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Jeunesse

#LaPrécaritéTue

Toulouse. Des rassemblements organisés contre la précarité, la lutte doit continuer

Mardi 12 novembre, des centaines de personnes se sont rassemblés pour exprimer leur solidarité avec l’étudiant de 22 qui s'est immolé devant le Crous de Lyon. Les conditions de vie précaires que celui-ci dénonçaient dans sa lettre de suicide ne sont que trop largement partagées. À l’université du Mirail, Sc Po et l’Ensav, des étudiants commencent à organiser la riposte.

mercredi 13 novembre

Cette journée a été rythmée par plusieurs rassemblements dans le pays. Des centaines de personnes se sont rassemblées devant leurs CROUS locaux afin d’exprimer leur colèreaprès qu’un étudiant et militant se soit immolé vendredi dernier à Lyon devant le bâtiment du Crous – il s’était vu refusé des aides, ce qui le plongeait dans une précarité extrême. Dans une lettre publié sur son compte facebook, il accuse directement Macron, Hollande, Sarkozy ainsi que l’Union Européenne d’être à l’origine de sa tentative de suicide.

Un communiqué signé par plusieurs organisations était sorti dans le week-end pour appeler à des rassemblements après cet événement tragique, pour que celui-ci ne soit pas oublié, parce que ce geste désespéré est loin d’être un cas isolé face aux politiques néolibérales et aux nouvelles attaques que nous préparent le gouvernement – retraites en ligne de mire. Ces rassemblements en ce sens, ne doivent pas rester lettre morte mais doivent être le début d’un combat acharné contre ces conditions de vie indécentes auxquelles on voudrait nous condamner.

Une journée politique au Mirail

Le fait est que l’information même de l’immolation de l’étudiant n’avait que peu circuler à la fac. Mais dès 7h45, des diffusions du communiqué, avec lâchées de banderoles, tours d’amphi, pochoirs, placardage de la fac étaient organisés pour rendre visible le rassemblement #LaPrécaritéTue. Avec par ailleurs une visite matinale de policiers sur le campus – appelées par on ne sait qui – venant contrôler les activités, et le contenu du communiqué au passage. A midi, autour de 300 personnes se sont rassemblées, étudiants, personnels, quelques Gilets jaunes aussi, au milieu de la fac.

Plusieurs prises de paroles se sont enchaînées rappelant les galères de boulot étudiant, des problèmes de logement – quand il ne s’agit pas d’expulsion. Des interventions sur des parcours familiaux difficiles, où le fait qu’un enfant puisse faire des études devient aussi synonyme de sacrifices financiers pour la famille. D’autres encore sur la difficulté quotidienne à voir ses proches rongés par leur situation de précarité et poussés au désespoir, de l’impression de pas pouvoir assurer, de l’isolement face à l’impossibilité de finir les fins de mois, et de l’impression parfois que rien ne pourra y changer.

Mais face à cette réalité d’une violence sociale très largement vécue, le rassemblement n’avait pas une tonalité de résignation, mais au contraire, de commencer à voir quelles perspectives nous avions devant nous, pour que cela n’arrive plus jamais. Dans un contexte où les Gilets jaunes avaient déjà mis sur le devant de la scène, avec des démonstrations de force le refus de se résigner face à une vie toujours plus chère et précaires.

Dans ce sens, une première assemblée a été appelé ce jeudi 14 novembre à 12h30. Le défi n’est pas tant d’appeler à cette assemblée – le Mirail a une certaine expérience en la matière – mais faire en sorte que ce cadre d’auto-organisation permette réellement aux étudiants qui se sentent concernés de prendre en charge leur lutte et de s’y investir pleinement. Faire en sorte qu’au-delà des discussions – nécessaires à avoir, l’assemblée soit véritablement un lieu d’élaboration de la lutte collective.

C’est en ce sens qu’Alberta intervenait, pour que nous sortions de notre isolement face à la précarité, pour prendre exemple sur les phénomènes les plus radicaux de lutte des classes où les jeunes sont sur le devant de la scène, au Chili, au Liban, en Irak, en s’organisant dans des assemblées ou comités d’actions. « Il faut qu’on se reconnaisse entre nous, tous les précaires, et qu’on voit que cette situation n’est pas un cas isolé, qu’on est beaucoup à vivre avec peu par mois. On a plus à se résigner, il faut qu’on arrive à dire non et à s’organiser ensemble pour relever la tête ! »

300 personnes devant le Crous

Au même moment des étudiants de Science Po et de l’Ensav dans le centre-ville préparait dans leurs écoles le rassemblement, avec banderoles, communiqués et discussions déterminées sur la nécessité de s’organiser pour mettre fin à cette situation généralisée d’impossibilité à (sur)vivre dignement. Ils appelaient au second rassemblement devant le Crous à 14h, auquel des étudiants du Mirail, et des Gilets jaunes se sont joints, faisant une petite foule de 300 personnes.

Anna rappelait la nécessité d’organiser la riposte au sein de la jeunesse étudiante et travailleuse, mais pas que, car cette situation est généralisée à l’ensemble de la société : les travailleurs, ou chômeurs, la jeunesse, les femmes, car c’est bien une réalité que des femmes qui ne gagnent qu’un smic ou parfois moins ne sont pas toujours en capacité de quitter leurs compagnons violents. « Je n’ai pas envie de me battre juste pour la cause féministe, juste pour la jeunesse précaire, juste pour les luttes sociales, c’est l’ensemble de tout ça qui nous fait sortir dans la rue, qui nous met en colère et qui nous touche. Et c’est cette colère qu’on doit organiser, car elle est légitime. Le 5 décembre apparait comme une perspective pour lutter aux côtés du monde du travail pour enfin mettre un coup d’arrêt à la politique du gouvernement Macron ! »

Ces premiers rassemblements, où nous ne sommes pas encore assez nombreux par rapport à la gravité de l’acte et cette situation généralisée, ont néanmoins été un premier pas vers une bataille plus généralisée qui s’annonce. Il n’est plus possible de rester les yeux fermées sur cette violence sociale que nous subissons au quotidien et qui mène à des actes aussi tragiques, ni de rester isolés. Et ce que montre les révoltes à l’échelle internationale, autant que ce qu’a pu montré le mouvement des Gilets jaunes, c’est bien qu’il est possible de sortir de la résignation et de mener un combat pouvant mener à des victoires. Avec la crise économique qui s’annonce et les politiques néolibérales que le gouvernement compte faire passer de force, ces combats n’en sont que plus nécessaires. Et l’approche des un an des Gilets jaunes, le rappelle. Mais c’est aussi la date du 5 décembre qui ouvre la possibilité à ce que d’autres secteurs ouvriers et étudiants prennent part à cette bataille pour imposer un véritable recul à Macron. Et pour préparer les combats à venir, il sera nécessaire que nous nous dotions de cadre pour nous organiser, pour prendre en charge collectivement nos luttes, et pour les élargir encore plus.

Comme le disait Kiki de Science Po, « Cet évènement tragique, c’est la goutte de trop qui doit nous résoudre à organiser une mobilisation d’ampleur de la jeunesse depuis nos lieux d’études pour contribuer au mouvement unitaire vers la grève générale qui est en train de se dessiner autour de la date du 5 décembre, et au delà ! Pour en finir avec ce gouvernement qui voudrait qu’on perde notre vie à la gagner, pour en finir avec ce système capitaliste qui est notre fossoyeur, mais il ne faut pas oublier que nous aussi on peut être le sien ! »




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