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Répression

Toujours plus de répression après « l’enchantillyage » de Blanquer : soutien aux profs chantillyonneurs !

Ce samedi, deux enseignants d’un collège de Montargis (Loiret) ont aspergé de crème Chantilly Jean-Michel Blanquer. L’ex-ministre de l’Éducation nationale, en pleine opération communication dans le cadre des législatives, a visiblement fort peu goûté le geste et joue désormais la carte de la surenchère répressive. Les enseignants sont aujourd’hui sous le coup d’une procédure disciplinaire et poursuivis pour « violences en réunion ». Une inversion brutale des rôles alors que pour tout-e-s les enseignant-e-s, la violence vient du camp de Blanquer !

mercredi 8 juin

Photo : Blanquer aspergé de Chantilly à Montargis - Twitter

L’affaire a fait le tour des médias et des réseaux sociaux, pour le plus grand plaisir des personnels de l’Éducation nationale. Samedi dernier, deux enseignants d’un collège de Montargis, commune du Loiret dans laquelle Jean-Michel Blanquer fait campagne pour les législatives, ont aspergé de crème chantilly l’ex-ministre de l’Éducation nationale.

« L’enchantillyonnage », un geste potache mais aussi politique

Les auteurs, interrogé par le journal Libération, revendiquent leur geste comme spontané et non-violent, dans la continuité des « entartrages » et autres « attentats pâtissiers » militants.

Enseignants en REP, ils assument la dimension politique de leur geste, à la fois référence au mépris pour les enseignants envoyés « aux fraises » pendant le confinement, mais aussi motivé par la dégradation des conditions de travail et d’apprentissage au sein de l’Éducation nationale. Toujours dans Libération, ils évoquent ainsi la souffrance au sein du secteur, le manque de personnel et la précarisation des enseignant-e-s, le mépris pour les familles et des élèves « humiliés, méprisés et sans solution d’avenir ».

De Borne à Ndiaye, on joue la carte de l’agression dans le camp Blanquer

Du côté de Jean-Michel Blanquer et de ses soutiens, la réaction ne s’est pas fait attendre. A France 3, les deux enseignants racontent avoir été, pour l’un, immédiatement ceinturés par un policier en civil – visiblement chargé d’accompagner le ministre – et, pour l’autre, arrêté par des militants LREM, dont l’un déchire la chemise.
Sur Twitter, l’ex-ministre, qui dénonce une « agression », a reçu le soutien de son camp politique. La première ministre, Elizabeth Borne, s’est ainsi fendue d’un tweet de soutien dénonçant la « violence physique et symbolique », tandis que Pap Ndiaye affiche son « soutien total » à son prédécesseur. Une prise de position qui annonce la couleur : contrairement à ce qu’a voulu faire croire Emmanuel Macron en nommant « l’anti-Blanquer » à la tête de l’Education nationale, les enseignant-e-s n’ont pas grand-chose à attendre de Pap Ndiaye, qui s’inscrit d’ores et déjà dans la droite ligne de son prédécesseur et, tout en ne disant mot ni sur la répression des « chantillyoneurs », ni celle des enseignant-e-s de Pasteur, n’hésite pas à prendre la parole pour soutenir l’ex-ministre.

Une surenchère répressive dans la continuité des offensives autoritaires du gouvernement

Placés 8h en garde-à-vue, interrogés deux fois par la police, les deux enseignants sont désormais poursuivis pour « violences en réunion n’ayant pas entraîné d’incapacité totale de travail » et comparaitront le 4 juillet devant le tribunal de Montargis. Des poursuites qui leur font risquer gros – ils encourent jusqu’à 3 ans d’emprisonnement – et qui visent à faire taire les contestataires, selon la méthode éprouvée par le gouvernement et par Blanquer, qui avait déjà fait recours à la justice pour tenter de dissoudre Sud Education.

Et la répression ne s’arrête pas là pour les deux enseignants. Au-delà des poursuites judiciaires, tous deux sont sous le coup d’une procédure disciplinaire de la part de l’Éducation nationale et risquent donc, dans le pire des cas, la révocation, c’est-à-dire le licenciement pur et simple de l’Éducation nationale. Une menace qui s’inscrit là encore dans la continuité des pressions qui se sont accentuées sur les enseignant-e-s sous le ministère Blanquer, à travers notamment le devoir « d’exemplarité » inscrit dans le projet de loi « Pour une école de la confiance », en 2019. Plusieurs enseignant-e-s ont ainsi eu la surprise d’être contacté-e-s par le rectorat, voire suspendu-e-s, après avoir critiqué celui qui, rappelons-le, est aujourd’hui l’ex-ministre de l’Éducation nationale.

De fait, le grand écart entre l’accusation de « violences » pour désigner la projection de crème Chantilly, et les faits qui se sont déroulés le même weekend, où un policier a tué la passagère d’un véhicule à Paris tandis que d’autres ont aspergé de gaz lacrymogène des voyageurs qui tentent de monter dans un bus, montre de quel côté se situe la vraie violence, qui, elle reste toujours impunie : celle de l’État et des forces de répression à son service.

Face à la répression, soutien total aux « Profs Chantillyonneurs »

Face à la violence, cette fois-ci bien réelle, de la répression qui s’abat aujourd’hui sur les deux enseignants de Montargis, il est nécessaire que le monde de l’Éducation nationale leur apporte un soutien sans faille. Si l’aspersion de Chantilly n’est peut-être pas la méthode la plus efficace pour lutter contre la violence imposée par l’institution, la maltraitance, la précarisation, les humiliations sont une réalité. L’augmentation des démissions et les difficultés de recrutement concrétisent d’autant plus la crise que traverse le secteur de l’Éducation nationale.

Au sein de la seule Éducation nationale, les cas de répression se sont multipliés ces dernières années, notamment dans le cadre de la grève du Bac et suite au décès tragique de Samuel Paty. La judiciarisation de l’affaire et les menaces de condamnations et de sanctions qui pèsent sur nos collègues s’inscrivent dans la continuité d’un État et d’un gouvernement toujours plus autoritaire et répressif, qui souhaite museler toute la contestation pour poursuivre tranquillement son agenda libéral.

Nous appelons ainsi toutes les organisations syndicales et politiques à prendre position en faveur des enseignants réprimés, et à les soutenir face au ministère Macron-Ndiaye. Le crime de lèse-Blanquer n’existe pas, et si violence il y a, c’est celle de l’État !



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