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Situation post-Brexit

Tensions sur la pêche : un conflit réactionnaire entre Londres et Paris

Le gouvernement français menace le Royaume-Uni de « représailles » s’il ne délivre pas de licences à ses pêcheurs. Un conflit réactionnaire sur fond de tensions entre les deux pays.

jeudi 28 octobre

Crédit Photo : ADRIAN DENNIS / AFP

A la veille du sommet du G20 à Rome, auquel participeront les dirigeants des deux pays, Emmanuel Macron et Boris Johnson, Paris a menacé Londres de « représailles » si le gouvernement britannique ne délivrait pas les licences que les pêcheurs français réclament depuis neuf mois.

Les éventuelles représailles qui seront appliquées dès mardi prochain comprennent une série de mesures : interdiction de débarquer des produits de la pêche britannique dans tous les ports français, renforcement des contrôles douaniers et sanitaires, ainsi que des contrôles de sécurité « systématiques » sur les navires britanniques, de même qu’un « renforcement » des contrôles sur les camions à destination ou en provenance du Royaume-Uni, notamment dans le port de Calais.

Ces mesures pourraient affecter l’approvisionnement britannique, qui fait déjà face à de sérieux problèmes depuis l’entrée en vigueur du Brexit. Une deuxième vague de représailles pourrait aller encore plus loin : en effet, la France « n’exclut pas de revoir l’approvisionnement énergétique » des îles anglo-normandes, a prévenu le gouvernement dans un communiqué. Signe du niveau de tension, les autorités françaises ont confirmé jeudi l’immobilisation depuis la veille d’un navire britannique qui pêchait au large du Havre, c’est-à-dire dans les eaux territoriales françaises, sans licence.

Quoi qu’en disent les deux gouvernements, la clé du conflit n’a rien à voir avec la pêche. La réalité est que la France utilise l’isolement physique du Royaume-Uni et le contrôle de certains des flux de marchandises et d’énergie vers l’archipel pour tenter de briser Londres. Comme le secrétaire d’État aux affaires européennes, Clément Beaune, l’a dit de façon éloquente à CNews : « Maintenant il faut parler le langage de la force parce que je crains que malheureusement, ce gouvernement britannique là ne comprenne que cela ». De son côté, le gouvernement britannique, confronté à la crise et aux difficultés du Brexit, utilise les actions dures des Français comme bouc-émissaire pour fermer son front intérieur. Dans le cadre de cette mise en scène, l’ambassadrice de France à Londres, Catherine Colonna, a été convoquée vendredi pour « expliquer les menaces décevantes et disproportionnées contre le Royaume-Uni et les îles anglo-normandes ».

Les raisons sous-jacentes de la crise sont géopolitiques, et ont à voir avec les dommages collatéraux causés par le Brexit des deux côtés de la Manche. La France accuse les Britanniques d’affaiblir son principal instrument d’influence sur le continent, l’Union européenne, et de saboter sa projection dans l’Indo-Pacifique (à travers l’Aukus, un accord entre les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Australie pour lequel Paris a perdu un juteux contrat de vente de sous-marins à l’Australie).

Les Britanniques accusent quant à eux les Français de saboter le Brexit, notamment en Irlande du Nord, ouvrant des brèches qui pourraient conduire à la reprise d’un conflit armé dans cette région inflammable et potentiellement à la division du Royaume-Uni, mais aussi de vouloir diviser l’OTAN en créant un fief militaire en Europe (en dépit du peu d’écho rencontré par Paris et de sa capacité insuffisante à faire avancer ce qu’il appelle une « autonomie stratégique » de l’UE).

Le ton guerrier des ministres français montre l’importance de l’enjeu, qui utilisent démagogiquement les pêcheurs pour défendre leurs intérêts patriotiques. Ainsi, la ministre française des affaires maritimes, Annick Girardin, a déclaré sur RTL : « Ce n’est pas la guerre, c’est un combat. Les Français et les pêcheurs ont des droits. Il y a eu un accord de signé. Nous devons faire respecter cet accord. Nous avons des droits de pêche, nous devons les défendre et nous les défendrons. »

Ce qui est clair, c’est que ce n’est pas notre combat. Et que les travailleurs du Royaume-Uni et de France doivent unir leurs forces contre leurs propres impérialismes en décomposition et leurs mesures réactionnaires.




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