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Jeunesse

A l'approche du 5 décembre

Toulouse. État des lieux de la mobilisation de la jeunesse

À l’approche de la grève du 5 décembre, alors que la question de la précarité de la jeunesse s’impose sur les différents lieux d’études, les lycéen-nes et les étudiant-es commencent à s’organiser malgré la répression. État des lieux de la mobilisation à Toulouse.

mercredi 27 novembre 2019

Colère et actions de blocage dans les lycées

Ce mardi 26 novembre, deux lycées étaient bloqués à Toulouse : Raymond Naves dans le quartier Croix-Daurade et Stéphane Hessel à Jolimont. Ces actions s’inscrivent explicitement dans une dynamique de lutte contre les réformes Blanquer, dont les lycéen-nes subissent déjà les effets, et contre la réforme des retraites qui assombrit encore plus l’avenir déjà incertain que ce système leur réserve. Sur les grilles du lycée de Jolimont, une affiche résume : « Macron, rend le pognon ». La Dépêche a relayé le témoignage d’un lycéen qui en dit long : "Aujourd’hui, si on fait un blocus devant le lycée Stéphane-Hessel, c’est d’abord pour les manifestations du 5 décembre. On veut donner un avertissement au gouvernement et lui dire qu’on sera là. Dire que cette réforme des retraites ne peut pas continuer. Entre ça et Parcoursup, plus rien n’est possible. C’est aussi en soutien à nos camarades du lycée Raymond-Naves et aussi pour cette élève qui s’est immolée par le feu [en Seine-Saint-Denis, NDLR]. Ce qui prouve qu’il y a bien un problème dans cette société. On sait que ces personnes veulent se suicider parce qu’elles sont en grande précarité. Au lieu de l’aider, rien n’a été fait ».

Comme mentionné, les blocages d’aujourd’hui répondent aussi à la répression opposée aux lycéen-nes de Raymond-Naves mobilisés lundi. En effet, un important dispositif policier a été déployé pour empêcher les lycéen-nes de s’organiser suite au blocage de leur établissement, réprimant toute la matinée à coups de tirs de gaz lacrymogènes et de charges dispersives. Des élèves ont été poursuivis par la BAC et 6 d’entre eux ont été interpellés et placés en garde à vue.

Malgré la répression violente, vu la situation politique et la contradiction qui se fait sentir entre la détermination de ces jeunes et l’absence totale de perspectives que leur impose le gouvernement, on peut s’attendre à ce que le mouvement se répande à d’autres lycées dès cette semaine, comme ce fut le cas il y a un an lorsque le mouvement des gilets jaunes commençait.

Structuration du mouvement à la fac du Mirail

Au Mirail se tenaient ce midi les premières assemblées d’UFR (Unités de formation de recherche – regroupement de plusieurs matières). Donnant suite aux deux AG organisées à l’échelle de l’université qui avaient réunis 500 et 400 personnes, ces assemblées plus petites visent à ancrer la mobilisation dans l’université en donnant à chacun-e la possibilité de s’exprimer dans un cadre d’auto-organisation à taille humaine, où il est plus facile de prendre la parole et de discuter profondément des modalités, en termes de revendication et d’action, de la mobilisation.

Ainsi, des assemblées avaient lieu simultanément dans les UFR de Langues (bâtiment Erasme), Sociologie Économie Histoire (Olympe de Gouges), Psychologie, Philosophie Musique et Littérature (Gai Savoir) - réunissant respectivement 20, 70, 30 et 50 personnes.

Dans cette dynamique de structuration à la base du mouvement, les étudiant-es ont pu poser des discussions politiques en lien avec leur domaine d’études et faire des propositions concrètes qui seront restituées à la prochaine AG du Mirail jeudi prochain.

Une centaine d’étudiant-es ont ensuite rejoint le centre-ville pour manifester contre la précarité. Très rapidement, la police les a empêchés d’avancer vers Sciences Po où se tenait une AG. Les forces de répression ont ordonné la dispersion, pour finalement nasser une partie des étudiant-es sur le boulevard avant de les fouiller et de les laisser partir au compte-goutte.

