^

Notre classe

Usual suspects

Tension sur la production d’électricité cet hiver : la direction d’EDF pointe du doigt les grévistes

Dans un communiqué publié jeudi dernier, la direction d’EDF a revu son estimation de la production nucléaire à la baisse, renforçant le risque de coupure cet hiver. En cause, le report de la réouverture de 4 réacteurs à l’année prochaine et la grève d’octobre. En pointant les travailleurs comme responsables de la situation, alors que la crise saisit déjà durement les classes populaires, la direction d’EDF illustre une fois de plus la justesse de ceux qui dénonçaient, alors et depuis longtemps, la gestion capitaliste de l’énergie.

vendredi 4 novembre

Crédits photo : Reuters / Pascal Rossignol

Jeudi 3 novembre et après un mois de lutte des travailleurs, EDF a revu à la baisse sa prévision de la production nucléaire en intégrant à ses calculs, d’un côté, l’arrêt prolongé de 4 réacteurs, la partie émergée d’un iceberg de dysfonctionnements, et de l’autre la grève des ouvriers.

Premièrement, l’estimation prend en compte « l’impact du mouvement social de l’automne 2022 sur les plannings d’arrêt pour maintenance ». Pour rappel, le mouvement entamé dès la fin août à la centrale de Nogent-sur-Seine, s’est écoulé sur plus d’un mois et a mis en branle jusqu’à une dizaine de sites. Soutien décisif dans la lutte qui a remis la question des salaires au premier plan, les travailleurs du nucléaire exigeaient non seulement une augmentation immédiate de leurs salaires face à l’indécence des records de profits fait sur leur dos, mais aussi leur indexation sur l’inflation et un autre service public de l’énergie.

Deuxièmement, le document enregistre le report de la réouverture de 4 réacteurs (Cattenom 1 et 3, Penly 2 et Chooz B1). Concernés par « le programme de contrôles et de réparation du phénomène de corrosion sous contrainte », ces réacteurs, qui devaient être relancés en novembre ou en décembre, ne pourront reprendre finalement leur activité qu’en janvier/février.

Au global, l’estimation de la quantité d’énergie produite, qui était de 280-300 TWh pour 2022, passe à 275-285 TWh. Aussi, si les médias bourgeois aiment à se gargariser de « l’impact du mouvement social » pour imputer aux grévistes la crise énergétique et rompre la solidarité de la classe ouvrière - de la même manière dont ils ont tenté, par tous les moyens, d’effriter le soutien aux raffineurs qui réussissaient à bloquer l’approvisionnement des stations essences -, l’instrumentalisation de cette estimation passe à côté des architectes du désastre et de ses causes profondes.

Tout d’abord, en ce qui concerne les architectes de la crise, c’est du côté de la direction d’EDF que les responsables sont à trouver. C’est elle qui a préféré reporter la relance de 5 réacteurs mi-octobre plutôt que de répondre aux revendications des grévistes. Elle l’a fait alors qu’elle savait que l’hiver allait être rude, et en particulier pour les classes populaires, alors déjà massivement en lutte pour pouvoir y résister.

Consciemment aussi, elle a choisi la précarité pour ses ouvriers alors qu’elle-même battait des records de profits. A ce titre, la semaine dernière l’entreprise a présenté un chiffre d’affaires en hausse de 78% sur les neufs premiers mois de l’année (101,5 milliards contre 58 milliards sur la même période l’année dernière).

Enfin, cette tension entre l’offre et la demande d’électricité l’hiver venant n’a rien d’une nouvelle. L’intégralité de l’année faite par EDF annonçait déjà cette tension et des risques de coupures : sur les trois premiers trimestres de l’année en cours, la production a baissé de 30% par rapport à l’année dernière sur la même période (59 TWh en moins).

Mais plus généralement, c’est la ruine structurelle du secteur, qui ronge la sécurité et la production des centrales, qui constitue la partie immergée de l’iceberg. Rappelons que sur les 56 réacteurs présents sur le sol français, 27 sont à l’arrêt pour maintenance (en grande partie pour des problèmes de corrosion). Environ la moitié du parc est à terre ! Ce délabrement est le produit d’une politique de longue haleine pour détruire le service public, et qui se prolonge, comme la nationalisation (capitaliste) d’EDF, qui socialise les activités coûteuses en investissements et privatise celles à haut taux de profit, nous le rappelait cet été.

Face à un tel délabrement, 4 retards et une grève ne pèsent pas lourd en vérité. Une vue si courte face à une telle catastrophe nous rappelle à quel point il est temps d’en finir avec l’impasse absurde et cynique qu’est la gestion capitaliste de l’énergie. Face à cette impasse, une autre vue est possible, et c’est précisément celle des travailleurs qui, en grève, défendaient dans les colonnes de Révolution Permanente que : « L’énergie est un besoin de l’ensemble de la population, qu’elle ne devrait pas être soumise aux lois du marché » et luttaient pour un « véritable service public de l’énergie […] qui ne fasse pas payer la facture à la population ».



Mots-clés

Salaires   /    Inflation   /    Prix de l’énergie   /    Grève   /    EDF   /    Notre classe