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Toujours pas de justice pour l’éboueur Adama Cissé : le jugement reporté en 2021

Le conseil de prud'hommes de Créteil n'a pas tranché le sort de l'éboueur Adama Cissé. Ce travailleur de 37 ans avait été licencié en 2018 pour "faute grave" suite à une photo de lui publiée sur Twitter, alors qu'il s'assoupissait pendant sa pause.

vendredi 19 juin

Crédits photos : AFP/Eric Cabanis

Nous nous rappelons tous de cet éboueur qui a été pris en photos à son insu, allongé pour souffler un peu pendant sa pause, et qui a fait le tour des réseaux sociaux. La personne à l’origine de la photo accompagnait son post Twitter d’un commentaire des plus horribles : "Voilà à quoi servent les impôts locaux des Parisiens : à payer les agents de propreté à roupiller, on comprend pourquoi Paris est si dégueulasse".

Suite à cela, l’entreprise Polysotis (une filiale de Derichebourg), l’a licencié après 7 ans d’ancienneté dans l’entreprise. Ce licenciement a engendré une mobilisation nationale qui a fait le tour de tous les secteurs et la création d’un comité de soutien en pleine grève contre la reforme des retraites. Le siège de l’entreprise de Dérichebourg avait même été envahi par les grévistes de la SNCF et la RATP pour contester son licenciement.

Perdre son boulot pour une photo

On blâme facilement un éboueur qui s’assoupit pendant sa pause alors qu’il se lève à deux heures du matin ; mais jamais les grands patrons pleins aux as qui bronzent sur leur yacht privé, ou encore les politiciens qui dorment sur les bancs de l’Assemblée Nationale. Ce travailleur, victime du patronat parce qu’il a osé prendre sa pause et reposer son pied qui le faisait souffrir à force de monter et descendre du camion depuis des années, n’a toujours pas retrouvé de travail. Il avait retrouvé un CDD qu’il a reperdu avec la crise sanitaire et le confinement. L’entreprise Polysotis n’est jamais revenue sur la décision de licenciement malgré l’émotion que cela a suscité. Rien d’étonnant quand on sait que Derichebourg et ses filiales préfèrent licencier et baisser des salaires dans cette période critique de crise économique. C’est ce qui s’est passé pour les salariés de Derichebourg Aeronautics à Toulouse.

Un jugement reporté à 2021

Depuis tout ce temps, Adama Cissé attendait son jugement. Il demande 31 000 euros de dommages et intérêts pour licenciement abusif et préjudice moral. Ce n’est pas trop demander pour compenser ce licenciement, qui lui a valu une véritable descente aux enfers. Mais les conseillers prud’hommaux ne sont pas arrivés à se mettre d’accord sur cette affaire pourtant limpide, et l’ont donc reporté "sans doute à 2021" selon l’avocat d’Adama. Deux conseillers se sont positionnés pour le salarié, et deux pour l’employeur. L’absence de majorité a donc conduit à un report de l’affaire, qui sera finalement examiné par des juges professionnels. Sauf qu’en attendant, Adama Cissé n’a plus de travail. Il doit attendre plusieurs mois sans salaire, dans l’attente de connaître son sort, alors qu’il est clairement victime d’une injustice en premier lieu. Encore une fois, on voit que la justice marche à deux vitesses. Il n’a fallu qu’un buzz sur Twitter, quelques heures, et aucune discussion pour que cet éboueur soit licencié sans pitié. Mais quand lui demande 30 000 euros d’indemnisations pour un licenciement sans cause réelle ou sérieuse, les démarches ne vont pas aussi vite, et pire, son jugement est reporté. Voilà le visage d’une justice qui sert directement les intérêts du patron, mais qui est incapable de rendre justice aux travailleurs, même quand l’évidence crève les yeux.




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