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Sous-traitance aéronautique

Toulouse. 200 grévistes à Daher suite à un appel à la mobilisation des salariés à la base

Près de 200 grévistes du sous-traitant aéronautique Daher se sont rassemblés devant le siège de l'entreprise ce mercredi. Une grève pour les salaires massivement suivie qui a été construite par les salariés eux-mêmes, sans que les syndicats appellent à la mobilisation.

jeudi 10 novembre

Crédits photo : Révolution Permanente Toulouse

Un appel à la grève et au rassemblement a émergé ces derniers jours dans l’entreprise sous-traitante Daher à Toulouse. Un appel lancé par les salariés eux-mêmes, sans aucun syndicat à l’initiative. Ce mercredi, c’est près de 200 grévistes qui ont répondu présents en se rassemblant devant le siège du sous-traitant aéronautique Daher.

Selon les salariés, le mouvement de grève est très fortement suivi sur les différents ateliers de la FAL Airbus (Final Assembly Line, chaîne d’assemblage finale en français) : des salariés du sous-traitant Daher travaillant sur l’A350, l’A330, l’A321 ou encore sur l’ATR étaient ainsi fortement mobilisés. L’un d’entre eux nous assurait hier « qu’au niveau des personnes en CDI, la grève est quasi totale, la grande partie des gens qui travaillent aujourd’hui sont des intérimaires qui ne peuvent évidemment pas faire grève ». Malgré que les intérimaires ne fassent pas grève, la production reste fortement perturbée avec l’absence des titulaires qui encadrent habituellement le travail.

Aussi, des salariés des sites Air log 1 et 2, qui travaillent dans la logistique aéronautique, étaient en grève et présents au rassemblement devant le siège. Après avoir fait trois jours de grève, il y a un mois, ils sont quelques dizaines à s’être remobilisés, cette fois-ci en se coordonnant avec le mouvement initié par les salariés de la FAL.

Une mobilisation construite « par en bas » sans appel des syndicats

La grève des salariés de Daher à Toulouse est inédite par son ampleur, mais aussi par son origine. En effet, la mobilisation a été initiée « à la base » par des travailleurs non-syndiqués. Suite au mouvement national qui a secoué le groupe Daher avec cinq sites en grève reconductible depuis le 21 octobre, les salariés toulousains du géant de la sous-traitance ont commencé eux aussi à s’organiser.

C’est dans ce sens qu’a été initiée une pétition interne signée par plus de 1000 salariés des différents sites Daher en France, et cela, en seulement quelques jours. Une pétition qui a permis aux salariés de discuter entre eux des salaires comme des conditions de travail, et de s’organiser sur une base commune.

Selon un gréviste, ils seraient près de 200 à se coordonner sur un groupe de discussion avec une volonté claire : contre toute récupération politique ou syndicale, les grévistes entendent construire un mouvement « sans étiquette ». C’est donc sans l’appel d’aucun syndicat de l’entreprise que les salariés ont construit une mobilisation massivement suivie. « On ne fait plus vraiment confiance aux syndicats dans l’entreprise, ils ne sont là que pendant les élections professionnelles, le reste du temps, on ne les voit pas » nous confie un des grévistes qui travaille sur l’A350.

Une grève pour les salaires et contre la dégradation des conditions de travail

Au cœur des préoccupations des grévistes, la question des salaires. Ces derniers revendiquent 7 % d’augmentation pour tous, un minimum face à l’inflation qui dépasse les 6 % pour l’année 2022 et qui risque encore d’augmenter. Aussi, ils demandent une augmentation de la prime de nuit à hauteur de 20 % pour toutes les heures travaillées, de jour comme de nuit, et une revalorisation de la prime d’intéressement et de participation.

Comme le résume un salarié de la FAL A350 présent au rassemblement : « l’annonce d’une prime Macron de 150 euros a vraiment été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, autour de nous dans l’aéronautique la plupart des boîtes ont eu beaucoup plus ». Un élément qu’ils dénoncent dans la pétition : « les primes de 0 à 300 euros depuis maintenant plusieurs années ne sont plus tolérables ».

De plus, les grévistes dénoncent la forte dégradation de leurs conditions de travail, avec un manque de moyens occasionnant un grand nombre de démissions et de CDD non renouvelés. La pétition explique un « nombre de démissions record chez les CDI ces 6 derniers mois. Résultat, charge de travail qui augmente avec moins de personnel. Sur le terrain, la tension est palpable et s’accentue de jour en jour, avec un gros impact sur le moral des salariés voyant leurs efforts s’envoler ».

Une dynamique qui menace de s’empirer avec une pression qui s’intensifie en cette fin d’année avec le donneur d’ordre, Airbus, qui doit livrer 200 nouveaux avions d’ici la fin de l’année pour atteindre les 700 avions livrés en 2022.

Une suite de la mobilisation conditionnée aux futures négociations

Le piquet de grève a été levé dans l’après-midi à 16 h. Comme prévu à l’origine par les salariés, l’objectif de cette première journée était d’obtenir des négociations avec la direction. Ainsi, une première réunion de négociation a été obtenue jeudi matin dès 8h30. Le fort mouvement de grève qui a démarré ce mercredi menace donc de reprendre si les demandes des salariés ne sont pas satisfaites lors des négociations.

La mobilisation n’étant pas initiée par les syndicats, ce sont les salariés non-syndiqués qui participeront aux négociations. Un des grévistes nous explique qu’une délégation d’une dizaine de salariés, pour la grande majorité des non-syndiqués représentants les différents secteurs du groupe Daher à Toulouse, seront présents à la réunion du jeudi matin.

Si la mobilisation n’a pour l’instant durée qu’une seule journée, elle a permis de montrer la grande détermination des travailleurs toulousains de Daher. Une colère qui s’est organisée à la base avec une volonté que « la grève appartienne aux grévistes » qui montre la voie à suivre pour de nombreux travailleurs qui subissent actuellement l’inflation.



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