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« On n'a pas attendu les appels »

Toulouse. « On a décidé de dire stop » : le personnel de plusieurs centres petite enfance en grève

Ce mardi, alors qu'une date nationale est prévue en octobre pour le secteur, les agents d'accueil petite enfance de Saint Cyprien à Toulouse ont appelé à une journée de grève sur la ville. Une cinquantaine de grévistes et de soutiens se sont ainsi réunis pour revendiquer des conditions de travail et d'accueil des enfants décentes.

mardi 13 septembre

Photo : Révolution Permanente

"On en arrive à l’épuisement"

Alors que la rentrée révèle la situation catastrophique dans l’éducation nationale, dans les hôpitaux ainsi que dans les structures d’accueil de la petite enfance à l’échelle nationale, le personnel toulousain de ces structures s’est mis en grève ce mardi 13 septembre pour des conditions de travail et d’accueil décentes et pour une revalorisation des métiers de la petite enfance. Une cinquantaine de grévistes, de parents d’enfants accueillis par les structures en grève et de soutiens se sont retrouvés au rassemblement appelé par Sud Solidaires devant le centre d’accueil petite enfance de Saint Cyprien.

Dans les structures d’accueil petite enfance, les équipes sont épuisées par le manque de personnel. Lors du rassemblement, les grévistes racontent les absences non remplacées, le sous-effectif endémique, les congés supprimés, la précarisation de postes déjà faiblement rémunérés via la contractualisation et les heures supplémentaires constantes. Au centre de petite enfance de Saint Cyprien, il manque ainsi 5 agents par rapport aux quotas nécessaires et une absence prévue de longue date n’est pas remplacée depuis plus de 6 mois. "On en arrive à l’épuisement", témoigne une gréviste. "Les conditions de travail ne ressemblent à rien, le seul critère est la rentabilité. Ils refusent de recruter pour faire des économies sur notre dos."

Des conditions de travail dégradées face auxquelles les travailleuses de ce secteur, majoritairement composé de femmes, sont contraintes de s’adapter en permanence pour tenter de préserver la qualité d’accueil et d’éducation des enfants. "On ne veut pas faire du gardiennage, c’est censé être un métier humain !", explique une gréviste. Entre cette volonté de préserver un service de qualité pour les enfants et leurs parents et le manque de moyens et d’effectifs, le personnel se retrouve à prendre constamment sur lui. En conséquence, des burnouts, un stress intense, et une mise en danger du personnel et des enfants : "On nous demande de venir tout le temps. De bosser même quant on est malades", explique une gréviste. Face à cette situation intenable et au mépris de l’Etat, le personnel a décidé de dire stop.

"On a décidé de dire stop, on n’a pas attendu les appels"

Alors qu’une date nationale de mobilisation pour tout le personnel de la petite enfance est prévue le 6 octobre, le personnel toulousain et en particulier du centre d’accueil de Saint Cyprien ne pouvait pas attendre plus longtemps face à cette situation critique. C’est ainsi qu’ils et elles ont lancé la journée de grève du 13, construite à l’échelle de la ville. Des structures des secteurs de Soupetard, Borderouge - Trois Cocus, du Mirail, de Saint Simon, de Roseraie, d’Amouroux et de Saint Aubin se sont jointes à la mobilisation.

"On a décidé de dire stop, on n’a pas attendu les appels", appuie lors des prise de paroles une gréviste. "On a dit stop avant que nos corps et nos esprits ne nous rappellent cruellement à l’ordre, avant que les tout-petits et leur famille ne paient encore plus cher le prix d’un accueil qui s’effectue déjà dans des conditions dégradées malgré notre volonté de les impacter le moins possible au quotidien."

Les grévistes revendiquent des taux d’encadrement permettant la sécurité du personnel et des enfants, des conditions de travail décentes, une organisation efficiente du remplacement des personnels absents ainsi qu’une revalorisation des métiers de la petite enfance. Des revendications pour lesquelles le combat va devoir se poursuivre largement au niveau national et en coordination avec tous les secteurs mobilisés pour leurs conditions de travail.

Lutter ensemble contre la dégradation des conditions de travail

Le rassemblement a montré la nécessité et l’aspiration des grévistes à une lutte unitaire et coordonnée autour des conditions de travail alors que la rentrée révèle le manque de moyens et de personnel criant dans tous les secteurs du service public. Des parents d’enfants accueillis par les structures petite enfance en grève ont affirmé au micro leur soutien à la mobilisation. Des soutiens politiques sont également intervenus, avec François Piquemal, député France Insoumise de la NUPES et Jamal El Arch, élu municipal d’opposition. Diane, enseignante et militante à Révolution Permanente et à la CGT Educ’Action a également pris la parole pour apporter sa solidarité à une lutte contre les dégradations des conditions de travail auxquelles l’enseignement est également confronté.

Surtout, elle a appuyé l’urgence de coordonner la colère. "Il faut qu’on lutte tous ensemble [...] J’espère qu’on pourra se retrouver tous ensemble dans la rue et c’est quelque chose qu’il faut qu’on porte auprès de nos syndicats, dans nos organisations politiques."

Partout en France, la colère a explosé dans l’enseignement, parfois sous la forme de grèves locales face à une rentrée particulièrement chaotique. Des secteurs comme l’hôpital et aujourd’hui l’accueil petite enfance se mobilisent également face aux mêmes attaques contre les conditions de travail. Aux politiques austéritaires du gouvernement s’ajoute aujourd’hui l’inflation qui vient impacter durement les salaires. Face à cette situation, si la seule journée de grève inter-professionnelle posée par les directions syndicales le 29 septembre peut être un point d’appui, elle est loin d’offrir un plan de bataille à la hauteur de la situation. Comme le montrent les grévistes du secteur petite enfance de Saint Cyprien et leurs soutiens, l’urgence est au développement de mots d’ordres et de mobilisations communes pour tous les secteurs afin de faire plier le gouvernement et le patronat.



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