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Toulouse remet les sans-abris dans le froid

Toulouse : Les services du 115 en grève contre la levée du plan Grand Froid

John Strempe La préfecture de Haute-Garonne a décidé de lever le plan Grand Froid 48 heures seulement après sa mise en place. Les associations et personnel du 115 se mettent alors en grève pour dénoncer, non seulement la suspension des 52 places supplémentaires que permet le plan, mais plus largement, le manque de place, de moyens alloués et la remise à la rue par l’État des sans-abris.

jeudi 21 janvier 2016

Ce n’est pas la première fois que les services sociaux du 115 se mettent en grève à Toulouse. En décembre 2014, un mouvement social avait déjà éclaté contre le manque de moyen qu’alloue l’État à la Haute-Garonne. « La Haute-Garonne reste très en-deçà des autres départements de même taille et le 115 continue de faire de plus en plus de refus par manque de place disponible » expliquent les employés du Service Intégré d’Accueil et d’Orientation (SIAO). A Toulouse, ce sont 250 personnes qui vivent dans la rue chaque soir faute de place pour les héberger.

En 2016, rien n’a changé et la première mise en place du plan Grand Froid n’aura été effective que 48 heures depuis le début de l’hiver. Ce plan aurait permis d’ouvrir 52 places supplémentaires. Son abandon, « c’est autant de personnes qui se retrouvent à la rue ». Le manque de place est édifiant : « Les refus par manque de places enregistrés au 115 représentent en moyenne plus de 90% des demandes, et parfois 95%. Cela veut dire que chaque jour, 9 personnes sur 10 qui appellent le 115 restent sans réponse de mise à l’abri ! » déclarait déjà le SIAO haut-garonnais en fin 2014.

La préfecture est donc allée à l’encontre de la décision de la ministre du logement, qui déclarait dans une lettre aux préfets que « les places exceptionnelles ouvertes pour protéger les personnes sans abri durant l’hiver doivent le rester jusqu’à la fin de la trêve hivernale ». Même si la préfecture se défend d’avoir mis en place 35% d’hébergements en plus, cela n’empêche pas 250 sans-abris de Toulouse de continuer à vivre dehors, dans le froid. Celle-ci déclare qu’elle recevra les associations du 115 dans les prochains jours afin d’examiner la mise en place de nouveaux hébergements pour les sans-abris.

La préfecture et la ministre ont beau jeu de se renvoyer la balle. En réalité, Plan Grand Froid ou non, le nombre de places pour accueillir les sans domiciles est toujours honteusement bas, incapable de répondre aux demandes de ceux qui dorment à la rue et des mal-logés. A l’inverse, le nombre de logements vides est toujours aussi haut. La violence de cette inégalité s’est d’ailleurs brutalement révélée hier, lors de la découverte de la mort d’un sans domicile au cœur d’un des plus beaux quartiers de Paris, dans le VIIIe arrondissement. Celui-ci avait pourtant demandé un logement d’urgence depuis le mois de novembre.

Ainsi, quand ce n’est pas le bras armé de l’État qui réprime ces personnes écartées par le système, c’est l’État lui-même qui prend les choses en main afin de les laisser mourir de froid. En 2016, plus d’une vingtaine de personnes sans domicile ont trouvé la mort, d’après le collectif « Les morts dans la rue ». Où sont ceux qui se plaignaient que l’on s’occupe mieux des migrants que de « nos SDF français qui meurent dans la rue » ? Perdus de vue ! C’est bel et bien le mouvement social qui prend en charge cette question, sur des modalités analogues au mouvement d’accueil des migrants. Car il est clair que les personnes à la rue, tout comme les migrants fuyant leurs pays ravagés par les guerres impérialistes, sont les victimes d’un seul et même bourreau. Quand les personnes rejetées dans la misère avec mépris par les classes dominantes - sur les plans économique et social et ce par tout les biais, de l’espace médiatique à l’espace politique - se retrouvent victimes d’une énième attaque mortelle, il ne reste plus que la solidarité de classe pour entrevoir une lueur d’espoir : soutenons les grévistes du 115 !




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