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Total veut vendre les activités de résine à Carling : « cela mettrait en péril le site et les 370 emplois »

Reuters a dévoilé mercredi l'intention du groupe Total de céder ses activités de résine. Une annonce qui menace les salariés du site de Carling en Moselle, et ses 370 salariés alors que le groupe a distribué des dividendes records en 2019. Nous avons interviewé Frédéric Albert, syndicaliste à la CGT Total à Carling.

vendredi 9 octobre

Mercredi l’agence de presse Reuters a dévoilé l’intention du groupe Total de « céder ses activités résine dans le cadre de son nouveau plan qui prévoit de se séparer d’actifs non-stratégiques ». Une annonce qui menace l’avenir des salariés du site de Carling où les unités résines remplacent les activités pétrochimiques suite à un plan social en date de 2014, alors que le groupe a distribué des dividendes records à ses actionnaires en 2019 à hauteur de 7 milliards d’euros.
Comme pour le Plan de Suppression d’Emploi à la raffinerie de Grandpuits, la direction de la multinationale utilise l’argument de « la transition écologique » afin de justifier cette nouvelle attaque. Alors même qu’elle continue à développer des projets nocifs pour l’environnement, à l’instar du projet Tilenga en Ouganda pour construire un pipeline au milieu d’un parc naturel.

Nous avons interrogé Frédéric Albert, délégué syndical CGT Total sur le site de Carling, au sujet de cette nouvelle annonce.

Révolution Permanente : Que pensez-vous des annonces dévoilées par Reuters sur la suppression de l’activité résine à Carling ?

Frédéric Albert : Total ne dément pas, et ça a été repris dans les journaux spécialisés en économie, donc pour nous ça n’a pas l’air d’être une information bidon. D’autant plus qu’il y a quelques semaines on entendait des bruits dans ce sens. On se demande si ce n’était pas une manière de sonder le marché, et vu comme ça ressort maintenant c’est possible qu’un potentiel acheteur ait fait savoir être intéressé par l’affaire.

RP : Quel est l’état d’esprit chez les salariés ?

F.A. : Chez nous les salariés sont en panique parce qu’ils ont vécu 3 PSE et voient bien le 4ème débarquer. On va avoir un CSE avec un point sur cette question, et en fonction des réponses qu’on aura on déclenchera une alerte économique. Pour l’instant ils ne parlent pas de fermeture mais de revente. Mais on a aucune information sur un potentiel acheteur intéressé par l’offre de Total à hauteur de 500-600 millions d’euros. La question qu’on se pose c’est notamment de savoir est-ce que les salariés vont être transférés comme lorsqu’il y a des cessions d’actifs.

RP : Quel va être l’impact d’une cession des activités résine sur le site si elle confirmée ?

F.A. : Le dernier plan social qu’on a eu était conditionné à la promesse de créer des ateliers de résine pour rendre le site de Carling rentable. Et là on se retrouve à vendre ces ateliers qui devaient garantir l’avenir du site. Sachant que les autres ateliers sont de leurs côtés tributaires de marchés en difficultés comme l’automobile ou instable comme le polystyrène, si les ateliers de résine sont cédés, cela mettrait en péril l’ensemble du site où Total emploie 370 salariés en CDI.

RP : Comment les salariés se préparent-ils à se défendre ?

F.A. : Les salariés se posent beaucoup de questions et n’ont pas de réponse. Ils savent que ça risque d’être compliqué. Certains espèrent pouvoir être mutés sur les plateformes Total pour garder leur ancienneté, mais en gros on sait que si jamais c’est vendu ça va être très difficile. Alors il va falloir qu’on se bouge. Certains nous disent qu’en se mettant en grève ils risqueront d’être mal vu par la direction ou le repreneur, mais ce qu’on répond à ça c’est qu’au contraire c’est en se mettant en grève qu’on pourra pousser la boîte à nous reprendre et pas à n’importe quelle condition, en gardant un maximum de nos droits et de nos acquis.

RP : Toujours selon Reuters, Total justifie la cession de ses activités résine en expliquant que le groupe veut « accélérer sa transition vers les énergies renouvelables ». Qu’en penses-tu ?

C’est du greenwashing comme à Grandpuits. Leur but ce n’est pas de faire de l’écologie mais du pognon. Sur le site Total a lancé il y a deux ans la production de polystyrène recyclé, mais avec un procédé qui n’offre pas de débouché et qui ne paraît pas viable. C’est pour cela qu’avec la CGT on dénonçait l’absence de débouché pour ce procédé qui ne paraît vraiment pas viable. Par contre, d’autres boîtes au Canada ou en Thaïlande développent le recyclage de polystyrène et de polyéthylène de manière plus pérenne. C’est pour cela qu’avec la CGT on a interpelé plusieurs fois la direction pour lui dire qu’il vaut mieux se lançait dans cette voie là. Mais on a compris que pour Total, tout ce qui est recyclage sur Carling c’est surtout pour l’image. Donc nous, on n’est pas contre la transition écologique, mais dans ce cas il faut qu’il y ait de vrais investissements derrière et des créations d’emploi. De plus, Total fait des parcs photovoltaïques partout en Europe en se prétendant écolo, mais en Angola ou en Ouganda ils font des recherches dans des gisements offshore, continuent à tirer du pétrôle, et à participer à l’exploitation du gaz de schiste dans d’autres pays.




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