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Politique

Journée des travailleurs et travailleuses

Toulouse. Un 1er mai sous le signe de l’unité, à quand un plan de bataille ?

A Toulouse, la manifestation du 1er mai a rassemblé plus de 4 000 personnes. Un cortège marqué par les tendances à l’unité syndicale, avec notamment la présence de la CFDT Haute Garonne, mais qui n’a pas permis d’esquisser de véritable plan de bataille qui mette au cœur la lutte pour des augmentations générales de salaires. Face à l’inflation galopante, à quand un plan offensif ?

lundi 2 mai

Partie de la place Esquirol aux alentours de 10h, la manifestation toulousaine du 1er mai a mobilisé plusieurs milliers de personnes. Des chiffres dans la continuité des précédentes manifestations, mais qui en deçà de ce qu’on pouvait attendre au regard de la colère montante, qui s’exprime de plus en plus sur la question des salaires.

Cette année, le 1er mai s’inscrit en effet dans un contexte particulier. Il s’agit de la première journée de mobilisation nationale suite à la réélection de Macron, et avant les prochaines élections législatives. Cette journée de mobilisation constitue ainsi une première réponse face à Macron, qui entend bien imposer sa contre-réforme des retraites, alors que l’inflation et la hausse des prix, devenue structurelle, pose de manière brulante la question des salaires.

Un cortège syndical marqué par une pression unitaire à la base

Comme tous les ans, la CGT est le syndicat le plus massivement présent dans le cortège, à travers ses différentes fédérations et unions. Elle est suivie par les organisations de l’intersyndicale – la FSU, Sud-Solidaires – et de la CFDT, avec un cortège d’une vingtaine de personnes défilant juste derrière la CGT. On peut noter l’absence de Force Ouvrière, qui cette année n’a pas appelé à l’échelle nationale comme locale, tandis que quelques branches de l’UNSA étaient présentes dans le cortège.

A Toulouse, au traditionnel appel de la CGT-FSU-Solidaires se sont joint cette année l’UNSA – au niveau national – et l’union départementale CFDT – uniquement en Haute-Garonne. Une exception révélatrice de la pression à l’unité qui existe à la base, y compris au sein de secteurs de la CFDT.

Une pression à laquelle les directions syndicales ont dû répondre : en fin de manifestation, Cédric Caubère, secrétaire départemental de la CGT, a ainsi insisté sur l’aspect unitaire du cortège, et sur la nécessité « pour combattre le capital » de faire « l’unité », condition pour « gagner le progrès social ». Il a ainsi appelé tout « camp progressiste en France » à se rassembler, interpellant les syndicats, mais aussi les forces et partis politiques : « Les syndicats, tout seuls, ne pourront pas aboutir dans leurs combats. Le mouvement social doit marcher sur deux pieds. »

Un 1er mai particulièrement politique, mais quelles perspectives sur le terrain des luttes ?

Dans un contexte électoral, les organisation politiques étaient très présentes ce 1er mai. Parmi celles-ci, l’Union Populaire, le PCF, EELV, le NPA, Lutte Ouvrière, les militants antifascistes toulousains, Révolution Permanente et quelques militants isolés du PS ou de Générations. D’autre organisations étaient également présentes telles que Amnesty international ou le collectif Palestine Vaincra, dont la dissolution vient d’être suspendue par le Conseil d’Etat. Une première victoire pour l’organisation, visée par le ministère de l’Intérieur dans le cadre de l’offensives autoritaire du gouvernement Macron.

Plus gros cortège parmi les organisations politiques, avec environ 200 personnes, l’Union Populaire fait une démonstration qui reste relative au regard du score obtenu par Jean-Luc Mélenchon dans la ville rose, où le candidat à la présidentielle a recueilli 36 % des suffrages exprimés au premier tour. Après avoir appelé à « économiser des kilomètres de manifestations » puis boycotté les manifestations de l’entre-deux tour, l’UP était présente dans la rue non pas pour défendre un « troisième tour » de luttes sociales, mais bien pour défendre son « troisième tour » électoral. L’Union Populaire a ainsi multiplié les slogans en ce sens : « Et un, et deux, et troisième tour ! », des « députés à l’assemblé par centaines » ou mentionnant la « cohabitation » Macron-Mélenchon. Pourtant, ce n’est manifestement pas sur ce terrain que pourra s’exprimer un véritable rapport de forces, qui se doit en premier lieu se faire contre le grand patronat.

A quand un vrai plan de bataille sur les salaires ?

La colère existe. Alors qu’une trentaine d’entreprises, en particulier dans le secteur de l’aéronautique, ont lutté ces derniers mois pour les salaires à Toulouse, les travailleuses et travailleurs en lutte ont été très peu visibilisés lors de la manifestation. A l’exception d’un petit cortège des « Mécachrome en grève », composé d’ouvriers de plusieurs sous-traitants, les différentes grèves ne sont pas apparues dans la manifestation, ni les grévistes appelés à prendre la parole. Or, c’est essentiellement en s’appuyant sur ces luttes, et en appuyant l’auto-organisation des travailleurs à la base, qu’il sera possible de nourrir la combativité qui ne cherche qu’une voix pour s’exprimer.

Or, ce n’est pas dans cette direction que semble s’orienter la direction toulousaine de la CGT. Celle-ci a appelé au troisième tour électoral souhaité par la France Insoumise, sans toutefois utiliser cette formulation, à travers un appel « à l’unité des partis de gauche pour les futures élections législatives ». Une position qui, bien qu’elle affirme « marcher sur deux jambes », participe ainsi à canaliser la colère des travailleurs dans une voie électorale en les incitant à placer leurs espoirs dans une nouvelle « gauche plurielle » plutôt qu’à lutter.

Si les aspirations à l’unité étaient palpables, la question reste : l’unité, pour quoi faire ? Car ce n’est ni par le « dialogue social », ni par « les urnes » que l’on pourra combattre le patronat et le gouvernement. C’est au contraire par la lutte, par la grève, en créant un véritable rapport de force que les travailleuses et travailleurs parviendront à imposer leurs revendications sur les salaires, pour les retraites, pour des meilleures conditions de travail. Alors que les attaques se multiplient, il serait temps que les directions syndicales proposent un véritable plan de bataille qui permettent de l’emporter, comme l’a souligné Gaëtan Gracia à la manifestation :



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