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Politique

Violences policières

« Toi, t’es mort, on va t’enculer ». Un homme accuse des policiers de l’avoir violé dans un commissariat

Le Média et StreetPress ont révélé un nouvel épisode de violences policières dans le commissariat du XIXème arrondissement de Paris. Un jeune homme de 23 ans témoigne de son calvaire : il dit avoir été tabassé dans la voiture de police puis au commissariat, avant d’être violé en salle de fouille. Les documents issus de la visite médicale corroborent les déclarations du jeune homme.

jeudi 29 avril

Tommi (le prénom a été modifié par Le Média et StreetPress, qui ont révélé l’affaire) a été interpellé en fin de journée, en avril 2021, dans le XIXème arrondissement de Paris. Interpellé dans le cadre d’une affaire de vol qu’il conteste, c’est un calvaire qui commence. Selon son témoignage, dès son arrivée dans la voiture de police, les policiers commencent à le menacer et à l’insulter : « T’es mort, j’vais t’niquer, tu vas voir fils de pute » est répété par l’un deux en boucle.

Il dit avoir été étranglé par un policier, frappé par d’autres à l’arrière du véhicule, puis insulté, notamment de « sale arabe ». Cette arrestation violente et raciste se serait poursuivie au commissariat : arrivés en salle de fouille, les policiers qui ont procédé à l’arrestation lui demandent de se déshabiller intégralement, pratique contestée pour son caractère humiliant et dégradant.

Mais, comme en témoigne Tommi, le cauchemar continue : « La fouille aurait dû s’arrêter là, mais l’un d’eux me demande de me tourner, de m’accroupir et de tousser ». Le jeune homme refuse. C’est alors, dit-il, que les policiers lui sautent dessus, le frappent et « le policier tire mon caleçon de manière très violente. Mon caleçon se baisse, et il introduit son doigt dans mon rectum. Malgré mon souffle coupé, je me suis débattu de tout mon corps, et son doigt est ressorti. Même si je me faisais étrangler, même si j’avais le souffle coupé, j’ai crié le plus fort possible pour que leurs collègues soient alertés, assez fort pour avertir plusieurs personnes dans une centaine de mètres. Comme je criais, il m’a donné encore plusieurs coups de poings dans le ventre. J’arrivais plus à respirer, je ne bougeais plus et ma poitrine gonflait ». Il aurait ensuite été pris en photo par un des deux policiers, visiblement satisfait du viol perpétré sur le jeune gardé à vue.

Menotté au niveau du sol en sous-vêtements dans la salle d’accueil des gardé à vues, dont les portes donnant sur l’extérieurs sont ouvertes, Tommi, sous le choc et asthmatique, ne parvient pas à respirer. Un policier « pris de compassion » finira par l’aider à se relever. Examiné par les médecins de l’unité de médecine judiciaire (UMJ) concernant son viol, il finira sa garde à vue sur place, un phénomène très rare témoignant de l’état de choc profond du jeune homme après des heures de violences systématiques.

Cette affaire n’est pas la première à se dérouler dans le commissariat du XIXème arrondissement, plusieurs gardés à vue avait déjà dénoncé des actes de torture qui rappellent ceux décrit par Tommi. Et la phrase d’un policier entendue par Tommi alors qu’il était nu sur le carrelage froid et le corps rempli d’hématomes est symptomatique du caractère totalement banal de ce type de violences dans ce commissariat : « Encore un clodo de Porte de la Chapelle » aurait en effet balancé un des collègues, en rien interpellé par ce qui constitue des violences extrêmement brutales. Dans le même temps, Tommi raconte avoir été surnommé Théo tout au long de sa garde-à-vue, allusion nauséabonde au jeune homme violé par la police en 2017.

Tristement banal cependant, puisque c’est dans ce commissariat que Valentin Gendrot avait été en poste lorsqu’il a infiltré la police pendant 2 ans. Il avait témoigné d’un racisme et d’une violence endémique dans la police, loin de l’image des bavures isolées.

Pourtant, c’est très confiants que les policiers mis en cause, alors que les certificats médicaux confortent les témoignages de Tommi et que ce dernier a saisi l’IGPN, abordent l’affaire. En effet, loin d’être inquiétés de toute sanction conservatoire, ils continuent d’exercer et ont même choisi de porter plainte à leur tour à l’encontre du jeune homme pour « outrage et rébellion ». Une tactique rodée de la police qui, lorsqu’elle est accablée par des preuves de la violence systémique qu’elle entreprend contre les populations racisées et des quartiers populaires, tente d’inverser la charge de la culpabilité. En témoignent les scandales de falsification de preuves, dont le dernier exemple en date est celui de l’affaire de Vitry-Chatillon, où deux policiers sont poursuivis pour faux en écriture publique. Et ce dans l’impunité totale, y compris de la part de la police des polices qui, loin d’être une institution indépendante, contribue à légitimer la police comme ce fut le cas pour l’affaire Steve.

Une plainte pour « outrage et rébellion » qui constitue donc une énième attaque contre le jeune homme, et qui illustre comment les victimes et leurs familles sont accablées de pressions et de menaces lorsqu’elles exigent la vérité et la justice, notamment via des campagnes de diffamation orchestrées par la droite et l’extrême-droite. Il y a quelques semaines, c’est Assa Traoré qui a été mise en examen après près de cinq ans de combat pour faire la lumière sur la mort de son frère Adama.




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