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Toulouse. Les travailleurs du Mirail en grève : « Pas de retrait, pas de rentrée ! »

Plus d’une centaine de travailleurs administratifs et enseignants se sont réunis en AG à l’université du Mirail ce lundi. Ils ont voté à l'unanimité de rejoindre le mouvement contre la réforme des retraites en se mettant en grève reconductible.

mardi 7 janvier

A la fac du Mirail, rien ne présageait que la mobilisation qui avait lieu avant les vacances allait repartir de plus belle à la rentrée. Et pourtant ce lundi a eu lieu une assemblée générale du personnel administratif et enseignant de l’université. Réunis à une centaine environ, obligés de se serrer dans l’un des amphithéâtres de l’université, ils ont encore une fois fait preuve d’une grande combativité.

Dans la salle, beaucoup de nouvelles têtes qui n’avaient pas participé à la mobilisation contre la fusion des universités et contre Parcoursup en 2018. Certains départements, des unités de formations et de recherche (UFR) et les travailleurs de la santé et du social qui se mobilisent peu habituellement étaient cette fois-ci représentés. À l’instar de nombreux travailleurs non syndiqués, qui ont pris part aux votes, ce qui constitue une preuve de la colère ambiante.

Réunis en assemblée, les travailleurs administratifs et enseignants ont pris plusieurs résolutions. Les organisations syndicales présentes (CGT, FO SUD,SNESUP et SNASUB) ainsi que les non-syndiqués ont votés à l’unanimité de rejoindre le mouvement actuel contre la réforme des retraites en se mettant en grève le jour même (lundi 6 janvier). Ils ont également coté à une très large majorité la non-tenue des examens qui ont lieu du 7 au 11 janvier. De plus, ils ont décidé d’organiser des assemblées générales par département et composantes pour sensibiliser les collègues qui ne sont pas encore mobilisés. Une clé pour que la mobilisation s’étende à un plus grand nombre de travailleurs de l’enseignement supérieur.

L’assemblée générale avait pour objet de discussion principal la réforme des retraites mais aussi une attaque qui est passée sous les radars la semaine dernière, celle de la loi de transformation du service public. Votée en août dernier et mise en application à partir du 1er janvier 2020, cette loi introduit dans des secteurs comme la les administrations d’État, les collectivités territoriales et les établissements hospitaliers la possibilité d’avoir recours à des ruptures conventionnelles. De quoi inquiéter les personnels de l’université – institution relevant du ministère de l’enseignement – dont la gouvernance fait un pas de plus dans l’insertion des normes du privé dans l’université publique, dans les cartons depuis des dizaines d’années pour rendre l’enseignement plus compétitif, en déstabilisant la sécurité de l’emploi et donc en précarisant davantage le service public.

La présidente de l’université, Emmanuelle Garnier, joue avec le feu

Alors qu’une délégation issue de l’assemblée générale, composée de plusieurs dizaines de grévistes, s’est dirigée vers la présidence afin de rapporter les décisions prises et exiger la suspension des partiels, Emmanuelle Garnier, actuelle présidente élue sur une liste CFDT, n’était pas là pour les recevoir, trop occupée au rectorat. En guise de réponse, elle a envoyé dans la soirée un communiqué mensonger qui fait l’effet d’une bombe pour les travailleurs de l’université. Non seulement Garnier refuse les revendications des grévistes mais surtout déforme la réalité en réduisant la centaine de grévistes à quelques dizaines. Une tactique pour délégitimer aux yeux des absents les décisions de l’assemblée. Dans ce communiqué elle rappelle la décision de la présidence de reporter les examens qui devaient se tenir jeudi 9 janvier, officiellement pour permettre à la communauté universitaire de se mobiliser, mais en réalité surtout par peur de voir l’université paralysée par une mobilisation d’ampleur si elle ne lâche pas un peu de lest aux étudiants et aux travailleurs en lutte.

Le communiqué visant à décrédibiliser les grévistes et les décisions prises en AG est une manière de jouer avec le feu qui n’est pas sans danger. En effet, le Mirail n’est pas connu pour être clément envers sa direction surtout quand celle-ci fait preuve d’autant d’affront vis-à-vis de la démocratie des assemblées générales. En témoigne le sort du dernier président, Daniel Lacroix, hué dans les couloirs de l’université aux sons de « Lacroix Démission ! » et destitué de ses fonctions par la ministre de l’enseignement elle-même, conséquence de sa délégitimation de la part de la communauté universitaire.

Vers une alliance étudiants-travailleurs du Mirail pour imposer la victoire ?

Mercredi aura la première assemblée générale commune des étudiants et des personnels de l’année 2020, qui sera décisive pour savoir si oui ou non, les étudiants rejoindront la deuxième phase de la mobilisation après deux semaines de trêve imposées par les vacances de Noël. La présence de grévistes combatifs de l’université pourrait avoir un poids non négligeable sur la dynamique de mobilisation.

Le Mirail a une réputation d’université contestataire et combative. À l’image de 2018 qui a vu une alliance entre les personnels et les étudiants décrocher la victoire contre le projet de fusion, cette AG pourrait servir de tremplin pour envoyer un message de soutien à l’ensemble des secteurs qui se mobilisent contre la réforme des retraites, en particulier les cheminots et les travailleurs de l’éducation nationale qui sont en première ligne du conflit à Toulouse. En cette semaine de rentrée, les étudiants mobilisés ont notamment décidé de mener une campagne offensive sur l’université pour inviter à participer massivement à la caisse de grève des cheminots en reconductible depuis le 5 décembre.

Car, à la différence de 2018, l’éducation et le rail ne sont pas isolés dans la lutte. En effet, la situation est radicalement différente. La chimie, les raffineries, le rail, la RATP, l’enseignement ainsi que plusieurs secteurs de la fonction publique appellent à intensifier le mouvement et à faire plier le gouvernement. Cette semaine et la journée du 9 janvier, au Mirail comme ailleurs, seront décisives pour la suite du mouvement et les possibilités de faire enfin reculer Macron et son monde.




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