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Monde

Des manifestations d'ampleur

Thaïlande. Des dizaines de milliers de manifestants contre la monarchie et pour les droits démocratiques

Ces 19 et 20 septembre, plusieurs dizaines de milliers de thaïlandais, jeunesse en tête, ont manifesté, principalement à Bangkok, contre la monarchie et pour les droits démocratiques. Il s'agit des plus grosses manifestations depuis le coup d'Etat de 2014.

mardi 22 septembre

Crédits photos :Lillian SUWANRUMPHA / AFP

En 2014, le coup d’Etat militaire a amené Prayut Chan-O-Cha, un ex-militaire, au poste de premier ministre. Depuis, des mouvements sporadiques de contestation se sont produits, et des manifestations ont commencés dès cet été. Toutefois, les journées des 19 et 20 septembre marquent un tournant avec la plus grande manifestation depuis le putsch.

Ainsi, 30 000 personnes ont défilé à Bangkok samedi, selon un comptage de l’AFP, soit la plus grosse mobilisation depuis des années. Dimanche, ce sont à nouveau 10 000 personnes qui ont manifesté, devant le siège du gouvernement. Si, pour l’heure, la répression ne semble pas être la stratégie principale du régime, vingt personnes ont été toutefois interpellées et le porte-parole du gouvernement a tout de même annoncé qu’il estimerait lui-même si des poursuites pour discours illégaux devaient être engagées.

La jeunesse en première ligne. Les partisans de l’ex-premier ministre rejoignent le mouvement

Très clairement portée sur les questions démocratiques, la contestation compte des très nombreux jeunes en première ligne dans les cortèges. Comme un symbole, la manifestation de samedi a démarré dans la très symbolique université Thammasat, ou en 1976 des dizaines d’étudiants réclamant de nouveaux droits démocratiques avaient été purement et simplement massacrés. L’élément inédit du mouvement actuel réside pourtant dans ses revendications. En effet, c’est bel et bien le régime monarchique qui est aujourd’hui directement dans le viseur des manifestants, une première en Thaïlande.

Dans ce contexte, les partisans de l’ex-premier ministre fortuné Thaksin Shinawatra, ancien lieutenant-colonel de police et fondateur de Shinawatra Computer and Communication Group, ont rejoint les rangs de la mobilisation. Une tentative claire de récupération, puisque les manifestants réclament la destitution de l’actuel premier ministre. Régulièrement accusé de corruption lors de son mandat, Shinawatra, qui jouit d’une certaine popularité en Thaïlande, n’est en aucun cas une alternative progressiste pour les masses thaïlandaises, plongées dans une misère considérable dans l’un des pays les plus inégalitaires au monde.

Tout au contraire, c’est par l’émergence de cadre d’auto-organisation indépendants de l’Etat et de secteurs des classes dominantes, et par l’entrée en scène de la classe ouvrière sur le terrain de la lutte avec ses propres méthodes, qu’il sera possible d’arracher de véritables avancées démocratiques en Thaïlande. A ce titre, la structuration de la mobilisation dans ces organes, la poursuite de la mobilisation et son amplification, sont des éléments fondamentaux pour éviter toute récupération de la part des classes dominantes, qui prospèrent sur la colère légitime du peuple thaïlandais tout en construisant leurs fortunes sur la misère de ces derniers.




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