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Politique

Justice pour Adama

Témoignage clé dans l’affaire Adama : les avocats livrent deux versions contradictoires

L’homme chez qui Adama Traoré s’est réfugié juste avant d’être arrêté par les gendarmes a été entendu aujourd’hui dans le cadre de l’enquête sur sa mort. Problème : selon l’avocat de la famille d’Adama, le témoin a affirmé que le jeune homme ne présentait aucun détresse respiratoire, tandis que l’avocat des gendarmes affirme qu’il a dit le contraire.

jeudi 2 juillet

Crédit photo : Bertrand Guay/AFP

Aujourd’hui était entendu un témoin clé dans l’affaire Adama Traoré : le jeune homme chez qui Adama s’était réfugié, avant son arrestation par les gendarmes, et sa mort peu de temps après, à la caserne de Persan. Chemli M. n’avait jusqu’à présent été entendu que par les gendarmes. Il a aujourd’hui pu livrer son témoignage aux magistrats en charge de l’enquête sur la mort d’Adama, ce que Me Yassine Bouzrou, avocat de la famille Traoré, réclamait.

C’est en partie sur la base de son premier témoignage qu’une expertise médicale a disculpé les gendarmes, mais ce témoignage comporte des faiblesse, comme le résumait l’avocat dans une interview au Parisien : “Cela pourrait invalider les expertises judiciaires médicales qui ont exonéré les gendarmes, car ces dernières reposent sur un témoignage totalement incohérent et mensonger (NDLR : sur la base de ce témoignage, le premier rapport de synthèse, réalisé en septembre 2018, affirmait que le « pronostic vital » de la victime présumée était « engagé de façon irréversible » avant l’arrivée des gendarmes sur les lieux de l’arrestation). Le témoin est contredit à cinq reprises par les éléments de la procédure.

L’audition du témoin a duré plus de quatre heures, à l’issue desquelles les avocats des deux parties ont livré des versions diamétralement opposées. Me Bouzrou affirme que le témoin s’est rétracté : “Il a affirmé que les éléments contenus dans son procès-verbal d’audition étaient faux. (…) Il a dit qu’Adama Traoré ne souffrait pas de détresse respiratoire, ne respirait pas bruyamment avant l’interpellation.” Cette version remettrait en cause l’expertise médicale et le témoignage des gendarmes.

Mais du côté des avocats des gendarmes, c’est un tout autre son de cloche. Selon eux, le témoignage conforte la version des gendarmes : “le témoin avait conforté la version qui avait été la sienne précédemment, et notamment sur un élément extrêmement important qui est l’état d’épuisement dans lequel Adama Traoré arrive à son domicile.” Pire, le témoin aurait même dit qu’Adama Traoré était en si mauvais état qu’il lui aurait dit “Je vais mourir” en arrivant.

Alors, qui a raison ? Chemli M. aurait-il donné deux versions contradictoires dans un même témoignage ? Ce qui est sûr, c’est que les avocats des gendarmes se raccrocheront à n’importe quel élément disculpant leurs clients, alors qu’il est avéré qu’Adama a subi un plaquage ventral extrêmement brutal et a été poursuivi sans raison valable, ce jour de juillet 2016. Comme ils se raccrochent encore à une expertise médicale pointant une maladie génétique, la drépanocytose, associée à une pathologie rare, la sarcoïdose, comme cause de la mort d’Adama, alors que ces conclusions ont été contredites par les médecins choisis par les parties civiles, dont un spécialiste de la sarcoïdose.

Alors qu’il a fallu 4 ans et 40000 personnes mobilisées devant le TGI de Paris pour que deux témoins clefs de cette affaire soit entendus, on peut encore une fois constater que le flou est délibérément maintenu par la défense des policiers. Le déni de justice que l’avocat de la famille Traoré qualifie de "violence judiciaire" est la deuxième face des violences et les crimes policiers que subissent les quartiers populaires dont les affaires sont toujours classées en non-lieu ou en relaxe.

Aujourd’hui plus que jamais, exigeons justice et vérité pour Adama !




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