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Témoignage de Postier : « Les tournées deviennent inhumaines pour nous comme pour les usagers »

À La Poste, les conditions de travail et la qualité de service continuent de se dégrader malgré les alertes des syndicats et de cabinets d’expertises indépendants. Un facteur girondin témoigne pour Révolution Permanente de cette situation catastrophique.

mardi 1er novembre

Crédits photos : PASCAL PAVANI / AFP

Les alertes successives données par les syndicats et différents cabinets d’experts sur la dégradation des conditions de travail à La Poste démontrent que la situation ne cesse de s’aggraver. Avec l’accélération des réorganisations et des objectifs de rentabilité qui ne font que s’accroître, pour les salariés, c’est l’épuisement physique et psychique, des dépressions et des suicides. Du manque de personnel à la surcharge de travail en passant par des bas salaires et des primes dérisoires, c’est la dure réalité des travailleurs de La Poste. Nous avons interrogé un facteur girondin sur ses conditions de travail.

Révolution Permanente : La Poste offre toute une panoplie de nouvelles « prestations », quelle est la réalité derrière cette démarche ?

Adam* : Le développement des services aux personnes âgées se limite en réalité à une simple tablette payante et/ou à un abonnement. Dans le cas d’une personne qui se déplace à domicile, il faut savoir qu’il ne s’agit pas forcément du facteur qui va distribuer le courrier (malgré les divers supports publicitaires qui l’annoncent comme tel), dans la réalité, c’est un postier qui est affecté à cela. Le comble étant le fait que les agents sont amenés à réaliser le relevé du compteur du gaz ainsi qu’à jouer le rôle d’un commercial mettant en lien les usagers avec des produits et des services de diverses sociétés privées. La Poste profite ainsi de son implantation territoriale historique pour passer des partenariats avec des sociétés privées sur le dos des postiers. Autour de Lisieux, c’est avec GRDF (Engie) qu’un contrat a été passé, obligeant les collègues à porter une double casquette et à relever les compteurs.

On entend parler d’autres activités : diagnostics énergétiques, relevage de compteurs, déménagement, portage de médicaments, permis de conduire etc. Le principe étant d’inciter à la consommation, ciblant souvent des personnes fragiles et/ou âgées. Le courrier, autrefois fondement du service de La Poste, est délaissé afin de privilégier la distribution de la publicité, de colis et d’autres gadgets.

RP : La direction réduit le personnel et de ce fait les tournées sont élargies, qu’est-ce que cela implique dans les conditions de travail au quotidien   ?

Adam* : Cela implique un épuisement des salariés, une frustration grandissante de ne pas pouvoir réussir à finir la distribution de courrier dans une journée. Les tournées deviennent inhumaines pour nous comme pour les usagers qui n’ont plus de contact avec le facteur. Il n’y a pas le temps de faire toutes les boîtes aux lettres, encore moins d’établir un dialogue, notamment avec les personnes âgées comme c’était le cas à l’époque. Il y a une véritable dégradation du service, les tournées deviennent irréalisables. Il faut aller vite, il n’y a plus de temps pour la pause réglementaire. Les tournées sont bâclées par manque de temps et souvent, certaines rues doivent être jalonnées (report de la distribution à plus tard), ce qui produit un effet boule de neige, car le courrier non distribué s’ajoute à la tournée du lendemain, le service de distribution quotidien de courrier n’est pas assuré faute d’effectifs. Une dégradation constante dans la distribution du courrier et, de ce fait, de la mission de service public que doit assurer La Poste.

RP : Y a-t-il des remplacements pour les absences ou les départs ?

Adam* : Avant, il y avait des remplaçants, maintenant, par manque de moyens, le courrier reste stocké dans le centre de tri, et le lendemain, une personne aura le double de travail. Tout le travail de recherche et de correction en cas de courrier mal adressé afin de trouver le bon destinataire ne se fait plus par manque de temps, les courriers mal adressés sont renvoyés direct. Cela pénalise les usagers qui sont mécontents de ne pas recevoir leurs courriers.

RP : Comment penses-tu que la période des fêtes de fin d’année va se dérouler ?

Adam* : À l’approche des fêtes de Noël, l’angoisse s’installe, car la période risque d’être rude avec l’accroissement de distribution des colis. Chaque tâche qui s’ajoute oblige à travailler plus vite, il s’agit de plein de petites tâches qui prennent du temps et surchargent encore plus les agents.

RP : Quel serait de ton point de vue la solution pour mettre un frein à cette dynamique ?

Adam* : Pour retrouver le sens de mission de service public de La Poste, une lutte d’ensemble contre la privatisation et la précarisation des conditions de travail est primordiale, pour la renationalisation du service essentiel qu’est La Poste et pour une augmentation généralisée de tous les salaires. Il faut construire un véritable rapport de force et s’unir aux secteurs qui sont aujourd’hui en lutte. Élaborer un plan de bataille dans les bases, avec des Assemblées Générales qui discutent et qui décident au jour le jour les pas à suivre pour faire plier le gouvernement sur l’augmentation des salaires et l’amélioration des conditions de travail.

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* Le nom du postier a été changé dans un soucis d’anonymat.



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