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Politique

Le RN pas si "anti-système"

Thierry Mariani, l’ex-sarkozyste néo-libéral, rejoint le RN de Marine Le Pen

Il est significatif qu'un ancien sarkozyste, acquis au programme néolibéral de privatisation et de flexibilisation du marché du travail, rejoigne le RN. Signe de la compatibilité et la continuité profondes entre RN et l'agenda néolibéral d'hier et demain.

jeudi 17 janvier

Crédit photo : Vasily Maximov / AFP

Thierry Mariani : l’ancien ministre très libéral de Sarkozy

Aussi opportuniste que le parti qu’il rejoint, l’attraction de l’ancien ministre de Sarkozy pour le parti de Marine le Pen ne date pas d’hier, la proximité idéologique sur le terrain de l’immigration était avérée depuis longtemps. Toutefois, son ralliement est l’expression des contradictions et revirements constants de Marine le Pen sur les questions économiques et sociales. En effet, il est significatif qu’un ancien sarkozyste, acquis au programme néolibéral de privatisation et de flexibilisation du marché du travail, rejoigne le RN. Pour rappel, Mariani a en effet voté pour le traité européen de Lisbonne – pourtant tant décrié par le Front National – et s’est aussi prononcé favorablement à la réforme de la SNCF. Signe de la compatibilité et la continuité profondes entre RN et l’agenda néolibéral d’hier et demain.

En termes d’immigration, Thierry Mariani ne trouve rien à redire au programme de Marine le Pen. Déjà très marqué à droite sous le quinquennat Sarkozy, ce dernier s’était lamenté que Sarzkozy « avait promis le Kärcher, mais oublié de brancher le tuyau. » En 2007, il était allé jusqu’à proposer un amendement qui visait à obliger les tests ADN pour les immigrés candidats au regroupement familial. Outre sa proximité idéologique avec le RN, Mariani n’est pas seulement l’ami des puissants et ancien ministre de Sarkozy, mais peut aussi se targuer de quelques accointances fort brillantes, comme le sympathique dictateur Bachar Al-Assad, qui a massacré sa propre population, et avec qui on peut le voir poser sur cette photo, copains comme cochons.

Mais c’est sur le plan économique et social que ce ralliement prend tout son sens, venant exposer toutes les ambiguïtés et contradictions de Marine le Pen qui, sous une façade dite « pour ceux d’en bas », démontre qu’avec ce ralliement de poids son parti n’est pas un moindre ennemi des travailleurs que Macron - qu’elle prétend pourtant combattre.

Il faut tout d’abord rappeler que Mariani s’est plusieurs fois opposé au programme économique de Marine le Pen car..... jugé trop « à gauche ». Dès Juillet 2015, Mariani déclarait : « Ça fait trente ans que je m’entends dire que je me rapproche du FN. C’est ridicule, je ne suis absolument pas en accord avec ce parti qui se veut à droite sur les sujets régaliens mais qui a des positions de gauche archaïque sur le social. » Des propos ensuite réitérés... dans les colonnes de Minute, un journal d’extrême-droite. Un ralliement qui laisse présager à quoi ressemblera le programme économique de le Pen si jamais, elle devait arriver au pouvoir.

Ces propos n’ont rien d’étonnant pour celui qui n’a eu aucun problème à accompagner tout le programme de néolibéralisation de l’économie mené d’une main de fer par Sazkozy : Mariani a en effet voté pour le traité européen de Lisbonne – pourtant tant décrié par le Front National – et s’est aussi prononcé favorablement à la réforme de la SNCF. Enfin, ce qui n’est pas sans déclencher quelques contradictions au sein de RN, Mariani s’est réaffirmé formellement contre le rétablissement de l’ISF : « Concernant l’ISF, je pense d’abord que les très riches payent pas cet impôt car ils sont partis depuis longtemps et qu’aujourd’hui c’est un frein ».

Au vu de ses différentes positions, et quand on sait qu’il s’agit d’un ralliement de poids pour Marine le Pen, cela ne laisse présager clairement rien de bon pour le monde du travail, mais bien plutôt une continuation des politiques néolibérales menées sous Sarkozy, approfondies par Hollande et Macron, et menées en Europe par les partis populistes en Hongrie et en Italie.

Objectifs européennes pour le RN : les « modèles » hongrois et italiens

Avec ce ralliement, il s’agit pour le Pen de préparer pour les européennes une stratégie visant à dépecer toujours plus LR en cassant certaines digues qui jusque-là séparaient les deux partis. Ou du moins de siphonner son électorat aujourd’hui disputé par Macron. Comme le dit Mariani lui-même : « Il faudra un rapprochement entre Les Républicains et le Rassemblement national ». Une manière d’appeler du pied d’autres prétendants plutôt que d’acter la fusion des deux partis.

