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Jeunesse

Toulouse. A l’université Capitole des jobs précaires pour lutter contre la détresse psychologique

Face à la détresse psychologique des étudiant.e.s, l’université du Capitole à Toulouse embauche d’autres étudiants avec des contrats précaires pour leur venir en aide et les « rebooster » ou quand la détresse psychologique sert à justifier la précarité. Il faut en finir avec l’austérité universitaire et se battre pour des moyens massifs pour l’université !

vendredi 29 janvier

L’université Toulouse Capitole a recruté des étudiant.e.s parrains et marraines en ce début d’année 2021, afin d’accompagner les étudiants en L1. La fiche de poste nous explique que l’objectif est de « lutter contre la morosité étudiante » et « éviter le décrochage scolaire » dans la période difficile que connaissent les étudiants. Les missions : « rebooster le moral des étudiants de 1ère année, les remobiliser pour les accompagner dans la réussite de leur diplôme, répondre à leurs questions et faciliter le contact » entre eux et les enseignants. Également « les orienter vers les dispositifs existant pour faciliter leur travail ». Les qualités requises pour le poste ? Avoir du temps et « aimer aider les autres ».
Pour exercer ces missions, l’université embauche des étudiants en master ou doctorat pour quatre mois, à hauteur de quelques heures par semaine.
 En bref, il s’agit à la fois de pallier le manque de personnel éducatif qui serait en mesure de répondre aux questions que peuvent se poser les étudiants sur leur parcours ou le fonctionnement de l’université, de s’improviser psychologue face à la détresse psychologique qu’ils subissent, mais aussi de les "coacher" afin qu’ils retrouvent leur motivation perdue.
 Cela serait presque risible si la situation des étudiants n’était pas si dramatique. En effet, depuis quelques semaines une importante vague de dénonciation de la détresse étudiante a émergé notamment sur les réseaux sociaux, au moyen du #étudiantsfantômes. Des sit-in ou blocages d’universités ont eu lieu dans différentes villes, bien qu’ils n’aient pour l’instant pas pris une ampleur de masse.
 Un nouveau sondage publié par le Parisien a révélé que 40% des 18-24 ans rapportent un trouble anxieux généralisé, que deux sur trois estiment que la crise actuelle du Covid va avoir des conséquences négatives sur leur propre santé mentale, ou encore que trois jeunes sur dix ont déjà eu des pensées suicidaires ou ont songé à se mutiler.
Cette situation dramatique est causée par plusieurs facteurs. D’un côté, la crise sanitaire est venue exacerber la précarité financière subie par les étudiants, qui ont été les premiers à perdre leur emploi sans pour autant pouvoir toujours bénéficier du chômage partiel puisque les étudiants travaillent souvent sous des contrats courts et précaires. De l’autre, la fermeture des universités depuis le mois de mars (avec, pour certaines universités, une réouverture-éclair au mois de septembre, sans les conditions sanitaires nécessaires) a plongé les étudiants dans un grand isolement, les coupant de toute vie sociale si ce n’est en dehors des heures de travail salarié : zoom-métro-boulot-dodo.
Cette souffrance est également le fruit d’une perte de perspectives du fait de la crise économique, d’un stress important généré par une sélection accrue à l’université et au risque de ne trouver aucun emploi à la fin des études. En effet, l’espoir de s’en sortir en faisant de longues études est de plus en plus remis en question en raison du chômage grandissant. À titre d’exemple, parmi les étudiants diplômés d’un bac +5 cette année, seul un sur deux a trouvé un emploi. Trouver un stage, non-payé dans la majorité des cas, devient même une épreuve.
 Face à cette détresse économique et psychologique, le gouvernement n’a rien proposé d’autres que des mesures dérisoires, à l’image du dispositif 1 jeune 1 solution, plateforme qui recycle les offres pôle emploi et qui permet aux employeurs d’être largement subventionnés lorsqu’ils embauchent un jeune, ou encore l’extension du repas au RU à 1€ à tous les étudiants. Après avoir infantilisé les étudiants en leur reprochant d’être responsables de la circulation du virus puisqu’ils feraient trop la fête, le gouvernement a changé de cap en adoptant un ton condescendant et en demandant aux étudiants de « tenir bon ».
