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Culture et Sport

Le Grand Départ

Tour de France. Dopage et cyclisme, entre vérités et idées reçues

Nous republions ci-dessous, un de nos articles sur la Grande Boucle. Le Tour de France s’élancera de Bruxelles, ce samedi 6 juillet. La grande fête du cyclisme devra, comme chaque année et plus particulièrement depuis l’affaire Festina en 1998, vivre avec une épée de Damoclès au dessus de la tête : le dopage.

vendredi 5 juillet

Crédit photo : Presse Sports

Il est peu de dire que le cyclisme est l’un des sports ayant le plus souffert des affaires de dopage. Sujet largement passé sous silence malgré quelques scandales au cours des années 1980 et 1990, l’affaire Festina du Tour 1998 viendra mettre un énorme coup de pied dans la fourmilière. L’équipe de Richard Virenque se verra expulsée de la compétition dès la 6ème étape et une grève des coureurs lors de la 17ème étape, entre Albertville et Aix-les-Bains, finira par faire du Tour 1998 l’un des plus scandaleux de l’histoire. Il marque surtout le début d’une nouvelle ère : celle de la lutte antidopage dans le cyclisme et de ses limites. Les années « Armstrong » et le règne de ce derrnier sur le Tour entre 1999 et 2006 aboutiront, en 2012, au retrait de l’ensemble de ses titres.

De nombreuses affaires émaillent alors la quasi-totalité des éditions. Contador, vainqueur de l’édition 2010 est destitué de son titre le 6 février 2012, Floyd Landis est expulsé lors de la 17ème étape du Tour 2006, et Rasmussen se verra expulsé par son équipe lors du Tour 2007 pour manquement à des contrôles antidopage en amont du Tour. La multiplication de ces affaires a fini par estampiller le cyclisme comme un sport « sale », dont l’image est incontestablement liée, à l’heure actuelle, à celle du dopage.
Le sport le plus contrôlé… mais seulement au 6ème rang des sports les plus touchés par le dopage !

Les chiffres publiés par l’ Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) en 2012 révèlent que, si le cyclisme est, de loin, le sport le plus contrôlé avec 1812 échantillons analysés, il ne se retrouve qu’au sixième rang des sports les plus touchés par le dopage lorsque les résultats sont ramenés à une échelle proportionnelle. Le rugby, qui truste ce peu glorieux classement des sports les plus touchés devant le football et l’athlétisme, n’apparaît qu’au troisième rang des sports les plus contrôlés, avec seulement 588 échantillons analysés. Ces chiffres amènent donc à un double constat. Le dopage n’est pas inhérent au cyclisme mais découle d’enjeux différents et la question du dopage n’est pas abordée de la même manière dans les sports dits « collectifs », tandis qu’ils sont bien plus au centre des préoccupations dans des sports « individuels », tel que le cyclisme et l’athlétisme. Cette différence, clairement marquée par les chiffres de l’AFLD, pose d’autres questions extra-sportives, notamment vis-à-vis des enjeux économiques et des représentations autour de l’exploit sportif, qui diffèrent selon la nature de l’épreuve, qu’elle soit collective ou individuelle.
Performances individuelles, collectives et enjeux économiques

Le Tour de France et les épreuves d’endurance en général, ont une dimension plus titanesque, plus inhumaine, que celle d’un effort plus immédiat et délimité dans le temps. Une course de trois semaines pour parcourir plus de 3000 kilomètres, tout en escaladant plusieurs cols, tout ceci n’est pas comparable à un match de 90 minutes ! Le vice étant que, pour les équipes de football de très haut niveau par exemple, les rencontres s’enchaînent tous les trois jours, pour arriver à un total dépassant les soixante-dix rencontres entre août et mai. Cependant, cet étalement dans le temps efface l’aspect « inhumain » de la tâche.

C’est dans ce cadre que l’influence des enjeux économiques lors de manifestations sportives entre en scène. Pour le Tour de France, il s’agit avant tout d’exposition maximale des sponsors, en prenant la « bonne échappée » ou en « jouant la gagne ». De plus, les contraintes télévisuelles amènent à penser l’épreuve dans des données différentes. Les coureurs ont un timing à respecter, devant rallier l’arrivée, pour les premiers, entre 17 et 18 heures tandis que les coureurs plus à l’arrière ne doivent pas dépasser le délai fixé à chaque étapes. Les intérêts en jeu, colossaux, favorisent donc le recours à des pratiques illégales, rendant la tâche possible. Cette même logique embrasse l’ensemble des sports exposés médiatiquement, qu’il s’agisse de sports « collectifs » ou « individuels », mais se trouve renforcée dans le cadre des épreuves de cyclisme.

Le cyclisme a longtemps évité cette question, qui a explosé en 1998 telle une bombe. Mais la politique de traque aux tricheurs ne s’attaque qu’aux conséquences, et non aux causes du dopage dans le peloton. Loin d’être un cas à part le cyclisme a été forcé par les contradictions entre sa pratique et les enjeux économiques et médiatiques d’épreuves, tels que le Tour de France, à devoir affronter le problème. Au moins sur la forme… La lutte antidopage dans le cyclisme professionnel, alors que le dopage gangrène une partie du cyclisme amateur, n’est qu’un écran de fumée dans le but de préserver les intérêts économiques générés par le sport-spectacle soumis à la logique de la marchandisation.




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