×

Garde-à-vue

Témoignage. « Un policier m’a menacé de me péter la gueule s’il me revoyait en manifestation »

« Ils m’ont arrêté à 300 mètres de la manifestation parce que j’étais habillé en cycliste » : dans le cadre de la campagne contre la répression lancée par Le Poing Levé, nous relayons le témoignage de Léo, travailleur interpellé alors qu’il se rendait à la manifestation du 23 mars.

Facebook Twitter
Témoignage. « Un policier m'a menacé de me péter la gueule s'il me revoyait en manifestation »

Crédits photo : Dorian M

Ce témoignage a été recueilli dans le cadre de la campagne anti-répression menée par le collectif jeune de Révolution Permanente, le Poing Levé. Pour y participer également et témoigner, vous pouvez remplir ce formulaire.

Le Poing Levé : Bonjour, merci de nous accorder ton témoignage. Peux-tu commencer par te présenter et nous dire depuis quand tu es mobilisé ?

Je m’appelle Léo*, j’ai 36 ans et je suis responsable commercial dans une entreprise qui lutte contre le gaspillage alimentaire à Paris. J’ai milité pour La France insoumise pendant les dernières présidentielles mais j’ai arrêté suite aux différentes affaires liées à Quatennens et Coquerel… Cela fait deux ans que je me mobilise de manière régulière et je me suis mobilisé dès le 19 janvier contre la réforme des retraites.

Le Poing Levé : Peux-tu nous raconter comment s’est déroulée ton arrestation et ta garde-à-vue ?

C’était le 23 mars, le rendez-vous avait été donné à Opéra. Je travaillais ce jour-là, j’ai donc décidé de rejoindre la manifestation après mon travail, à 18 heures à Opéra. J’ai pris mon vélo, que j’ai déposé vers la Comédie-Française, à 300 mètres de la manifestation. J’étais habillé en cycliste, donc je portais une casquette et des gants de cycliste. Je me dirige vers la manifestation, et des policiers m’arrêtent pour contrôler mon identité. Ils me demandent pourquoi je porte des gants. Je leur réponds que je suis cycliste et que ce sont des gants de protection, ils me rétorquent alors que c’est interdit d’en porter et ils décident alors de m’emmener en garde-à-vue.

Donc ils m’ont arrêté à 300 mètres de la manifestation juste parce que j’étais habillé en cycliste. Un des policiers m’a menacé ensuite de me « péter la gueule » s’il me voyait en manifestation. Il m’a dit que les manifestants étaient violents, et que la police ne faisait que se défendre face aux violents. Durant l’interpellation, il m’a regardé droit dans les yeux en me disant : « je suis très physionomiste, je me rappellerai de ton visage, j’espère que le message est passé ». Ils m’ont menotté et m’ont emmené au commissariat du 5ème arrondissement.

En arrivant au commissariat, l’OPJ a directement coché sur sa feuille : « rassemblement en vue de commettre des violences », sans même demander pourquoi j’étais là. J’étais avec d’autres manifestants dans ma cellule, qui avaient été ramassés et tabassés par des policiers. J’ai fait 42 heures de garde-à-vue, et on a été nourri trois fois en deux jours. Ils nous ont laissé la lumière allumée toute la nuit alors qu’ils n’avaient pas le droit. Les conditions étaient très dures, par exemple le bouton pour demander à aller aux toilettes ne fonctionnait pas donc il fallait taper très fort contre la porte, et ils arrivaient au bout d’une heure pour nous dire qu’on devait encore attendre.

Pendant mon audition, les policiers ont eu des propos ouvertement homophobes. Une policière disait, d’un ton insultant et moqueur : « Nous on n’est pas homophobes, on aime bien les PD » en répétant dix fois cette insulte. Un autre policier prenait des postures efféminées en répétant la même insulte. Aussi, le policier m’a fait une leçon de morale pleine de mépris de classe et de racisme, en me disant : « ça me rend triste que quelqu’un comme vous, avec votre éducation, pense cela des policiers ». Comme si, parce que j’étais blanc et que j’avais fait des études, je ne pouvais pas détester la police. À 3 heures du matin, j’ai été emmené au tribunal. J’avais une très grosse migraine, je n’avais pas mangé ni bu, j’ai demandé un médecin et mon avocat. Je n’ai vu un médecin que quatre heures après, et ils n’ont jamais appelé mon avocat. Je suis passé devant le procureur après neuf heures d’attente, sans mon avocat. Je dois maintenant réaliser un stage de citoyenneté qui coûte 150 euros et je dois payer une amende de 200 euros à une association « d’aide aux victimes ». Si je ne paye pas, je peux encourir des poursuites.

Le Poing Levé : Après cette arrestation, est-ce que ton rapport avec la police a changé ?

Je ne les aimais déjà pas, maintenant je les hais. Tous les jours, je les vois en bas de chez moi contrôler les mêmes personnes qui n’ont rien fait comme ce fut mon cas. Depuis mon arrestation, j’ai décidé de me renseigner et de me documenter sur l’institution policière.

Le Poing Levé : Tu es retourné en manifestation depuis ?

J’avoue que j’ai mis deux semaines à retourner en manifestation après l’épreuve de ma garde à vue. Mais j’y suis retourné, et je serai en manifestation le 6 juin

*Le prénom a été modifié


Facebook Twitter
Abaya, violences policières, précarité : Le Poing Levé fait sa rentrée à Paris 8

Abaya, violences policières, précarité : Le Poing Levé fait sa rentrée à Paris 8

SNU obligatoire : Macron veut mettre au pas la jeunesse, faisons front !

SNU obligatoire : Macron veut mettre au pas la jeunesse, faisons front !

Coupe budgétaire de 30 millions à l'université Paris Cité : il faut riposter face à l'austérité !

Coupe budgétaire de 30 millions à l’université Paris Cité : il faut riposter face à l’austérité !


Alimentation, logement, casse de l'université : quel programme face à la précarité étudiante ?

Alimentation, logement, casse de l’université : quel programme face à la précarité étudiante ?

Aggraver la sélection à la fac : un projet commun au gouvernement et à l'extrême droite

Aggraver la sélection à la fac : un projet commun au gouvernement et à l’extrême droite

Sans-facs. À Paris 8, la présidence refuse de soumettre au vote une motion contre la sélection

Sans-facs. À Paris 8, la présidence refuse de soumettre au vote une motion contre la sélection


23 septembre : rejoins le cortège du Poing Levé contre la répression de la jeunesse et le racisme d'État !

23 septembre : rejoins le cortège du Poing Levé contre la répression de la jeunesse et le racisme d’État !

Réprimer, stigmatiser, précariser la jeunesse : contre la politique de Macron, construisons la riposte !

Réprimer, stigmatiser, précariser la jeunesse : contre la politique de Macron, construisons la riposte !