Si Mariani a rejoint le RN, cela n’est pas indépendant de l’abandon devenu explicite de la sortie de l’euro, avec pour objectif de, soi-disant, la « changer de l’intérieur » comme le dit Mariani : « Désormais, on reste dans l’Europe mais on la change de l’intérieur. On garde l’euro mais on tente de changer sa gouvernance. Et ça, ça me convient ! ». Selon ce dernier, en effet : « Pour la première fois, l’élection européenne a un véritable enjeu (...) avec Matteo Salvini ou Viktor Orban, une alternative se met en place. »

Pourtant, à bien regarder les politiques menées par ceux dont s’inspire Mariani et le RN, qu’il s’agisse de Salvini ou Orban, les néolibéraux les plus zélés n’auraient pas à rougir des politiques qu’ils mènent en Italie et en Hongrie.

En Hongrie, le gouvernement a récemment fait face à des contestations massives dans la rue après avoir passé la « loi esclavagsite » passée par Obran, une loi clairement écrite pour attirer les industriels allemands, qui relève la limite maximale d’heures supplémentaires que les travailleurs peuvent réaliser par an à 400 heures – celles-ci pouvant être payées jusqu’à 36 mois plus tard. Cela peut aussi être vu comme un geste pour anticiper les crises et se ranger du côté des entreprises en les rendant plus résistantes en cas de troubles économiques. Quant à ’autre loi qui a déclenché les manifestations, elle concerne la création de dites ‘Cours administratives’, qui pourraient donner aux juges nommés par le FIDESZ [le parti de Viktor Orban] le dernier mot sur toute une série de questions concernant les dépenses publiques et la transparence. Cela n’a pas été élaboré de façon claire vis-à-vis des classes populaires et a plutôt cette loi est plutôt destinée à protéger les intérêts centraux du FIDESZ : il s’agit en réalité d’un clou supplémentaire sur le cercueil de l’Etat de droit et de la démocratie libérale. Attirer les industriels allemands – tant dénoncés, là encore, par RN ! – et réprimer la contestation, un joli modèle.

En Italie, le tableau vendu par le RN, et désormais Mariani, de « l’alternative » au pouvoir n’apparait guère plus crédible. Tout au contraire, force est de constater que les populistes européens, dont font partie le MS5 et la Ligue du Nord, ont un projet politique tout opposé aux Gilets Jaunes et dans la lignée de l’agenda néolibéral qu’ils prétendent décrier, s’inscrivant en réalité dans la continuité de l’austérité et de la flexibilisation du travail portée par Bruxelles. C’est ainsi que le gouvernement italien, après avoir montré les muscles a récemment cédé sur la question du budget. Celui-ci vient de présenter un déficit à 2,04% pour l’année 2019, plus proche des exigences de l’UE que les 2,4% sur lesquels il avait annoncé initialement ne pas vouloir céder. Il prévoit également des coupes budgétaires de 7,5 milliards d’euros qui portent un coup aux deux réformes phares du gouvernement italien - le revenu universel et le retour en arrière sur la réforme des retraites – et qui commencent à créer des frictions en interne au sein de la coalition gouvernementale qui se compose du Mouvement 5 Etoiles (M5S) de Beppe Grillo et la Ligue dirigée par Salvini.

Plus encore, la proposition de revenu citoyen proposé par le MS5 tient plutôt de la destruction de la sécurité sociale et d’un durcissement de la flexibilisation du marché du travail, dans la lignée même des politiques menées par Macron – que le MS5 n’a pourtant de cesse de dénoncer et de présenter comme son ennemi. En effet, ce revenu citoyen, preuve de la docilité du MS5 à l’égard du néolibéralisme, diminuera en fonction du déficit budgétaire : comprendre, plus le déficit italien sera important, moins l’allocation le sera – une façon de rassurer Bruxelles et les banques italiennes. Une mesure, dans la lignée de celles adoptées en France par Macron, qui entend durcir les conditions pour bénéficier de l’allocation-chômage, le versement de ce revenu citoyen étant en effet conditionné à la signature d’un « pacte » qui oblige les demandeurs d’emploi à accepter une des trois offres qui leur est proposée, dans un rayon de 100 kilomètres les six premiers mois et sur l’ensemble du territoire au bout d’un an. Comme si cela ne suffisait pas, le « bénéficiaire » devra des travaux d’intérêt général à sa commune ; enfin, cerise du le gâteau, si les entreprises devaient embaucher un bénéficiaire de cette allocation en CDI sans licenciement pendant deux ans, l’aide sera versée aux entreprises directement !

Tout cela laisse donc, de nouveau, présager de quoi l’arrivée au pouvoir pourrait être faite. Car le vernis « anti-austérité » ne suffit pas, loin de là, à mener une politique qui soit opposée de façon conséquente au projet des classes dominantes.

Ce ralliement de Thierry Mariani expose encore plus la réalité d’un parti qui, derrière sa vitrine « sociale », recèle les vieilles marchandises néolibérales dont Mariani est lui-même la plus pure expression, en tant qu’ancien ministre sous Sarkozy.




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