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Politique

Une affaire révélée par Médiacités

Toulouse. « Repars dans ton pays de merde », mensonges policiers après un contrôle raciste

Médiacités s’est procuré trois vidéos d’un contrôle d’identité sur fond de racisme. En novembre dernier, à Toulouse, Amin, réfugié politique, a été interpellé et placé en garde-à-vue pendant 48h. Il est poursuivi par les policiers devant le tribunal correctionnel. Les vidéos contredisent le tissu de mensonges rédigé par les policiers sur leurs procès-verbaux. L’affaire témoigne une nouvelle fois du fait que l’idéologie d’extrême droite est omniprésente au sein de l’institution policière, qui n’est autre que le bras armé de l’Etat bourgeois.

mercredi 29 avril

Crédit photo : Photo DDM illustration

« Toi, tu sers à quoi en France ? ». « Si tu n’aimes pas la France, tu te casses ouais ». « Repars dans ton pays de merde ». Ces propos racistes sans équivoque ont été proférés par un policier en novembre dernier, boulevard Lascrosses à Toulouse, lors d’un contrôle d’identité illégal (les flics étant habillés en civil, sans le moindre brassard). Des paroles nauséabondes, qui rappellent un certain slogan du Front National des années 1980 (« La France tu l’aimes, ou tu la quittes »), et à quel point les idéologies répugnantes de l’extrême-droite irriguent l’institution policière ; cette institution réactionnaire et coercitive qui n’est autre que le bras armé qui défend la petite minorité de parasites capitalistes qui dirigent le pays.

Retour sur les faits et les mensonges policiers

Le 19 novembre, au niveau du boulevard Lascrosses, cinq flics de la Police aux Frontières (PAF) de Blagnac, entièrement vêtus en civil décident d’opérer un contrôle d’identité sur un couple qui se dirige vers le quartier populaire Arnaud Bernard. « J’ai d’abord entendu “Arrête‐toi. Papiers d’identité” puis “Contrôle de police”. Sur le moment, je me suis demandé qui étaient ces gens car ils n’avaient pas de brassard, ni de carte officielle », décrit Amin pour Médiacités. La réaction d’Amin est on ne peut plus logique : le contrôle d’identité est parfaitement illégal. Amin, 40 ans, est un réfugié politique originaire de Syrie, il est accompagné de sa femme Linda, 37 ans. Depuis septembre 2019, le couple qui a trois enfants a ouvert un restaurant de tacos sur Toulouse.

Sur leurs procès-verbaux, les policiers accablent Amin : « dans un long monologue teinté de mépris portant en désordre sur l’utilité de notre fonction, sur le fait que ni lui ni sa femme ne sont de nationalité française et qu’il en est fier car il s’agit d’un “pays de merde” ». Il aurait alors directement ciblé l’un des policiers : « Le gardien de la paix Patrick informe le dénommé Amin que ses idées ne l’intéressent pas mais si il ne se sent pas bien sur le territoire français, il a la liberté de le quitter. Le dénommé Amin répète alors plusieurs fois de suite que “la France est un pays de merde” au gardien de la paix Patrick et voyant la neutralité affichée par le fonctionnaire termine ses phrases en lui disant “connard”. »

Heureusement, alors que les policiers font monter le ton, Linda a le bon réflexe. Elle filme avec son téléphone portable. Selon Médiacités, ce sont « trois petites vidéos [qui] tordent le cou à la version policière. La première, d’une durée d’une minute et 34 secondes, est la plus accablante. Son visionnage permet de comprendre très vite que c’est le gardien de la paix Patrick qui fait monter la pression, notamment en tenant des propos xénophobes à l’encontre d’Amin. »

Sur la vidéo ci-dessous, on peut voir que c’est bien le policier qui tente par tous les moyens de faire perdre son sang froid à Amin, en tenant des propos ouvertement xénophobes. « Toi, tu sers à quoi en France ? ». « Si tu n’aimes pas la France, tu te casses ouais ». « Repars dans ton pays de merde ». Les répliques d’Amin se trouvent bien loin des insultes qu’il aurait proféré, d’après les flics sur leurs procès-verbaux : par deux fois « La France, c’est plus grand que vous », ou encore « La France est plus intelligente que vous. »

Mais le tissu de mensonges qu’est le récit policier ne s’arrête pas là. Les policiers de la PAF assurent dans leur procès-verbal qu’Amin aurait essayé de s’emparer de l’arme d’un policier. « Non, c’est impossible. Celui qui dit ça n’est pas conscient de ce qu’il dit », a-t-il réagi lors de sa garde-à-vue. Au vu des vidéos, comme le résume Médiacités : « au moment où Amin aurait tenté de saisir l’arme, juste avant de se faire embarquer dans la voiture, on le voit entouré de trois policiers qui le maîtrisent et le menottent. Difficile de s’emparer d’une arme dans de telles conditions. Surtout que cette accusation disparaît complètement de la procédure finale et ne figure plus dans les chefs d’accusation retenus contre lui… ». Tout laisse à penser que les policiers ont chargé le plus possible le procès-verbal à grand coups de mensonge afin de faire corps et protéger leur collègue aux propos racistes. Une pratique très classique dans la police, notamment lorsque ces derniers sont auteurs d’insultes ou de violences policières, et qu’une plainte est déposée. C’est ce que la compagne d’Amin tentera de faire après qu’il ait été interpellé et placé en garde-à-vue dans les locaux de la PAF. Une requête qui lui sera refusée. Dans la foulée Amin est placé sous contrôle judiciaire, il a obligation de pointer au commissariat central de Toulouse tous les quinze jours.

