précaires avec des salaires souvent en-dessous du smic à cause des contrats à temps partiels imposées qui existent depuis toujours dans le secteur du commerce et notamment dans la grande distribution.

Toutes les enseignes se placent en paladins de la défense du pouvoir d’achat en établissant des prix promotionnels. Mais ces techniques de vente ne sont qu’un leurre, elles servent à attirer la clientèle vers leur supermarché afin d’acheter d’autres produits qui ne sont pas en promotion, sachant que l’alimentation et l’hygiène sont des denrées dont on ne peut pas se passer.

Au moment du mouvement des Gilets Jaunes, les caisses des supermarchés étaient comme une caisse de résonnance du mécontentement de la société. Quelque chose d’exceptionnelle germait : « le 17 on se retrouve dans tel rond-point » ou « le 24 on monte à Paris !”, pouvait-on entendre dans les files de caisse. Aujourd’hui, les difficultés à payer les courses, mais aussi les factures, l’essence, etc, laissent penser que cette situation ne peut pas durer longtemps. Nous vivrons très certainement dans les mois à venir des combats de la classe travailleuse et des secteurs populaires paupérisés contre l’inflation et la cherté de la vie.

Face à cette urgence, il est de la responsabilité des directions des syndicats de préparer un plan de bataille à la hauteur pour l’augmentation des salaires. En particulier pour tous ces métiers, souvent très féminins et pénibles, qui sont à peine payés au SMIC, et ont pourtant une véritable utilité sociale. Il faut indexer les salaires sur l’inflation afin que ce ne soit pas aux plus précaires de payer la crise, alors même que des groupes comme Total Energies ont fait ce dernier semestre des bénéfices records grâce à l’augmentation des prix du carburants.

Face à toutes ses grandes entreprises qui profitent de la guerre et de l’augmentation de la cherté de la vie, nous devons exiger une transparence et un contrôle des travailleurs de ces entreprises et de la population sur la formation des prix. Pour qu’aucun précaire n’ai plus à compter chaque centime.



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