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Témoignages : « Charge de travail supplémentaire. C’est à nous éducateurs de faire le ménage aidé par les jeunes tous les matins »

La pénurie de masques, le manque de moyen dans le social et le médico-social, l’absence de dépistage massifs condamnent la population soit au confinement indiscriminé quand ils le peuvent soit à assumer des conditions de travail dangereuses et épuisantes.

jeudi 26 mars

A travers le témoignage d’une éducatrice dans un centre d’accueil pour mineurs accompagnés, nous prenons la mesure du caractère particulièrement non adapté du confinement indiscriminé, méthode archaïque, réductrice des libertés individuelles voire dangereuse dans le cas des personnes qui vivent dans des situations de grande précarité. Hier, Emmanuel Macron a préféré déployer l’armée plutôt que donner des réponses concrètes pour les hôpitaux et toutes les personnes qui se retrouvent en première ligne.

Encore une fois, la crise est complètement assumée par les soignants et les travailleurs au prix de la dégradation de leurs conditions de travail, et leur mise en danger physique et psychique, ainsi que de celle de leurs usagers.

Nous relayons le témoignage ci-dessous le témoignage d’une éducatrice.

Je suis éducatrice au sein d’un centre d’accueil de MNA (mineurs non accompagnés), mon boulot est d’accueillir des migrants et d’être avec eux au quotidien. A ce jour, nous accueillons 24 jeunes et nous continuons d’accueillir malgré l’interdiction de sortir. Nous accueillons jour et nuit avec les risques que cela comprend. Nous accueillons des jeunes arrivant des quatre coins du monde, ayant traversé des dizaines de pays et ayant erré pour la plupart partout en France. Majoritairement ce sont des jeunes de rues que nous accueillons, ayant pour seule règle celle de la rue.

Nous sommes deux éducateurs le matin et trois le soir. Nous vivons enfermé dans un établissement qui n’a pas de jardin, juste une cour carrelée. Imaginez 24 personnes, tout différentes, avec des traumatismes liés à leur parcours migratoire - enfermement, prison, esclavage etc - dans un environnement comme celui-ci. Des cultures différentes, des langues différentes, des addictions et surtout le manque d’intimité et d’espace. Comment respecter les règles d’hygiène avec 9 chambres pour 24 jeunes - gardons en tête que nous faisons un accueil INCONDITIONNEL, cela veut dire que nous accueillons H24 toute personne se présentant à nous comme mineure. Nous vivons dans un contexte anxiogène, nous devons faire face à des bagarres, nous ne nous sentons pas protégés.

A ce jour et depuis l’annonce du confinement, toute personne accueillie se doit de porter un masque, non réglementé, et nous devons prendre la température de toute les personnes accueillies matin et soir. Charge de travail supplémentaire d’autant plus que nous n’avons plus de personnel sanitaire, c’est à nous éducateurs de faire le ménage aidé par les jeunes tous les matins. Nous travaillons sans équipements liés à notre sécurité dans des locaux non adaptés au respect de distance de sécurité.

Néanmoins notre direction nous soutient car elle est avec nous au quotidien à nous voir trimer, gérer les conflits, tenter de faire respecter les règles de sécurité lié à l’hygiène. Ils tentent de faire bouger les choses au niveau des autorités compétentes (parquet, conseil département...). Du renfort a été demandé pour compenser le manque de personnel et les arrêts maladies des collègues. Mais la réponse est souvent la même : tout est une question budgétaire ! Peut importe les conditions d’accueil, peu importe que notre sécurité soit engagée : nous devons continuer à accueillir.

La fatigue commence peu à peu a se faire sentir mais nous restons mobilisés car les personnes accueillies ont besoin de nous, de notre bonne humeur et nos sourires pour améliorer leur quotidien.

Crédits Photo : Crédit : AFP/ GUILLAUME SOUVANT