Sciences Po entre dans la bataille

À Sciences Po, un comité de mobilisation ayant réuni une quarantaine de personnes mardi dernier a organisé une première AG qui a rassemblé aujourd’hui 250 personnes autour d’un appel à se mobiliser en vue de la grève du 5 décembre. Plusieurs étudiant-es ont pris la parole sur le thème de la précarité, brisant le « tabou » dans une « grande école » où la majorité des étudiant-es ne se sent habituellement que peu concernée par cette question. Des étudiant-es de l’UT1 et de l’ESAV (école d’audiovisuel) sont également intervenus pour appeler à la construction du mouvement à l’échelle de la ville. Un consensus s’est exprimé quant à la nécessité de s’organiser depuis nos lieux d’étude pour le 5 décembre aux côté des grévistes. L’AG a notamment décidé d’appeler à un cortège de la jeunesse dans la rue le 5 décembre, de relayer les caisses de grèves sur les réseaux et au sein de l’école, de lancer un comité chargé d’organiser des actions à l’échelle de la ville et enfin d’organiser un barrage filtrant et de reconduire l’AG le 3 décembre pour décider plus concrètement des suites de la mobilisation en vue de la grève générale.

Suite à une décision de l’AG, des étudiant-es ont ensuite tenté un débrayage des cours pour appeler à la manifestation contre la précarité. Certain-es ont ensuite rejoint les étudiant-es du Mirail jusqu’à être dispersés par les forces de répression.

Par ailleurs, François Hollande qui devait présenter son dernier ouvrage ce jeudi a finalement annulé sa venue, par crainte d’un nouveau fiasco. En effet, le 12 novembre, à l’université de Lille, une mobilisation étudiante contre la précarité avait réussi à empêcher la tenue de sa conférence. Selon la Dépêche du Midi du 26 novembre, c’est ni plus ni moins que la préfecture de Haute-Garonne qui "a prévenu l’Institut d’Études Politiques des risques d’une nouvelle perturbation par des étudiants".

L’ESAV s’organise

Depuis le rassemblement devant le CROUS en réaction à l’immolation d’un étudiant lyonnais il y a deux semaines, des étudiant-es de l’ESAV se sont également organisés. Un comité de mobilisation a réunit une vingtaine de personnes et décidé d’appeler à une AG qui se tiendra lundi prochain.

Quelles perspectives pour un mouvement de la jeunesse ?

On voit que la jeunesse cherche à s’organiser depuis les facs et les lycées pour faire pleinement partie de la grève
à partir du 5 décembre. Même s’il ne s’agit pour l’instant que des premiers balbutiements, on peut y voir les prémisses d’une potentielle mobilisation d’ampleur à l’échelle nationale, à même de peser dans le rapport de force que les grévistes - on l’espère - opposeront au gouvernement à partir du 5 décembre.

Parce qu’il serait un « accélérateur de la lutte des classes », il faut voir qu’un potentiel mouvement de masse de la jeunesse fait déjà trembler Macron et son monde, comme en témoignent notamment des propos recueillis par le Monde : « Le problème avec les étudiants, c’est qu’on sait quand ça démarre mais jamais quand et comment cela finit, soupire un député La République en marche (LRM). Il faut donc être très vigilant. Il n’y a pas d’autre option que d’apaiser. […] Le risque que cela s’agrège sur la manifestation du 5 est réel, redoute l’un d’eux. ».

À défaut de pouvoir nous « apaiser », d’autant plus au vu de l’actualité qui ne cesse de nous rappeler la profondeur de la précarisation qui nous touche et qu’il voudrait approfondir avec son programme de réformes structurelles, le gouvernement cherche absolument à étouffer la contestation. C’est bien ce que nous confirme cette journée de mobilisation à Toulouse, où les forces de répression ont tout fait pour éviter la coordination des différents lieux d’études mobilisés. Cette peur d’une contagion de la mobilisation dans la jeunesse s’est également exprimée ce jour à Massy, où des lycéen-nes qui avaient bloqué leur établissement se sont fait réprimé avec une grande violence à coups de tirs de gaz et de LBD. Cette répression bien rodée ne pourra être défiée que dans un mouvement d’ensemble, aux côtés des travailleuses et des travailleurs en lutte. Reste alors à le construire.

Dans cette perspective, alors que le spectre d’un mouvement étudiant de masse apparaît, sa construction et son poids dans le rapport de force à l’horizon du 5 décembre et au-delà dépendent, selon nous, non seulement de l’auto-organisation de la jeunesse sur ses lieux d’études mais aussi de la capacité de cette dernière à faire front autour d’un programme de lutte offensif contre la précarité qui permette, à partir des brêches existantes dans la situation politique, d’obtenir des victoires décisives pour les étudiant-es et l’ensemble du monde du travail.




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