Les policiers accusent Amin d’avoir mis un coup de tête à l’un des leurs. Amin affirme quant à lui avoir reçu un coup « au niveau du visage » par le flic qui l’a insulté et avoir été « projeté contre le mur et être tombé à terre ». Si l’avocat d’Amin réclame que la totalité du contenu des images de vidéo-surveillance soit introduit à la procédure, il a pour l’instant essuyé un refus catégorique.

Le couple avait tenté de lancer une première procédure dès la fin novembre via une avocate, en vain. L’avocat Me Pascal Nakache a repris le dosser : « Nous avons déposé plainte le 26 février auprès de M. Le Procureur de la République pour faits de violences volontaires, injures, traitements discriminatoires, traitements inhumains et dégradants, par des personnes dépositaires de l’autorité publique. Toute la vérité sur cette affaire doit être mise en lumière ». Amin est poursuivi devant le tribunal correctionnel pour « rébellion », « outrage » et « violence à une personne dépositaire de l’autorité publique ». Son audience est fixée au 19 mai prochain.

Violences policières et racisme d’Etat

Les exemples récents, lors du confinement montrent un déferlement de violences policières dans les quartiers populaires. Ces derniers jours à Villeneuve-la-Garenne, plus récemment encore à L’Ile-Saint-Denis, ou à Toulouse, un homme en sang se faisant frapper par un policier à coup de muselière. Des exemples qui montrent le vrai visage de la police, celui d’un corps répressif et réactionnaire, qui « protège quotidiennement la grande bourgeoisie », comme l’affirmait de manière lucide le Syndicat France Police-Policiers en colère, en septembre dernier. Et qui par conséquent a pour but de faire marcher au pas le reste de la population, au premier rang desquels les exploités et les opprimés, et donc les racisés comme Amin.
A L’Ile-Saint-Denis, le caractère profondément raciste de l’arrestation ultra-violente qu’a subi le jeune homme passé à tabac après s’être jeté dans la Seine, est plus que manifeste. « Un bicot comme ça, ça nage pas », « Il va passer un mauvais moment ». Des mots d’une violence inouïe signe de la véritable ratonnade organisée en toute impunité par les « forces de l’ordre ». « Des nostalgiques de l’époque où la police noyait des algériens dans la scène ! » comme le dit le journaliste Taha Bouhafs qui a publié la vidéo. Car ce sont bien les personnes racisées qui sont bien souvent les premières touchées par les violences policières. Un racisme d’Etat qui s’exerce de manière décomplexée par des policiers systématiquement impunis.

Le témoignage du sociologue Mathieu Rigouste, interpellé violemment (poignet cassé, tympan perforé) il y a six ans par trois baqueux sur la place Arnaud Bernard de Toulouse, est particulièrement révélateur des pratiques policières, et du fait que ces derniers se protègent systématiquement entre eux comme on peut l’imaginer à travers les procès-verbaux sur l’interpellation d’Amin.

Après son interpellation, le chercheur et militant explique que « comme d’habitude, c’est systémique, et systématique, ils ont porté plainte contre moi pour « outrage, rébellion et violence », pour se couvrir bien entendu. Et puis au passage, on imagine, pour récupérer des sous. J’ai porté plainte pour violence, et le juge a considéré qu’il n’y avait pas de raison d’ouvrir une enquête et donc non lieu. On a porté plainte au doyen des juges d’instruction et cette enquête n’est toujours pas terminée 6 ans après les faits. » D’ailleurs, six ans après, comme par enchantement, trois nouveaux policiers « se sont découverts victimes » de Mathieu. Il note, ironique : « donc j’aurais commis des violences à six policiers en étant menotté ».
Mathieu Rigouste poursuit : « L’analyse qu’on porte avec le Comité Vérité et Justice 31, c’est que ce qui m’est arrivé dans un quartier populaire du centre-ville, c’est le fonctionnement normal de la police. C’est-à-dire que ces baqueux, quand ils m’ont attrapé, ils m’ont fait ce qu’ils font en général aux classes populaires noires et arabes en particulier. Et ils ont pu faire ça parce qu’ils sont couverts en permanence, parce que c’est le fonctionnement normal des pratiques policières dans ces cadres-là, appliqué aux classes populaires et en particulier au corps des prolétaires non blancs. »

Dissolution de la police ! Mise en place de comités de quartier qui assurent la défense de ses habitants face aux violences de l’Etat !

Depuis l’arrestation d’Amin, les violences policières et l’impunité se sont accentuées notamment avec le confinement autoritaire imposé par le gouvernement et la bonapartisation encore plus accentuée du régime. Comme nous l’affirmions dans nos 12 mesures d’urgence pour que ce ne soit pas aux travailleurs de payer la facture de la crise : « Stop à la gestion répressive du confinement, la police hors des quartiers populaires ! L’Etat se sert du prétexte de la crise sanitaire pour renforcer son arsenal répressif, notamment dans les quartiers populaires, où les violences envers la population, et en particulier les jeunes, n’a cessé d’augmenter depuis le début du confinement, comme en témoigne le cas emblématique de Villeneuve-la-Garenne. L’Etat et son gouvernement préparent ainsi l’appareil répressif dont ils auront besoin pour mater les révoltes à venir face à la catastrophe de leur gestion sanitaire. »

Face à cela, la gauche révolutionnaire doit revendiquer avec l’ensemble du mouvement ouvrier et des organisations de quartiers et antiracistes la dissolution de la police ainsi que la mise en place de comités de quartier qui assurent la défense de ses habitants face aux violences de l’Etat.




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