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Politique

Toulouse. Face au manque de moyens à l’hôpital, vingt-cinq hospitaliers démissionnent

Excédés par leurs conditions de travail et la gestion catastrophique de la crise sanitaire, vingt-cinq urgentistes du CHU de Toulouse ont décidé de démissionner afin de dénoncer le manque de moyens criant dans les hôpitaux.

vendredi 10 juillet

Crédit photo : Lionel Bonaventure. AFP

Lundi 13 juillet, vingt-cinq urgentistes du CHU de Toulouse vont présenter leur démission. S’unissant d’une même voix dans une lettre adressée ce jeudi au CHU et à l’ARS et relayée par Libération, les urgentistes s’insurgent face à leurs conditions de travail invivables : « la direction du CHU de Toulouse a décidé de suspendre la totalité de ces moyens, nous contraignant à travailler dans la peur. La peur permanente de ne pouvoir assurer nos missions face aux besoins de la population. La crise du Covid a suscité la peur de nos concitoyens et de nos dirigeants. Nous avons tenu face à celle-ci. Nous refusons désormais d’exercer au quotidien dans la peur, faute de moyens pour travailler correctement. » Ils concluent par l’annonce de leur démission : « c’est pourquoi nous choisissons de quitter nos fonctions dans une institution où la seule de nos revendications, celle de la sécurité de nos patients, est traitée avec le plus grand mépris. »

Leur colère est plus que légitime face à l’énorme manque de moyens dans l’hôpital causé par des années de politiques austéritaires. De fait, entre 2013 et 2019, l’hôpital public a perdu 13 631 lits, 78% des suppressions de lits concernant le secteur public. Ces suppressions permettent de favoriser les hospitalisations partielles et sont donc un coût moindre pour l’État. Cela a en effet pour conséquence des économies dans le service public, les patients étant ainsi incités à se tourner vers des cliniques privées. En 2017 s’est ajoutée la coupure d’1,7 milliard d’euros opérée par le gouvernement Macron, dont l’aboutissement a été des infirmiers encore davantage débordés et sous-payés.

De plus, l’arrivée au pouvoir de Jean Castex et de Roselyne Bachelot, deux fervents défenseurs de l’hôpital-entreprise, qui ont contribué à mettre en place la tarification à l’activité ne peut qu’augmenter la colères de ces urgentistes. De fait, Jean Castex a été au cœur du processus législatif conduisant à la Loi Hôpital 2005, dont il a fait adopter le décret d’application. Ce décret a fait entrer la logique de rentabilité au sein de l’hôpital public avec notamment la tarification à l’acte et l’encadrement strict du budget des hôpitaux. Il a également centralisé le pouvoir de décision auprès des directeurs administratifs des hôpitaux, l’éloignant donc encore davantage des mains des soignants. Rappelons que la nomination comme premier ministre de Jean Castex, emblème de la casse du système de santé public, a été effectuée par le même homme qui rendait soit-disant hommage aux soignants il n’y a pas si longtemps, montrant définitivement l’hypocrisie de cette classe dirigeante.

Julien Terrié, délégué CGT au CHU de Toulouse, dénonce également auprès de France Bleu le Ségur de la santé : "C’est un bel enfumage ! En dessous de 300 euros net, c’est de la provocation on l’a toujours dit. Et on est loin du compte. Et cette mesure n’est même pas conditionnée à une augmentation régulière du point tous les ans, donc nos salaires vont continuer à baisser. » Et il prévient : "les mardis de la colère vont continuer". Une manifestation est ainsi prévue mardi 14 juillet à Toulouse, au Monument aux morts, à 14h. En effet, en plus de promettre une augmentation bien inférieure aux 300 euros exigés par les personnels soignants, le Ségur de la santé prévoit 1,4 milliard pour déployer ce qu’il appelle « un système d’intéressement collectif et individuel à l’hôpital ». Certains services pourront par exemple être récompensés en échange d’une certaine productivité. Cette proposition s’inscrit dans l’ensemble des politiques de ces dernières années, transformant les hôpitaux publics en des entreprises privées et fonctionnant par des systèmes de bonus.

Face à ces conditions de travail invivables répondant davantage à la rentabilité qu’au respect des patients et des soignants, les travailleurs de la santé doivent s’unir derrière un véritable programme, incluant une augmentation de salaire porté à 1 800 euros nets indexé sur l’inflation, mais également un plan d’embauche répondant au déficit humain dans le secteur de la santé. La réponse ne pourra venir que de la rue, par une vague blanche le 14 juillet, mais aussi par la grève et l’auto-organisation sur les lieux de travail.Car contrairement au plan hôpital introduit par Jean Castex, ce sont les travailleurs, présents tous les jours sur le terrain, qui sont les seuls capables de répondre aux besoins réels de la population et non les directeurs administratifs des hôpitaux.




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