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Société

Entrave au droit de manifester

Témoignage. Gardé-à-vue, fouillé à nu et interdit de paraître à Paris pour 6 mois, pour avoir manifesté

"Le 21 sur Paris j'ai participé à la manif pour le climat". Celui qui écrit ces mots ne s'attendait sans doute pas à faire partie des 158 gardé-à-vues ce samedi, pour le seul fait d'avoir exercé leur droit à manifester. Encore moins de subir l'humiliation d'une fouille à nu, et d'être condamné à l'interdiction de paraître à Paris pour 6 mois. Témoignage.

mercredi 25 septembre

Photo : Serge D’Ignazio

"Le 21 sur Paris j’ai participé à la manif pour le climat. Au point d’arrivée de la manifestation, vers 18 heures au niveau du parc de Bercy, nous nous sommes fait gazer et repousser. Arrivés dans une petite rue, les gaz et les charges continuent. Avec un petit groupe on parvient à sortir de là. Arrivés de l’autre côté, des policiers et voltigeurs arrivent. Un mouvement de foule se crée et on se dirige vers un pont ferroviaire. Les forces de l’ordre arrivent en masse, on se retrouve coincés, un gendarme me plaque contre le mur et me hurle dessus pour que je m’allonge au sol. Nous sommes plusieurs petits groupes assis contre le mur et entourés de gendarmes. Les fouilles et contrôles d’identité commencent."

"Mon arme : une paire de lunettes de protection"

"Une commissaire passe, et garde-à-vue pour les premiers ! Nous étions une vingtaine. Notre faute ? Avoir couru ! On se retrouve Serflex aux poignets, pour ma part non pas paume contre paume mais côté phalanges, soi-disant ça fait moins mal... de là nous sommes chargés dans les camions direction le commissariat du 18ème. A l’arrivée, une nouvelle fouille et contrôle d’identité. L’OPJ m’accueille. Ce qui m’est reproché : attroupement en vue de commettre des violences, des dégradations et détention d’arme. Mon arme : une paire de lunettes de protection. Finalement ça n’a pas été retenu par l’OPJ. On nous avait dit que ça ne durerait pas plus de 4 heures mais là on m’annonce que je ne sortirai que le lendemain matin."

"On m’amène dans une pièce où je dois me mettre tout nu"

"Direction les cellules, nouvelle fouille un peu plus approfondie, on m’amène dans une pièce où je dois me mettre tout nu. De là, direction la cellule. Nous étions 3, pas le droit de boire ou d’aller aux chiottes, on nous balance la bouffe à travers une petite trappe. Le lendemain, à force d’avoir soif et envie de pisser, et sans réponse concernant notre sortie, je me mets à gueuler et taper contre la porte, comme mes camarades de cellule voisine. Un flic passe et nous ferme cette petite trappe où l’on nous donnait à manger comme des chiens.

Puis les flics nous laissent enfin aller boire et pisser. Direct après, on est enfermés à nouveau. On nous jette un peu plus tard par la petite trappe quelques gâteaux périmés et une briquette de jus d’orange. On n’a ni matelas ni couverture, la cellule pue la pisse et on aperçoit des rats passer devant la cellule. En fin de matinée, un camarade de la cellule saigne du nez abondamment. On frappe, on gueule et on se reçoit juste des ’vos gueules’ et ils referment la petite trappe. A force d’insistance, ils reviennent et le prennent en charge.

Nous ça continue, puis le dernier camarade de ma cellule peut finalement sortir. Moi j’ai attendu jusqu’à 15h30 et là on m’a demandé de signer mon rappel à la loi et une interdiction du procureur d’être à Paris pendant 6 mois, sous motif d’avoir participé à un groupement en vue de commettre des dégradations et des violences.

Un détail mais pas des moindres. A part m’avoir dit que j’étais placé en garde-à-vue, l’OPJ ne m’a pas donné mes droits, et quand je lui ai demandé de passer un appel pour prévenir mes amis, elle m’a dit que c’est elle qui le ferait, elle a pris le numéro et le message que je voulais transmettre mais n’a rien fait.

Je précise que je n’avais pas de gilet jaune, je milite au niveau social et écologique. Je suis de la région occitane. Les conséquences de cette interdiction sont pour moi une entrave à la liberté de circuler, et plus grave, une entrave à la liberté de manifester sur les luttes qui sont bien souvent plus visibles et conséquentes sur Paris."

Pour nous faire parvenir vos témoignages, coups de gueule... écrire à siterevolutionpermanente@gmail.com.




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