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Politique

Racisme d'Etat

Tentes détruites, affaires volées : la police évacue le camp de migrants de Grande-Synthe

Ce mardi 16 novembre à Grande-Synthe, près de 1500 migrants ont été évacués à l’aube, forcés par plus de 300 CRS, sans y avoir été prévenus. Tentes découpées au couteau, affaires volées, et camp rasé : ce démantèlement s'inscrit dans la chasse aux migrants à laquelle s’adonne le gouvernement à l’approche des présidentielles.

mercredi 17 novembre

Crédits photo : DENIS CHARLET / AFP

Dès 8h hier matin, des forces de l’ordre entouraient le campement de migrants de Grande-Synthe, situé depuis quelques semaines sur un terrain en friche. La ville du Nord, proche de Dunkerque et située à quelques kilomètres de plusieurs plages, est un lieu stratégique pour ces émigrés qui ne veulent que, malgré des conditions de voyage extrêmement dangereuses dans des embarcations de fortune, rejoindre l’Angleterre.

Jusqu’à 14h, ce sont près de 1500 migrants et réfugiés que les policiers ont expulsé dans des conditions hallucinantes, selon la coordinatrice de l’Association Utopia 56. Le dispositif déployé ce mardi matin représenterait plus du double de ceux mis en place habituellement, comme le relayait Info Migrants. Ces expulsions se sont faites sans prévenir en amont les habitants du camp, qui est pourtant l’un des conditions mises en avant par l’Etat, avec des méthodes, une fois de plus, d’une grande violence. Entre le découpage des tentes à coups de couteau - comme le montre les images du journaliste Louis Witter ci-dessous - et la destruction de leurs affaires personnelles, c’est encore une évacuation qui s’effectue dans l’intimidation par plus de 300 CRS, arrivés par une dizaine de fourgons. De cette manière, les forces de l’ordre s’assurent que le campement ne puisse se recréer en détruisant leurs abris.

Cette “mise à l’abri” forcée de 663 des exilés sur 1500, majoritairement d’origine kurde et irakienne dont des familles, des enfants, et des mineurs non accompagnés, est totalement opaque et liberticide. Ces 663 personnes emmenées loin du littoral, très souvent contre leur gré, étaient obligés d’accepter cette expulsion face à la pression imposée par l’arsenal policier déployé. Qui plus est, la seule réponse apportée par ces derniers face à la détresse des migrants, se traduisait ni plus ni moins que par l’ultimatum : “Police ou hôtel”. Ainsi, sans la moindre connaissance de la destination exacte des bus qui les attendaient suite à leur expulsion, ces migrants ont ensuite été amenés vers des centres d’hébergement dans le nord et d’autres régions.

Les autorités locales et le gouvernement prétendent une mise à l’abri face à l’hiver et au froid qui approche, à l’instar de Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, qui déclarait sur France Inter mardi matin, que le démantèlement de ce camp avait pour objectif de « mettre à l’abri, surtout à l’approche de l’hiver ». Bien loin d’une mission humanitaire, la mise en centre de ces migrants est en réalité une manière pour l’Etat de remettre ces personnes dans le cercle officiel des demandes d’asile, et d’avoir la mainmise sur leur passage sur le sol français. Une fois dans ces centres, ils y sont triés selon des quotas d’accueil, puis renvoyés dans leur pays d’origine pour une grande partie d’entre eux.

Les camps de Grande-Synthe font l’objet de fortes attaques depuis le début de l’année, à coup de démantèlements successifs, à chaque fois d’une grande violence. En septembre dernier, un camp de 800 migrants était déjà évacué dans la même ville, avec les mêmes méthodes, ou encore le 13 octobre, expulsant cette fois-ci plus de 1000 personnes, les forçant à déplacer leur camp de quelques mètres.
 
Mais Grande-Synthe n’est pas un cas isolé. Ces épisodes locaux s’inscrivent dans la série de démantèlements de camp s’intensifiant sur le territoire français. Une cinquantaine de migrants expulsés ce mardi à Marck, ou encore à Calais, où [les évacuations continuent- https://www.infomigrants.net/fr/post/36404/calais--une-semaine-apres-louverture-du-nouveau-sas-les-expulsions-continuent] sous harcèlement policier d’après les associations, malgré la grève de la faim de deux militants associatifs qui perdure depuis le 11 octobre. 

Ces expulsions de camps proches du littoral s’intensifient d’autant plus depuis quelques jours, dans un contexte de tensions diplomatiques accrues entre le Royaume-Uni et la France, après un nombre record de 1 185 traversées le 11 novembre. De façon plus large, les évacuations sont la résultante d’une politique anti-migratoire extrêmement offensive menée par le gouvernement depuis quelques temps déjà, à l’approche des présidentielles. 

Face à la violence systémique des forces de l’ordre, instrumentalisées à des fins réactionnaires et électoralistes du gouvernement Macron, il est plus urgent que jamais de demander l’ouverture des frontières, ainsi que la régularisation immédiate de tous les exilés et réfugiés sans distinction. Et face aux centres d’hébergement restrictifs et provisoires du gouvernement, il est plus qu’urgent pour toutes ces familles, ces enfants ou mineurs livrés à eux-mêmes, d’exiger la mise en place de logements dignes, et la réquisition de tous les logements vides !




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