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Politique

Quand j’entends parler de culture, j’envoie mes CRS !

Témoignage de l’évacuation du théâtre de l’Odéon jeudi 28 avril au soir.

Un des occupants de l’Odéon Théâtre de l’Europe témoigne de la violence avec laquelle ils ont été traités par les CRS

vendredi 29 avril 2016

« Après 99 heures d’occupation et aux alentours de 20h, plusieurs dizaines de CRS ont pris d’assaut la terrasse et la salle attenante, dans laquelle nous étions réunis en AG. Le commissaire de police nous a proposé une alternative : l’évacuation par la force avec garde à vue et poursuites judiciaires ou l’évacuation de notre plein gré sans suites. Nous avons choisi la première option, nous étant auparavant mis d’accord pour résister à l’expulsion en formant, assis, une chaine humaine. Suite à cela, les CRS nous ont arrachés puis portés un à un sur les trois étages de l’odéon et jusqu’à la rue, où nous avons tous été relâchés sans contrôle d’identité ni poursuites. En bas nous attendait une foule de plusieurs centaines de personnes venues en soutien, et sans lesquelles l’issue de la soirée aurait sans doute été bien différente pour nous. Merci à elles : nous sommes tous sains et saufs.

Auparavant dans la journée nous avions choisi de continuer d’occuper le théâtre, bien que la négociation des syndicats du secteur concernant les annexes 8 et 10 de l’assurance chômage (régime de l’intermittence) ait abouti à une proposition comprenant plusieurs avancées importantes. De fait, cette proposition d’accord doit encore être expertisée sur le plan budgétaire au cours des trois prochaines semaines, pour être ensuite proposée au patronat et aux syndicats de salariés. Or, nous savons d’ores et déjà que le Medef ne validera pas cette proposition, cet accord ne rentrant absolument pas dans les critères économiques définis dans leur lettre de cadrage.

De plus, bien que notre objectif principal depuis le début de l’occupation était de peser sur ces négociations en particulier, nous occupions également les lieux en opposition aux économies imposées à tous les chômeurs, et non pas seulement les intermittents, par le Medef et le gouvernement, ainsi que contre le projet de loi travail. A l’intérieur nous étions des intermittent(e)s mais aussi des étudiant(e)s, des chômeur(se)s, des participant(e)s à nuit debout, des précaires… Et c’est bien cette convergence des luttes et des objectifs qui a fait peur au gouvernement, puis conduit à notre expulsion. Dans la journée du 28, Mme Azoulay, ministre de la culture, déclarait qu’il ne fallait pas que « les théâtres soient le lieu de revendications d’autre nature » que celle concernant les intermittents. C’est bien ce que nous faisions depuis le début à l’Odéon, et ce que nous nous proposions de continuer à y faire. Ce pourquoi nous avons été évacués par la police, malgré toutes les déclarations de son directeur et de la ministre affirmant leur « soutien » aux intermittents et leur « condamnation » des ‘’échauffourées’’ avec la police devant le théâtre, chaque jour depuis dimanche soir. »

Un des occupants de l’Odéon Théâtre de l’Europe




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