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Jeunesse

Précarité étudiante

Toulouse : La cité universitaire « de la peur »

Depuis des années, les habitants la cité U de l'Arsenal vivent dans des logements insalubres. Des cafards dans les chambres à l'amiante dans le plafond, les étudiants n'en peuvent plus. Face à une administration qui les méprise, les résidents mènent le combat collectivement depuis des mois.

vendredi 12 avril

Les logements ne sont plus aux normes depuis des décennies. Cafards et punaises de lit s’invitent dans les chambre de 9 m2. Depuis des années le problème est là, pourtant rien n’est fait. L’administration du CROUS (Centre Régional des Ouvres Universitaires et Scolaires) a bien tenté de déblatiser 3 fois les bâtiments entre décembre 2018 et Janvier 2019, mais rien n’a fonctionné. Pire, ces interventions ont même contraint les étudiants à quitter leur domicile plusieurs jours, en pleine période de partiels et sans aucune solution de relogement. A cela vient s’ajouter un système d’alarme défectueux qui, d’après un des habitants, « sonnait plusieurs fois dans la nuit pendant plus 3 mois ». Les résidents vivent un véritable cauchemar, d’où le nom du collectif : « La cité U de la peur ». Ce dernier, né suite à une nouvelle invasion de cafards fin 2018, permet aux étudiants de s’organiser contre la politique anti sociale du CROUS (rassemblement, lettre à l’administration etc..).

Une administration sourde et répressive

La situation extrêmement précaire que vivent les étudiants est cependant connu depuis longtemps. Les rumeurs sur une expulsion couraient déjà depuis septembre. Quelques uns d’entre eux avait demandé précision à l’administration du CROUS. Aucune réponse durant des mois, puis subitement le 12 mars, la nouvelle tombe : les habitants seront expulsés le 30 juin (en pleine période de rattrapages). En plus d’ignorer les étudiants, l’administration fait preuve de mépris social. Elle justifie l’apparition des cafards et des blattes comme conséquence de la « saleté » des étudiants.

Aussi, les propositions de relogement du CROUS concernant l’année prochaine n’ont fait qu’accentuer la colère des résidents. Ces derniers prévoient de reloger les 220 étudiants dans les autres cités universitaires toulousaine, alors qu’elles affichent aujourd’hui complet (Chapou, Paul Sabatier...) Premièrement, elles ne résolvent aucunement le problème des étudiants qui n’ont pas d’autre choix que de garder leur logement durant l’été. Deuxièmement, pour tous les résidents, c’est une double peine : les logements proposés sont excentrés du centre ville et les loyers sont au minimum de 234 euros (contre 159 euros actuellement). Ce dernier chiffre rappel que ce sont les étudiants les plus précaires de Toulouse qui vivent actuellement dans ces bâtiments.

C’est d’ailleurs pour cette raison que beaucoup d’entre eux hésitent à se mobiliser. Ils sont dépendants du CROUS et craignent les représailles. L’un des résidents nous l’affirme, le CROUS peut se montrer très répressif. Il nous décrit la situation d’un des habitants qui, ayant perdu ses clés s’est vu interdire l’accès à son logement, tout ca, pour des retards de paiement.. C’est au bout de 3 semaines que l’administration a finalement ouvert sa chambre pour l’expulser juste après (changement de serrure). Aussi, les représentants étudiants n’ont aucun moyen de faire pression : ils sont « black listé » par le CROUS et pris pour cible par la sécurité. D’après le même habitant, les agents de sécurité sont le seul « moyens de dialogue » que donne l’administration.

Des politiques contre les étudiants les plus précaires

73,5 % des étudiants en France vivent sans bourses et sont totalement dépendants de leurs parents et de leurs salaires. Alors que 1 étudiant sur 2 est obligé de travailler à côté de ses études pour survivre, les loyers des grandes villes sont eux toujours en hausse. Plus précisément sur Toulouse, les logements sociaux réservés aux étudiants ne peuvent accueillir que 9 000 d’entre eux, soit seulement 7 % de la population étudiante toulousaine (139 000).

Ces quelques chiffres montre l’ampleur de la précarité étudiante et son lien avec la problématique du logement. Les résidences universitaire du CROUS sont les derniers logements pas cher pour les étudiants les plus pauvres. La situation des résidents de l’Arsenal illustre bien cette précarité et la manière dont elle est traitée par l’administration publique. A l’inverse, on ne peut s’empêcher de faire le lien avec le projet de construction de la résidence universitaire de TBS (Toulouse Buisness School) dans la même zone du centre ville (Compans Caffarelli). Soutenu par des subventions publiques, l’école de commerce « à 8000 euro l’année » compte bientôt accueillir 3000 étudiants sur le même site. Quant aux étudiants pauvres de l’Arsenal, qui eux sont scolarisés pour la plupart dans des universités publiques, le CROUS les repousse hors du centre ville dans des logements avec des loyers presque 2 fois plus élevés.

Cette situation témoigne, une nouvelle fois, de la situation de précarisation que la société et le rouleau compresseur néolibéral impose à la jeunesse, lui faisant payer la crise actuelle, créant un malaise de plus en plus profond au sein de celle-ci, avec un acroissement des pressions, ici matérielles, des dépressions, suicides…

Pour soutenir le collectif « La cité U de la Peur » une soirée de soutien est organisée le 23 avril Salle Sénéchal (Métro Capitole) à 19 h. Une conférence sur le logement du DAL (Droit Au Logement) sera au programme.




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