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Politique

L’ancien secrétaire général de la CGT trouve un point de chute

Thierry Lepaon officiellement recasé par le gouvernement

C’était dans les tuyaux depuis 2016, c’est désormais acté : Thierry Lepaon, ancien secrétaire général de la CGT, a été intronisé en tant que « délégué interministérielle à la langue française » le mercredi 15 février. Si Thierry Lepaon prouve une fois de plus qu’il est bien de l’autre côté de la barricade, on y voit aussi les petites combines de l’État pour remercier l'un de ses loyaux soldats en créant un poste rien que pour lui. John Strempe

jeudi 16 février 2017

Est-il encore nécessaire de présenter Thierry Lepaon ? Ex-secrétaire général de la CGT, démissionné suite au scandale des rénovations de son bureau et de son appartement à hauteur de 170 000 € ainsi que la prime de 100 000 € pour passer de la direction du comité général de la CGT Normandie à secrétaire général, soit 270 000 € tapés dans la caisse des cotisants et militants syndicaux de la CGT. Si on veut se faire une idée sur le bonhomme, il suffit de constater que le Figaro le soutien, ce qui n’est en général pas bon signe quand on est censé être de gauche.

Mais ce n’est pas tout. Suite à sa démission, il a continué à toucher 4000€ par mois -pas indéfiniment bien sur, juste le temps de trouver un nouveau travail. Parce que comme le dit lui-même Thierry « C’est la tradition à la CGT. Quand un dirigeant remet ses fonctions et n’a pas trouvé de nouvelles responsabilités ou un nouveau job, on fait en sorte qu’il puisse vivre entre deux périodes de travail » une déclaration que l’on pourrait également traduire par « quand un bon bureaucrate comme moi, qui a tapé salement dans les caisses du syndicat sur la tronche des militants, se fait pincer et doit démissionner sous la pression de la base, il est normal que les copains bureaucrates ne le laissent pas sur le carreau ». Sacré Thierry !

Mais ça y est, Thierry a trouvé un nouveau job, et ses copains du gouvernement l’ont bien aidé, allant jusqu’à lui créer un poste ! Comme quoi, on peut dire ce qu’on veut, mais le gouvernement sait créer de l’emploi... Au début, il n’était pas forcément question de création de poste mais de remplacement de l’actuelle présidente de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI), Marie-Thérèse Geoffroy. Car oui, l’ami Thierry à deux passions dans la vie, « le syndicalisme et le combat contre l’illettrisme » ; il avait d’ailleurs annoncé dans son livre rêver d’occuper ce poste ! Il avait même écrit un rapport sur l’illettrisme en 1996 (une époque tellement lointaine que la France n’était pas encore championne du Monde en football !). Voilà qui rendait cohérente cette offre d’emploi sans paraître (trop) louche... Sauf que le poste n’était pas rémunéré. Le combat contre l’illettrisme : une passion, certes, mais seulement quand il est lucratif.

Face à ce constat jaillit une idée brillante : créer une agence similaire, mais dont le président est rémunéré ! C’est alors qu’il est engagé à la tête de l’Agence de la langue française pour la cohésion sociale. Ce sera la même chose que l’ANLCI, mais avec un Lepaon dedans, qui pourra continuer à s’en mettre plein les poches. Mais ce n’est pas tout, pour être bien certain de rémunérer le « camarade » à la hauteur de son travail de bureaucrate conciliateur ayant rendu de grands services aux classes dominantes par le passé, on va aussi lui offrir un nouveau poste de « délégué interministériel à la langue française pour la cohésion sociale ». Et voila deux postes créés pour Thierry, elle est pas belle la vie ? [1]

Thierry n’est pas le premier ni le dernier des dirigeants du mouvement ouvrier à retourner ouvertement sa veste au profit des classes dominantes alors même qu’il se donnait une apparente posture combative et anti-système lorsqu’il était en place dans son organisation. Il n’est pas rare de voir le système récupérer ceux qui sont censés lutter contre celui-ci. Parmi d’autres exemples, on trouve celui d’Edouard Martin, syndicaliste CFDT très médiatisé durant la lutte contre ArcelorMittal à Florange, qui peu après est devenu député européen pour le PS.

Il ne devrait pas être possible qu’un syndicat rémunère quelqu’un comme Lepaon à hauteur de 4000€ par mois. Aucun représentant syndical ou politique ne devrait toucher un salaire plus élevé que celui d’un travailleur moyen. Comment peuvent-il représenter nos intérêts, s’il ne les partagent pas ? Pour tous les Lepaon, exigeons la révocabilité de tous les élus et un salaire équivalent à celui d’un ouvrier !

[1] Il semble important tout de même de clarifier un peu : selon les sources, il y a un certain flou autour du poste que va occuper Thierry Lepaon. Certains parlent de remplacement à la présidence de l’ANLCI, d’autres de mise en place de l’Agence de la langue française pour la cohésion sociale, d’autres encore de la suppression de la première agence au profit de la seconde mais le site internet de l’ANLCI est toujours en place et notifie encore Marie-Thérèse Geoffroy à sa tête et l’agence de la langue française pour la cohésion sociale a bien été mise en place. Ces deux organismes vont donc coexister, mais pour combien de temps ?

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