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Toujours pas de masques pour les hospitaliers, malgré les mensonges de Véran

Alors qu’Olivier Véran ministre des solidarités et de la santé, et Jérome Salomon directeur générale de la santé, annonçaient au début de la crise que les stocks de masques étaient sous contrôle et suffisants, au fur et à mesure des jours, il devient de plus en plus difficile d’assumer ces propos. Alors que dans l’ensemble des services de santé les soignants appellent à l’aide, les conséquences des stratégies néolibérales mises en place ces dernières années s’avèrent désastreuses et criminelles.

mercredi 25 mars

Illustration : dessin original d’Emilie Rolquin

Alors qu’Olivier Véran ministre des solidarités et de la santé, et Jérome Salomon directeur générale de la santé, annonçaient au début de la crise que les stocks de masques étaient sous contrôle et suffisants, au fur et à mesure des jours, il devient de plus en plus difficile d’assumer ces propos. Alors que dans l’ensemble des services de santé les soignants appellent à l’aide, les conséquences des stratégies néolibérales mises en place ces dernières années s’avèrent désastreuses et criminelles.

Un manque criant de masques rien que pour le personnel de santé.

« Au moins, avons nous une boussole morale j’imagine, à défaut de matériel de protection adéquat face à ce qui arrive ». Voici les mots de Christian Lehmann , médecin dans les Yvelines, qui 6 jours après les promesses de distribution de masques dans les pharmacies, doit encore se contenter de 50 masques chirurgicaux retrouvés par sa pharmacienne et datant de 2009. Ce mardi, un peu partout en France, un grand nombre de soignants informent qu’ils sont toujours en manque criant de masques. Ainsi, aujourd’hui, dans la 7ème puissance économique mondiale, les personnels de santé sont obligés de réutiliser des masques en les stérilisant ou encore en s’en fabriquant eux-mêmes. 

Le résultat d’une politique de destruction des stocks de masques

Roselyne Bachelot, dans le contexte de la grippe H1N1 avait commandé un large stock de masques FFP2 et chirurgicaux. Ainsi, en 2009, la France comptait 723 millions de masques FFP2 et 1 milliard de masques chirurgicaux, stockés dans les
plateformes logistiques de l’établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires. L’impact de la grippe étant resté limité, la ministre avait alors été critiquée pour gaspillage d’argent public. 

C’est ainsi qu’en 2013, il a fallu changer de stratégie. Le secrétariat de la défense et de la sécurité nationale, recommande de transférer la responsabilité d’une partie des masques aux employeurs ; que ce soit ces derniers qui déterminent la nécessité de s’équiper ou non de protection pour leur personnel. Il n’est pas non plus estimé nécessaire de renouveler les stocks. Cette recommandation fait l’objet d’une confirmation au Sénat en 2015, et une partie de la gestion des stocks de masques est externalisée à des milliers d’acteurs. Ainsi l’Eprus, organe spécialisé de l’Etat, perd la main sur la gestion centralisée d’un stock stratégique et celui-ci est réduit progressivement. L’entreprise Honeywell Safety, qui produisait 200 millions de masques FFP2 est arrêtée faute de commande de l’Etat. 

Ces choix ont ainsi amené à se retrouver sans aucun stock stratégique de masques FFP2 et seulement 145 millions de masques chirurgicaux, tombés à 100 millions dès la première semaine de confinement.

Tout comme à l’hôpital, depuis 10 ans ont essaye de faire des économies, par la méthode du lean managment, qui consiste à rationaliser les ressources, cherchant leur utilisation optimale de sorte que le système fonctionne en permanence à flux tendu. Disposer d’une réserve de masque conséquente était qualifiée de gâchis comme avoir des lits vides à l’hôpital.

En plus de liquider ses stocks, l’Etat se s’était même pas assuré de ses capacités de réapprovisionnement rapide, soit en matière de production, soit d’approvisionnement, en faisant le choix absurde de se reposer sur l’idée que la production mondiale suffirait, sans anticiper le scénario où une pandémie provoquerait une explosion de la demande. Ainsi on était passé d’une logique de stock à une logique de flux. Aujourd’hui, sans aucun stock la France a une capacité de production de 6 millions de masques par semaine, pour un besoin de 25 millions.

Des déclarations contradictoires du gouvernement et une tentative de dé-responsabilisation

Le scandale politico-sanitaire éclate et les responsables politiques continuent de s’empêtrer dans des annonces contradictoires ou encore utilisent diverses méthodes de dé responsabilisation aussi absurdes que révoltantes.

