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"Total sacrifie des postes au nom de la compétitivité et fait du greenwashing" Marin Guillotin, raffineur de Donges 

Marin Guillotin est raffineur sur le site de Donges, en grève vendredi dernier contre les suppressions d'emplois chez Total. Représentant syndical FO à Grandpuits, il s'est fait muter suite au combat de la réforme des retraites pour avoir dénoncé le management de la direction. Il nous raconte les conditions de travail et le greenwashing, et la riposte qui se prépare.

mercredi 30 septembre

Photo JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

Révolution Permanente : Sur le site de Donges, vous avez fait une journée de grève vendredi pour contester le projet de Total vis-à-vis des emplois. 

Marin Guillotin : Ici, cela fait environ trois ans que la direction prépare un plan de restructuration avec suppression de postes dans le cadre d’un projet d’investissement de plus de 500 millions d’euros, notamment pour détourner une voie ferrée, pérenniser l’activité. Résultat, ce sont 75 postes du site qui devaient être supprimés, c’est-à-dire une centaine d’emplois en tout sans prendre en compte les petits emplois chez les sous-traitants. 

On leur a dit que ce projet de suppression de postes mettait en danger la sécurité de tous les salariés mais aussi celle du site et de l’environnement. Les gens se sont mobilisés très fortement, 98% des gens se sont sentis concernés. Même des équipes qui n’étaient pas habituées à la lutte, comme la maintenance, ont voté pour la grève. 

Un coup de pression a été de fait mis à la direction, en leur disant qu’ils risquaient de perdre le rapport de forces si on se mettait en marche. Parce que les raffineurs, quand on se met en marche on se met vraiment en marche, et c’est très dangereux pour la direction. On a donc réussi en une semaine à lancer la grève, en mettant un rapport de force. 

Bien sûr, Total a compris qu’on était sérieux donc ils ont décidé de réduire les suppressions de postes à 52 postes sur le site. Malheureusement, cela a suffi pour motiver une partie des grévistes à reprendre, et Total continue pour l’instant d’être vainqueur de ce conflit. Ce que je dis aux collègues, c’est qu’on ne peut pas se satisfaire de limiter la casse au détriment du reste. On ne doit pas rentrer dans la culture de la miette. 

Révolution Permanente : Il faut dire que Total joue beaucoup la carte du greenwashing pour gagner la bataille de l’opinion publique et isoler les raffineurs dans leur combat 

Marin Guillotion : Bien sûr. Total sacrifie des postes pour la compétitivité, et fait du greenwashing pour justifier cette casse sociale. Ils préfèrent détruire à l’étranger pour faire davantage de profits et briser un modèle social qui ne leur rapporte pas assez. Derrière leur blason écologique, ils continuent profiter des richesses de la planète et poursuivre leurs activités lugubres. En réalité, si Total se désengage de certains secteurs d’exploitation, c’est qu’il a trouvé un moyen de faire du profit d’une autre façon. C’est comme une pièce de théâtre où on entend les paroles mais on ne sait pas ce qui se déroule derrière le rideau. Et bien-sûr, tout cela est relayé par les médias à la botte du gouvernement qui participent à laver le cerveau des gens. 

Mais en plus du greenwashing, Total fait du management washing et essaie de se faire passer pour une entreprise familiale où tout le monde aurait un emploi stable et un salaire décent. Mais dès qu’on commence à ouvrir la bouche sur la réalité des conditions de travail, on nous casse et on nous mute, en nous disant que si on n’est pas content "il reste toujours la porte". Je me suis moi-même retrouvé muté à Donges plutôt qu’à 30 min de ma famille dans un dépôt pétrolier, alors que j’étais à Grandpuits. Dès qu’on devient gênant on tente de nous diviser et nous user moralement. Ce qu’on dit toujours chez Total, c’est que vous ne ressortez jamais d’ici par hasard. 

Révolution Permanente : Face à ces attaques qui se multiplient un rassemblement a été appelé le 6 octobredevant le siège de Total par les raffineurs de Grandpuits pour protester contre la fermeture du site et les licenciements. Comment vois-tu la suite ? 

Marin Guillotin : Grandpuits ne compte pas se laisser faire, ils ont bien raison. Le rassemblement le 6 octobre à La Défense est important. A Grandpuits, la direction a attendu jusqu’au dernier moment pour annoncer la fermeture du site, suite à la fuite du pipeline. Avec ce type d’évènement, le patronat choisit toujours les suppressions d’emplois alors qu’il faudrait au contraire embaucher pour sécuriser au maximum le site et pérenniser l’activité. 

Mais ils préfèrent conserver les dividendes de 14 milliards d’euros aux actionnaires et nous faire travailler pour deux, alors que maintenir les 275 postes à salaire décent ne coulera évidemment pas la boite. On nous dit que les temps sont durs, mais pas pour les classes en haut !

Pareil, quand je vois Bridgestone qui a gagné de l’argent pendant la crise, s’installe en Pologne et Biélorussie pour exploiter la main d’oeuvre là-bas à faible coût, on comprend qu’il y a un réel soucis, on ressent du dégoût. 

Nous ce qu’on revendique, c’est des embauches pour partager le travail avec des salaires dignes. On ne veut plus voir nos collègues dormir dans des voitures. On veut faire marcher le monde autrement. Si Total pense nous isoler les uns des autres, c’est faux et on va leur prouver le contraire. Il y a quelques années, c’était Flandres, Carling, La Mède et aujourd’hui les gens sont tellement compressés qu’ils veulent réagir. 

Nous sommes déterminés, pour sauver nos familles, nos amis, les petits emplois et le petit peuple. Ce que Total doit retenir, c’est que plus vite on charge une poudrière, plus vite et plus fort elle risque d’exploser. 




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