^

Politique

« Une sale sensation m'envahit, comme de la peur. »

Témoignage d’un Gilet Jaune tabassé par la BAC : « Ils nous ont laissés là dans notre sang. »

« Tout devient noir avec un flash blanc et un gros « boum » dans mes oreilles. J'ouvre les yeux j'étais à terre KO, il manque quelques seconde a mon existence. Je crache mes dents, je saigne abondamment. » Passé à tabac par la BAC, un Gilet Jaune nous a fait parvenir son témoignage, que nous relayons ci-dessous.

lundi 21 janvier

« Ce samedi 19 janvier, comme tous les samedis, je me suis rendu à la manif pour faire entendre ma voix, comme tous ces français et françaises agacés par de multiples taxes et impôts ; un gouvernement qui ne pense pas à la classe moyenne qui trime des fois 7/7/24 pour pouvoir avoir un toit et de quoi donner un semblant de vie à ses enfants.

Ce jour là je devais aller travailler à 20h, ça me laissait largement le temps de suivre les cortèges dans les différentes rue de Toulouse. Pas de police à l’horizon tout se passait bizarrement très bien : batucada, chants, slogans ; bref, une manif comme on les aime.

A 17h00 pétantes, les CRS débarquent dans tous les coins de rue, nous encerclent et commencent le gazage. Un gaz qui d’ailleurs a beaucoup évolué en quelques semaines : il est passé de piquant à ultra violent.

La BAC apparaît et commence les lynchages, pendant que les CRS couvrent les 10.000 et plus manifestants d’un épais brouillard de gaz. On essaie de se séparer mais ils sont partout.

Une heure passe il est temps de trouver la sortie et de se préparer pour aller travailler. Je décide de boire un café et me rappelle qu’il y a la nocturne, Fly [Note de la rédaction : Maxime Nicolle, dit Fly Rider] en fait partie, je vais donc y faire un tour. Un peu plus d’une centaine de gilets jaunes présents, cool, les gens sont joyeux, les slogans reprennent et c’est parti.

Deux minutes plus tard dans une rue les CRS nous coupent en deux groupes. Ils commencent à nous courir derrière et nous envoyer dans des mini ruelles sombres et très étroites. On décide de monter pour couper par l’esplanade St-Georges. Je suis en tête car je veux vite rentrer chez moi : une sale sensation m’envahit, comme de la peur. Arrivé sur l’esplanade, c’est le guet-apens, je sais que je n’irai pas plus loin. Alors je me mets sur un côté, je lève les bras pour dire que je ne suis pas armé et que, au pire, je suis prêt a être pris sans broncher.

La BAC apparaît (une dizaine), armée jusqu’aux dents. Ils sortent d’un petit renfoncement dans le noir et passent à côté de moi. Arrivés à ma hauteur, ils passent sans même me regarder ; je baisse la tête et garde les bras levés – ils sont pas là pour moi. Le troisième arrive à ma hauteur et une boule me vient au ventre : il va frapper. J’ai eu le temps de baisser un peu le bras : la matraque atterrit sur l’avant bras, un deuxième me vide la lacrymo dans les yeux et la bouche, le troisième passe et me met directement la matraque dans la bouche. Tout devient noir avec un flash blanc et un gros « boum » dans mes oreilles. J’ouvre les yeux j’étais à terre KO, il manque quelques seconde a mon existence. Je crache mes dents, je saigne abondamment – j’hésite à me lever. Mais tout était calme, les cris avaient disparu.

Ils nous ont laissés là dans notre sang. Moi c’est les dents : 8 dents complètement éclatées ou bien expulsées – un autre était KO avec le crâne ouvert. Les medics sont venus au plus vite, heureusement qu’ils sont là. Ils font parfois face à des monstres sans pitié pour nous sauver »


Une cagnotte a été mise en place pour aider à financer ses soins :

https://paypal.me/pools/c/8bweM2RzmL




Mots-clés

Gilets jaunes   /    Témoignage   /    Violences policières   /    Politique