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Grève Massive

Total fait des économies sur la sécurité, les raffineurs du Havre répondent par une grève massive

Après l’annonce de la vente d’une unité de la raffinerie de Normandie, cédée par TotalEnergies à Air Liquide, l’ensemble de la plateforme s’est mise en grève pour protester contre ce rachat qui risque d’entraîner une dégradation des conditions de travail et un manque de sécurité sur le site.

samedi 18 septembre

Crédits : TOTAL

Cette semaine a démarré une grève au sein de la raffinerie de Normandie appartenant à TotalEnergies et située en Seine-Maritime. Une raffinerie historique qui produit actuellement jusqu’à 12 millions de tonnes de pétrole brut par an et qui est la plus grosse raffinerie du territoire français et parmi les premières au niveau européen. Nous nous sommes entretenus avec un gréviste et secrétaire syndical de la CGT, Alexis Antonioli.

Total fait des économies sur la sécurité : les travailleurs répondent par la grève

Il nous a dès lors expliqué que, ce mardi, s’est déroulée une présentation annonçant un “partenariat” entre TotalEnergies et Air Liquide. Ce dernier consisterait à la vente de l’unité “SMR” de la raffinerie, dans le but de « décarbonner » une unité de fabrication d’hydrogène par vaporéformage de gaz, laquelle produit 255 tonnes par jour. Derrière le terme de partenariat, il s’agit en réalité d’une vente, ce qui, comme l’explique Alexis, est “une première”. En effet, c’est la première fois que l’on cède une unité à une autre entreprise que l’on considérait il n’y a pas si longtemps comme un concurrent.

Malgré le ton voulu rassurant de la direction, il est apparu clairement aux travailleurs du site que ce rachat ne fera qu’empirer leurs conditions de travail et leur sécurité. Peu après cette présentation, ils se sont donc mis en grève : Alexis évoque un taux de 80% de grévistes, venant de l’ensemble de la raffinerie, regroupant des travailleurs issus ou non de l’unité concernée. En 10 ans de militantisme, il n’a jamais vu un taux aussi élevé.

Avec la vente à Air Liquide : moins de personnel pour assurer la sécurité du site

D’après Alexis, ce rachat va impacter la sécurité des travailleurs et par conséquent la vie des personnes habitant autour de cette raffinerie. Actuellement, la sécurité de cette unité est surveillée 24h/24h par les raffineurs qui se relaient selon un rythme en 3x8. Avec la nouvelle organisation, il y aura un seul opérateur à la journée, ce qui laissera donc l’unité vide les deux tiers du temps. Même si la direction d’Air Liquide assure que des capteurs réaliseront cette tâche, le fait de retirer du personnel capable de réaliser des manœuvres rapides en cas de défaillance des capteurs aggrave le risque. On voit clairement que les suppressions de personnel se font au détriment de la sûreté du site.

Si le système de capteurs est censé être fonctionnel, il n’est pas infaillible : lors d’un incendie le 11 décembre 2019, il y a eu une fuite, mais certains capteurs n’ont pas remonté l’information jusqu’à la salle de contrôle. Or, une raffinerie est un lieu hautement risqué, et il n’est pas acceptable de prendre des risques avec la santé des travailleurs et des habitants environnants, pour faire quelques économies.

Lorsqu’on évoque le manque de précautions sur des sites aussi sécurisées, on est obligés de mentionner l’explosion d’AZF à Toulouse qui a fait 31 morts en 2001. Un parallèle qui se fait d’autant plus facilement quand on sait qu’AZF était une entreprise extérieure, qui opérait au sein d’une usine regroupant plusieurs activités, ce qui est exactement le cas d’Air Liquide au sein de la raffinerie de Normandie. Les raffineurs ont donc toutes les raisons de s’inquiéter de ce projet qui pourrait générer des dégâts majeurs et fortement affecter leurs conditions de travail.

Evidemment, ce projet de Total se déroule, comme souvent, sur un fond de capitalisme vert. Ce “partenariat”, est en effet justifié par l’objectif de la décarbonation, et prévoit notamment de “brancher une nouvelle unité de production d’hydrogène renouvelable par électrolyse”. Selon Alex, cette grève ne doit donc pas être interprétée comme une position de la part des travailleurs contre la décarbonation et contre l’écologie. “C’est faux et caricatural” explique-t-il.

En effet, les travailleurs sont favorables au projet de décarbonation, mais considèrent qu’il doit être fait par l’entreprise directement, sans passer par un intermédiaire qui rogne sur les normes de sécurité. Le souci des raffineurs de la plateforme de Normandie de concilier normes de sécurité et mesures écologiques, montre toute la différence entre eux et la direction de l’entreprise : ils veulent justement concilier les deux car ils ne sont pas, comme Total, parasités par la recherche du profit, mais parce que ce sont eux qui sont les premiers touchés par les risques industriels et par la pollution.

Un souci pour la question écologique venant de travailleurs du pétrole qui n’est pas sans rappeler le cas de la raffinerie de Grandpuits, qui s’est mise en grève en janvier dernier face à la menace de 700 suppressions d’emplois, cachée par le même prétexte “écologique”. Comme le rappelle Adrien Cornet, délégué CGT de l’usine et militant à Révolution Permanente, les travailleurs se sont positionnés pour la recherche d’autres solutions, réellement écologiques mais qui n’affectent pas leur emplois. Cette grève avait aussi permis de démontrer qu’ils étaient, en réalité, les mieux placés pour pouvoir réfléchir à ces nouvelles solutions. Parce qu’ils connaissent leur outil de travail quand ils se l’approprient, ce sont eux qui peuvent mettre en œuvre concrètement la transition écologique. Les grévistes de Grandpuits ont ainsi fait la démonstration que face à une période de crise écologique et économique, la classe ouvrière est la seule capables de lier concrètement la lutte pour la défense des emplois et les impératifs environnementaux.

Une source d’inspiration certaine pour les grévistes de la raffinerie de Normandie, dans un combat qui ne fait que commencer : Alexis nous explique ainsi que la première phase de la grève ne fait que commencer et que le plan de bataille reste à définir par les employés eux-mêmes. Nous apportons donc tout notre soutien aux raffineurs dans cette lutte courageuse, marquée par un très haut taux de grévistes. Il s’agira d’arracher à TotalEnergies et à Air Liquide ce projet, typique du capitalisme vert, et de stopper l’exploitation de l’unité SMR par Air Liquide, qui, comme le dit que Alexis, relève d’un “choix politique”.




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