 À l’université capitole, la rentrée a eu lieu en septembre dans des conditions dramatiques : aucune mesure sanitaire n’avait été mise en place pour éviter la circulation du virus, si ce n’est l’embauche d’étudiants – encore une fois – cette fois ci pour guider les étudiants et leur demander de respecter les distances barrières. Distances barrières qui n’étaient absolument pas tenables puisque les étudiants étaient agglutinés dans les amphithéâtres, aucuns locaux supplémentaires n’ayant été prévus ni de dispositif humain suffisant pour assurer les enseignements de manière à ne pas précipiter la formation de clusters.
L’université prétend aujourd’hui venir en aide aux étudiants en embauchant certains d’entre eux à l’aide de contrats précaires, pour venir en aide à d’autres, tout autant en difficulté.
 Face à cette gestion catastrophique de la crise et aux solutions misérables proposées par le gouvernement et les universités, qui se font le relais des politiques gouvernementales, nous devons nous organiser en toute indépendance des directions universitaires pour imposer un programme d’urgence pour les étudiants.
Avec le collectif étudiant anticapitaliste le Poing Levé nous revendiquons d’urgence une embauche massive de psychologues pour faire face à la grande détresse psychologique dans laquelle se trouvent les étudiants. Ce ne sont pas à des étudiants non formés de faire office de psychologues !
Nous revendiquons également la réouverture des universités ainsi que des moyens massifs permettant des conditions sanitaires décentes, à l’inverse de ce qui a été fait en septembre, avec des masques gratuits pour toutes et tous, et des centres de dépistage sur les campus.
Également, si l’université souhaite vraiment lutter contre notre « morosité », qu’elle mette fin à la sélection qui plonge des milliers d’étudiants dans l’anxiété, sélection particulièrement intense à l’université du Capitole, et qui s’est accentuée au cours des dernières années. Sélection effectuée entre autre par les places manquantes en cours comme on le voit en début de chaque année et par la précarité.
Pour lutter contre la précarité, au lieu de faire travailler les étudiants à côté de leurs études, nous revendiquons un revenu étudiant à hauteur du smic pour tous et toutes, financé par un impôt sur les grandes fortunes.
 Tout cela ne peut s’obtenir que par la lutte et le rapport de force, puisque nous n’avons aucune illusion sur les universités et l’État qui n’accéderont jamais à de telles revendications si ils n’y sont pas forcés.
 Au-delà de ce programme d’urgence que nous revendiquons, nous avons conscience que l’université n’est pas déconnectée du reste de la société et notre lutte vise à combattre un système capitaliste dans son ensemble, qui organise l’exploitation et l’oppression de l’immense majorité de la population. C’est pour cela que le rapport de force face à l’État capitaliste, ses mesures austéritaires et la casse sociale qu’il organise doit se construire notamment au côté des travailleurs qui luttent contre les licenciements massifs annoncés dans la période. Interdire les licenciements aujourd’hui, c’est se battre contre le chômage de demain ! Nous voulons en finir avec ce mythe que ce seraient aux travailleurs et aux classes populaires de payer les pots cassés quand l’économie capitaliste fait la preuve de son échec. Faisons payer les grands capitalistes !
 
Si nous ne luttons pas contre ces licenciements massifs, quelle perspective pouvons-nous espérer à la sortie de nos études ? Dans cette perspective il est primordial de soutenir les raffineurs de Grandpuits, en lutte contre le géant Total qui veut leur imposer un plan de licenciement qui laisserait 700 familles sur le carreau, mais aussi toutes les autres luttes qui peuvent avoir lieu dans l’aéronautique dans la région Toulousaine, où c’est un véritable carnage social qui a lieu.




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