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Toulouse. Face aux licenciements, première démonstration de force des travailleurs d’Airbus

Environ 7 000 salariés d’Airbus ont défilé ce matin contre le plan de licenciements de la direction qui prévoit 15.000 suppressions de poste dans le groupe. Ce débrayage montre la force potentielle des salariés de l’aéronautique et pose désormais la question des perspectives à leur mobilisation, de la convergence entre les travailleurs d’Airbus et de la sous-traitance .

mercredi 8 juillet

Crédit photo : REMY GABALDA / AFP

Ce matin, autour de 7000 salariés d’Airbus ont défilé sur le site de l’avionneur à Blagnac pour protester contre le carnage de l’emploi promis par la direction du groupe avec ce qui n’est rien d’autre que le plan de licenciement le plus important de l’histoire de l’entreprise. Ce plan implique 15.000 suppressions d’emploi à échelle internationale, dont 5000 en France, 3500 sur les sites aux alentours de Toulouse -la Loire-Atlantique sera également une des régions les plus impactées. La réaction massive des salariés témoigne de l’émotion suscitée par les annonces de la direction d’Airbus, dans un secteur où, malgré les risques sanitaires, les ateliers n’ont pas fermé pendant le confinement et où les salariés sont désormais remerciés par des licenciements !

La manifestation et le débrayage d’une heure et demie de ce 8 juillet étaient appelés par les syndicats FO, CFE-CGC et CFTC (les syndicats CGT et CFDT y ont aussi participé), les salariés ont défilé derrière une banderole « Non aux licenciements ». Les organisateurs avaient annoncé en amont que la manifestation, après avoir longé les pistes les traverserait, pourrait perturber l’atterrissage d’au moins trois avions. Cette matinée est une démonstration du potentiel de rapport de force que peuvent imposer les salariés d’Airbus et de l’ensemble de l’aéronautique, par leur nombre d’une part, mais aussi parce que ce sont eux qui font tourner cette industrie : sans eux, pas un avion ne sortirait des hangars, ils peuvent même les empêcher de se poser sur les pistes !

Ainsi cette première démonstration de force -rappelons qu’il ne s’agissait que d’un débrayage d’une heure et demie- invite à poursuivre la mobilisation mais pose aussi quelques questions sur les perspectives de la lutte des salariés de l’aéronautique contre les licenciements, les attaques sur les salaires et toutes les tentatives des patrons du secteur pour leur faire payer la crise.

Dans le plan de l’intersyndicale du jour, la mobilisation de milliers de travailleurs, ouvriers ou ingénieurs, se fait avec le but du « dialogue social », dans le but d’aller négocier quelques licenciements en moins avec la direction du groupe. La manifestation s’est d’ailleurs conclue par une prise de parole de dirigeants syndicaux qui se sont rendus en délégation auprès du DRH du groupe. Cela pose donc la question des objectifs de cette mobilisation et des moyens pour la réaliser. Les syndicats qui appelaient à cette journée, l’ont fait en retenant la bride : « Le but de cette manifestation est d’envoyer des messages, ce n’est pas encore de la colère » affirmait Françoise Vallin, coordinatrice CFE-CGC chez Airbus, « Nous voulons envoyer un message fort mais pas déclarer la guerre » a déclaré dans le même sens Florent Veletchy, délégué syndical central à Airbus de la CFTC. De même, FO rappelle régulièrement n’être opposé qu’aux licenciements « secs » ou « contraints » mais se propose d’accompagner les départs en retraites anticipés. Cette position implique déjà des concessions pour la direction du groupe qui souhaite, pour reprendre les mots de Tom Enders -le précédent directeur général du groupe- « ne pas gâcher la crise » et supprimer massivement des postes pour rétablir les confortables marges de profitabilité que les actionnaires ont pu largement apprécier ces dernières années. La direction s’est même dite potentiellement prête à accepter l’idée de ne pas engager de procédures de licenciements « secs », ce qu’elle pourrait présenter comme une main tendue et les syndicats de leurs côtés, comme une victoire, tandis que des centaines ou des milliers de postes auront été supprimés, augmentant la cadence de travail pour ceux qui restent.

« Des milliards ont été faits pendant des années par les salariés d’Airbus, on aimerait bien savoir où ils sont passés, pour pouvoir préserver les emplois. (…) Ceux qui vont rester, ils vont devoir encore une fois une fois marner, marner, marner pour faire du bénéfice, et ces bénéfices on va encore les reverser aux actionnaires d’ici peu ! » nous expliquait ainsi Olivier Le Penven, délégué CGT

Le temps est également une donnée centrale dans la lutte contre les plans des directions d’entreprise, il joue en leur faveur. Le patronat aéronautique, avec ses avant-postes d’abord chez Daher et Derichebourg, a déclaré la guerre aux « cols bleus » comme aux « cols blancs ». Les directions des syndicats appellent seulement pour l’instant à envoyer « un message ». Dans la même veine, négocier jusqu’en octobre pour ensuite éventuellement penser à une réaction est tout à fait suicidaire ! Car la colère est déjà bien présente dans l’aéronautique et chez Airbus ! De nombreux salariés désespèrent de voir les réactions si timorées et surtout divisées entre les organisations syndicales...

L’ensemble de ces discussions ne pourront être tranchées que par les salariés. Les débrayages comme celui d’aujourd’hui pourraient permettre, au lieu de simplement écouter quelques chefs syndicaux sur une estrade, de donner la parole à chaque travailleur, de se réunir en assemblée pour discuter des buts et des moyens pour éviter les licenciements. Ces rassemblements n’auraient pas alors comme objectif de simplement exercer une pression pour aller négocier des miettes avec Faury mais bien de penser des perspectives pour le combat contre les licenciements, de discuter des convergences avec le reste de l’aéronautique et surtout d’organiser l’ensemble des salariés du groupe, au-delà des appartenances syndicales ou non, c’est-à-dire de réaliser l’unité entre les salariés, à l’image de ce qu’ont réalisé les Derichebourg avec un collectif réunissant syndiqués et non-syndiqués pour faire face aux attaques de leur direction.

Un tel cadre permettrait également de discuter des moyens d’action, de se poser la question de la façon dont les salariés peuvent faire augmenter le rapport de force. Remettre en question également l’encadrement total de la manifestation (seuls des journalistes autorisés par Airbus ont pu prendre des photos, séparés des manifestants par un portail !) qui empêche de fait toute convergence avec les autres entreprises de la sous-traitance, où les organisateurs revendiquent d’avoir déployé des CRS sur le parcours de la manifestation en accord avec la préfecture pour éviter les « débordements », et où il est décidé à l’avance, sans que les salariés aient eu leur mot à dire, de quand est-ce que ça commence et de quand est-ce que ça finit.

En bref, le futur de la lutte de l’aéronautique se joue en grande partie chez Airbus. Les salariés ont montré leur capacité de mobilisation et elle n’était même pas encore maximale ! L’enjeu se situe dans la prise en main de leur lutte par les salariés, par l’organisation en assemblée où chacun peut avoir son mot à dire, où un travailler égale une voix et où l’ensemble des salariés décide du plan à mettre en œuvre pour que ce ne soit pas à ceux qui ont produit les richesses pour les patrons et les actionnaires de l’aéronautique qui se retrouvent à payer leur crise.

Dans ce sens ce 9 juillet, une manifestation est appelée à Blagnac par la CGT à l’attention de l’ensemble des salariés de l’aéronautique.




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