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Société

Témoignage : violences policières au Centre de Rétention de Vincennes

Nous relayons un témoignage de violences policières au Centre de Rétention Administratif de Vincennes, paru initialement sur Paris Luttes Info.

jeudi 18 avril

Photo : Hans Lucas

Source : Paris Luttes Info

Le 26 mars 2019, à 16h40, j’étais en promenade en haut, j’ai retrouvé un Algérien qui m’a dit « il y a une fouille dans votre chambre ». Je suis descendu de la promenade. J’ai trouvé les policiers qui allaient entrer dans les chambres. Le monsieur avec qui je partage la chambre était dans la douche quand je suis entré, je l’ai trouvé dans la douche en train de s’habiller. La porte de la douche était ouverte par les policiers. Du coup, ils ont commencé à fouiller la chambre, ils ont commencé par mon lit, je les ai laissés faire tranquillement. Le policier m’a dit « Est-ce que je vais retrouver des lames ? Du shit ? » J’ai dit « non allez y vous allez rien trouver, vous pouvez fouiller comme vous voulez ». Il a très bien fouillé mon lit, la personne avec qui je partage la chambre a fini de s’habiller du coup ils ont lu une phrase : « j’ai le droit d’être respecté monsieur le flic », car la dernière fois ils n’ont pas laissé entrer ma copine, car elle a dix-huit ans dans cinq jours. Ils ont demandé quelqu’un de majeur avec elle. Elle a appelé sa copine qui est venue tout de suite et elles sont venues me rendre visite, normal. La fois d’après quand elle est venue avec la même copine ils ont dit qu’elle ne peut pas rentrer, car ils ont dit il ne faut pas avoir n’importe quel majeur il faut avoir l’un de ses parents.

La première fois elle a oublié son téléphone, la visite passée je l’ai récupéré et mis au coffre je voulais le récupérer au coffre. À la deuxième visite j’ai demandé au policier pourquoi ils n’ont pas laissé rentrer, j’ai dit « s’il vous plaît laissez la rentrer je veux la voir » il a dit « va voir avec mon collègue s’il la laisse rentrer je la laisse rentrer », l’un m’envoie vers l’autre. J’ai demandé pourquoi la fois passée elle est rentrée et là pas rentrée alors que c’est le même cas, j’ai demandé « est-ce-qu’il y a une loi pour le mercredi et une loi pour le vendredi ? »

Le responsable du coffre a dit « on fait ce qu’on veut, on est chez nous t’as pas le droit de réclamer », il m’a demandé de signer quand j’ai récupéré le téléphone. Il a dit « t’as vu je t’ai demandé de signer t’as signé maintenant tu t’assois » il m’a dit « t’es une merde ». J’ai dit « je regrette infiniment d’être traité comme ça je suis pas un criminel je suis pas un voyou j’ai un BAC+6 ». Il m’a dit « t’es une merde et je vais annuler la visite ».

Après, ils m’ont fait monter, ils m’ont passé le téléphone, j’ai pu parler avec elle et je suis retourné chez moi et j’étais trop énervé et j’ai écrit la phrase.
Pour hier, le policier m’a dit « c’est qui qui a écrit cette phrase ? » J’ai dit moi direct. Il a bien lu la phrase il a dit « pourquoi tu as écrit flic ? » J’avais peur j’ai pas répondu. Il m’a dit « je suis flic toi t’es une merde » en français et en arabe. Après, j’ai dit vous n’avez pas le droit de dire ça j’ai le droit d’être respecté. Il a dit « si tu vas effacer la phrase je vais te respecter ». J’ai répondu « même avant d’écrire cette phrase j’étais pas respecté par vos collègues et ils m’ont dit le même mot que tu m’as dit maintenant : merde ». Après ils ont cassé la montre de la personne qui partage ma chambre. Quand il a réclamé, il a dit « je m’en bats les couilles de ta montre ». Quand il a découvert que la montre était cassée il a dit « c’est toi qui l’as cassée » et ils ont dit que c’est lui qui l’a cassé et par contre la chambre était très bien, propre, et très bien rangée. Ils ont retourné la chambre et ont rien trouvé. Après on a voulu déposer plainte et on s’est croisé devant l’accueil, moi, mon collègue et les quatre policiers.

Il a serré les yeux vers moi et m’a regardé méchamment et j’ai redit « vous n’avez pas le droit de me dire ça », il m’a redit « t’es qu’une merde » et j’ai dit « c’est vous la grosse merde ». Il voulait me prendre dans la cellule (d’isolement) pour que je me calme 10 ou 15 minutes. J’avais les mains en arrière et c’est lui qui m’a serré les mains quand j’ai répondu c’est vous la grosse merde, j’ai pas résisté.

