^

Notre classe

Un logement pour tous

Toulouse. 29 000 logements vides, 150 mineurs étrangers à la rue : réquisition et régularisation !

À Toulouse, 150 mineurs isolés étrangers dorment dehors depuis deux semaines suite à leur expulsion. Alors que 29 000 logements sont vides dans la ville, face aux politiques répressives et au racisme d’Etat, il est urgent de se mobiliser pour la réquisition de ces logements et pour la régularisation des sans papiers.

mardi 13 septembre

Photo : Révolution Permanente

Les 150 mineurs expulsés par la préfecture dorment toujours dehors

À Toulouse, les 150 mineurs isolés étrangers (MIE) du collectif AutonoMIE dorment dehors depuis deux semaines. Ils campent aux allées Jules Guesde, dans des conditions très précaires, après leur expulsion par les forces de répression de l’ancien Ehpad des Tourelles qu’ils occupaient depuis deux ans. L’Etat leur refuse la protection de l’enfance car il ne les reconnaît pas comme mineurs. L’estimation de leur âge se base sur une procédure raciste et a pour réelle vocation une « hiérarchisation des immigrés en fonction de leur prétendue « capacité d’intégration » », comme le démontre la sociologue Noémie Paté dans une enquête parue dans la revue Hommes et Migrations en 2021. Autrement dit, l’Etat opère un tri raciste aux frontières.

Samedi 3 septembre, après une tentative avortée d’occupation d’un bâtiment vide de l’ancien collège Bellefontaine soutenue par une centaine de personnes et par des associations, les mineurs étrangers ont dû retourner au campement initial alors qu’une partie de ces jeunes effectuent leur rentrée scolaire ou s’apprêtent à le faire.

Ainsi, aucune solution d’hébergement collectif n’est prévue à ce jour. C’est pourtant un enjeu fondamental et une revendication des jeunes et des associations qui les suivent. En effet, contre les fausses solutions de logement individuel proposées par l’Etat, qui lui permettent de ne prendre en charge qu’une partie des MIE tout en laissant les autres à la rue et de les séparer pour mieux les réprimer, l’hébergement collectif donne la possibilité aux jeunes et aux associations qui les soutiennent de s’organiser (suivi administratif, suivi scolaire, prêt de téléphone, lien avec les nouveaux arrivants, etc.).

29 000 logements vides à Toulouse : réquisition !

À Toulouse, le dernier recensement de l’enquête « sans-abri » (personnes à la rue, en squat et en campement) comptabilise au total plus de 6 200 « personnes à la rue ou hébergées » en 2021, contre un peu plus de 4 100 personnes en 2019, soit une augmentation de 50% d’après les données recueillies par la fondation Abbé Pierre. Dans le même temps, le « système d’hébergement d’urgence et de logement [est] complètement défaillant », selon le DAL31. En 2021, Toulouse est la deuxième ville de France qui comptabilise le plus de sans-abris décédés dans la rue après Paris.

Alors qu’environ 29 000 logements sont vides à Toulouse, dans la droite lignée de l’offensive xénophobe et raciste menée par Darmanin, les priorités de la préfecture et de la mairie sont claires : réprimer les mineurs étrangers isolés. Pour le maire Jean Luc Moudenc, l’expulsion des mineurs et le fait qu’ils dorment dehors était d’ailleurs « une bonne nouvelle ».

Le 5 septembre, la NUPES, qui soutient les mineurs isolés et s’est rendue plusieurs fois sur le campement, a rendu publique une lettre envoyée à la Préfecture et à la Mairie, signée par l’ensemble des député.e.s NUPES de la Haute-Garonne. Dans ce courrier, les député.e.s appellent à des négociations entre l’Etat, la Ville, les associations et des représentants des jeunes et espèrent, reprenant l’expression du Conseil Général de Haute-Garonne, que ces autorités adopteront une attitude « raisonnable et responsable ». Dans la même logique, François Piquemal, ancien militant du DAL31 et député de la 4ème circonscription de Haute-Garonne, a dormi dans une tente sur le campement pour « interpeller les institutions », invitant le maire qui aurait « perdu sa boussole politique et républicaine ces derniers temps » à « faire de même ».

Mais, pour la mairie comme pour le gouvernement, une attitude « raisonnable et responsable » consiste justement à envoyer les forces de répression expulser les mineurs étrangers à grands renforts de CRS et de gaz lacrymogènes et à les faire dormir dehors, jusqu’à les déporter dans le pays qu’ils ont fui. Moudenc l’assume d’ailleurs très clairement : « Ce que je souhaite, c’est que cette situation soit réglée le plus rapidement possible, que les décisions de justice soient prises, que les majeurs qui n’ont pas le droit d’être en France soient reconduits à la frontière au plus vite », a-t-il déclaré à Actu Toulouse. Au-delà de la mairie de Toulouse, c’est bien l’État « républicain » qui est responsable du tri raciste des migrants aux frontières, comme le montre la procédure de reconnaissance de minorité confiée au département, mais aussi le tri raciste des étudiants réfugiés d’Ukraine confié aux universités ou encore l’enfermement des exilés estimés illégaux dans les centres de rétention administrative (CRA).

C’est pourquoi, dans le combat pour le relogement des 150 mineurs étrangers isolés, nous ne pouvons faire confiance ni à l’État ni à ses institutions. Le relogement de ces jeunes dans des conditions dignes ne pourra qu’être imposé et arraché que par la lutte de l’ensemble des organisations politiques, syndicales et associatives qui les soutiennent. Par cette lutte, c’est bien un combat plus large qui doit être mené : pour la réquisition de tous les logements vides et pour la la régularisation de tous les sans papiers, contre l’offensive xénophobe et raciste du gouvernement.



Mots-clés

Racisme d’État   /    Toulouse   /    Logement   /    Sans-papiers   /    Notre classe