Mercredi, Jérome Salomon directeur général de la santé avait déclaré que les masques étaient devenus une ressource rare. Il le répète, le gouvernement a été en alerte dès la mi-janvier. Or, force est de constater que ça n’a pas suffi. Jean Paul Hamon, président de la fédération des médecins de France, dénonce ces mensonges notamment quand il affirmait que le stock de masques était suffisant et que les médecins y avaient accès. Les déclarations d’Olivier Véran,
ministre de la santé sont totalement contradictoires. Le 17 mars, il déclare sur France Inter :
« Nous avons assez de masques aujourd’hui pour permettre aux soignants d’être armés face à la
maladie et de soigner les malades ». Il ajoute qu’ « en fonction de la durée de l’épidémie, nous ne savons pas si nous en aurons suffisamment à terme ». 

Lors de la séance de questions au gouvernement le 19 mars, il déclare : « la France dispose de stocks stratégiques de 145 millions de masque chirurgicaux et 0 masque FFP2 ». Aujourd’hui, il se félicite que la France soit le seul pays « à avoir procédé à une réquisition totale de toutes les capacités de production, de tous les stocks nationaux, en masque et tenue de protection, le seul pays à avoir réussi à faire un monitoring des capacités de production, des stocks et des capacités de production ». Ceci pour finalement constater que la France n’a pas assez de stocks, ni de capacité d’en produire.

Il ajoute « regardez autour de nous l’ensemble des pays européens, l’Italie, le Portugal, l’Espagne, vous constaterez que la mondialisation a eu un impact sur la capacité des Etats de se prémunir des épidémies, quand vous avez toute la production mondiale qui est localisé dans une régions de Chine et il se trouve que c’est dans cette région que se trouve l’épidémie, il faut pas s’étonner que la production tombe en rade ». Ainsi, il élude totalement la question des choix politiques qui ont été pris sans appréhender l’hypothèse de nouvelles épidémies sur la base des expériences de H1N1 et du SRAS.
Aujourd’hui, il déclare que la France fait tout pour remédier à cette pénurie. Permettez nous d’en douter. Plusieurs commandes auraient été passées à l’étranger pour 250 millions de masques qui seront livrés progressivement dans les prochaines semaines. Dans certaines régions comme celle
du Grand Est, le conseil régional a lancé un appel à don de masques auprès d’entreprises, d’associations et de particuliers, qui a permis de récolter 1,1 millions de masques en 1 semaines, quantité encore trop insuffisante. Selon l’agence régionale de la santé 11 entreprises seraient en cours d’agrément pour relancer la production de masques permettant la production de 150 000 à
200 000 masques par jours.

L’Etat cherche à masquer sa responsabilité dans la vague épidémique en pointant du doigt les individus ne respectant pas suffisamment selon lui les mesures de confinement. Une position qui ne manque pas de surprendre lorsqu’on se rappelle des mots apaisants qu’ils nous lançaient le 6 mars dernier lors d’une sortie au théâtre, assurant que « la vie continue », et qu’il ne faudrait surtout pas « renoncer à la liberté ». 
Après l’annonce de la mort d’un médecin, il a affirmé que « la plupart des soignants infectés vont être contaminés en dehors de leur hôpital, c’est pour ça que nous insistons beaucoup sur le respect des gestes barrières. » 
Une position qui a suscité la colère de certains soignants, tels que Sabrina Ali Benali qui écrit sur twitter : « Tu passes 10 h au taf à soigner des Covid-19 sans sur-blouse et sans FFP2 mais le Ministre de la santé t’explique qu’on attrape le virus sur l’heure où l’on est à l’extérieur. J’aimerais bien la voir votre étude. Les sources svp. C’est pas la honte qui vous étouffe ». Le 21 mars, Martin Hirsh faisait savoir que 345 soignants de l’AP-HP était testés positifs au Covid-19.

Gaël Giraud, directeur de recherche au centre national de la recherche scientifique qualifie la situation européenne et française de « Moyen-Age sanitaire » et compare la stratégie à celle utilisée en 1537 lors de la peste noire. La stratégie du confinement tardif et répressif est ainsi la réponse choisie par le gouvernement, contre une stratégie de dépistage massif et de confinement rationnel de la population, comme cela a pu être mené en Corée du Sud. Aujourd’hui, ce sont des choix politiques criminels qui sont à l’origine de la mort des centaines de personnes depuis le début de la crise, ainsi que du recul des libertés démocratiques auxquels on assiste.




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