Le quatrième policier a passé le bip pour ouvrir la porte et l’un des trois qui restent m’a tapé la tête contre l’angle de la fenêtre de la porte, il a fait ça exprès. Le cadre de la vitre est pointu et m’a blessé, j’ai mis ma main sur mon arcade j’ai pas vu le sang quand il m’a fait entrer dans la cellule, j’ai vu le sang. J’ai réclamé, ils m’ont amené à l’infirmerie direct.

1448229 est le numéro d’immatriculation du policier qui m’a dit « t’es qu’une merde » et pourquoi j’avais écrit « flic » sur le mur. Après il a fermé la porte de l’infirmerie et j’ai demandé de quoi noter et l’infirmier m’a donné un papier et un stylo. Le policier est venu vers moi et m’a dit « met le bout de papier dans ton cul et tu vas rien faire ».

Ses collègues ont commencé à dire « c’est toi qui as fait ça tout seul » j’ai dit « il y a les caméras et il y a les témoins l’infirmier m’a soigné et a fait les documents pour que j’aille aux urgences ». Ils m’ont laissé dans la chambre du coffre, j’étais à l’accueil et ils ont dit « non non on le laisse pas là pour que personne le voit ». J’ai perdu trop de sang malgré les soins de l’infirmier.
Les collègues, un par un, ont dit « c’est toi qui as fait ça tout seul », ils ont dit « les caméras, ça sert à rien on peut pas faire des vidéos » on peut prendre que les photos.

Après ils m’ont pris dans une voiture à l’hôpital et l’un de ces quatre policiers qui font la fouille c’est lui qui a conduit en chemin. C’est lui qui a demandé à conduire et il a insisté pour aller avec moi. J’étais trop calme et j’ai demandé à fermer les fenêtres, car avec du vent ça me fait mal. Ils ont dit « on a chaud », ils ont ouvert les quatre vitres en grand. J’étais menotté.

On est arrivé aux urgences. Le policier qui conduisait a voulu venir avec moi, il fait la fouille il a demandé à venir avec moi, car c’est son pote, ils ont pas arrêté de dire que j’avais fait ça tout seul. À l’hôpital, le policier a demandé à parler avec sa collègue. Il a demandé ce que j’avais. Il a dit « j’ai fait ça tout seul ». Elle a dit « sérieux ? » Il a dit « oui, oui ». J’ai vu j’étais juste derrière lui. Après, le monsieur qui était en train de conduire à l’accueil des urgences a commencé à me parler normalement et alors qu’avant il me parlait trop méchamment. J’étais en train de me rappeler qu’est-ce qui m’était arrivé. J’ai dit « soit toi, soit les deux qui restent, m’avez poussé la tête vers l’angle et vous avez fait ça exprès ». Il a dit « non c’est pas moi j’étais à cinq mètres de toi ». J’ai dit « c’est le policier qui porte le numéro 1448229 qui est responsable ». C’est la première que je dis c’est vous trois et pas lui seul.

Après ils m’ont fait les procédures des urgences : températures, tensions. Ils m’ont amené dans la salle des soins. J’ai perdu la conscience pour faire les points de suture parce que j’ai perdu trop de sang, car j’ai attendu pas mal de temps dans la salle avant qu’ils m’amènent à l’hôpital. Ils sont restés là dedans. J’ai fait un scanner. Quand je suis redescendu, j’ai fait les points de suture et le médecin a dit que je peux pas revenir au CRA.
Ils m’ont pris dans une prison à l’hôpital. Ils m’ont enlevé le téléphone et mes vêtements et m’ont donné les habits de l’hôpital. C’était la première fois que je vois ça, j’avais trop peur. J’ai pris mon traitement et j’ai dormi direct. Le matin, le médecin m’a revu et m’a dit « tu restes une nuit de plus pour que je te surveille ». Et j’avais trop peur j’ai dit « je veux repartir au CRA ». J’ai plus de liberté. J’ai demandé le certificat médical au médecin, mais il ne m’a pas donné en mains propres. Il l’a donné au chef de poste qui l’a donné aux agents qui m’ont fait venir au CRA.

J’ai été menotté et je suis resté deux heures à l’accueil. J’étais trop fatigué. Quand j’ai dit que je voulais me reposer après une heure d’attente, une policière m’a dit « pourquoi tu fermes pas ta gueule ? »

Je peux reconnaître tous les policiers. Il y a des témoins et tout le monde a dit « OHH, pas comme ça » quand ils m’ont tapé la tête. Ils n’ont même pas vu le sang, ils ont entendu que le bruit. Les personnes sont de multiples nationalités.

Je souhaiterais être emmené au commissariat pour porter plainte et je souhaite que les caméras de surveillance soient visionnées.
Fait à Paris, le 27 mars 2019
H.