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Politique

Un président triomphant, vraiment ?

"Tour de France" : Macron en opération 2022 pour faire oublier son bilan sanitaire catastrophique

Macron entamait ce mercredi un « tour de France des territoires », pour tenter de surfer sur la réouverture. Un coup de com pour lancer sa campagne pour 2022 tout en essayant de faire oublier sa gestion catastrophique de la crise sanitaire, mais qui pourrait être rattrapé par la colère profonde.

mercredi 2 juin

Source photo : AFP

Alors que les élections régionales se rapprochent à grand pas, Emmanuel Macron se prépare déjà pour 2022. C’est le sens de son « tour de France des territoires » entamé ce mercredi 2 juin, qui durera plus d’un mois et pendant lequel il s’arrêtera à une dizaine d’étapes dans l’Hexagone. S’il décrit lui-même sa démarche comme visant à « prendre le pouls » des Français à la sortie du troisième confinement, l’objectif réel est bien celui de faire oublier le désastre sanitaire dont il est responsable, tout en se préparant pour les élections présidentielles.

C’est donc dans le département du Lot que débute le périple de Macron, qui s’est rendu ce mercredi dans le village de Saint-Cirq-Lapopie, et qui visitera jeudi le village de Martel. Deux lieux hautement touristiques en France, dans lesquels il sait qu’il va être bien accueilli : à Saint-Cirq-Lapopie, il obtenait 78 % des votes au second tour en 2017. Et ça n’a pas échappé à une habitante, qui expliquait à France Info que « c’est aussi pour ça qu’il vient là. C’est plutôt des retraités aisés qui vivent ici et c’est sûr qu’il n’y aura pas de dissidents pour embêter. ». Un choix pertinent pour le président qui garde sans nul doute le souvenir de sa tournée de 2018. Alors qu’il cherchait à casser l’image de « président des riches », ses déplacements et les réactions de colère qu’ils avaient suscité avaient constitué le prémisse du mouvement des gilets jaunes.

Il a profité de son déplacement, durant lequel il devait aborder la question du tourisme, pour annoncer que 15 milliards d’euros d’aides seront accordées à ce secteur par l’Etat. Promettant la création de 50 000 emplois, Macron a déclaré « plaider pour un tourisme vert et patrimonial », une formule qui masque mal la promesse de profits qu’il fait aux patrons de ce secteur.

Le macronisme adopte la « positive attitude » pour masquer sa gestion sanitaire catastrophique

Si Macron a déjà usé de tours de France pour ses coups de com’, celui-ci s’inscrit dans une opération de communication de grande ampleur du gouvernement, à savoir celle du « retour des jours heureux ». Depuis le début du déconfinement, le gouvernement multiplie les actions pour justifier son calendrier, et surfer sur l’euphorie de la réouverture : en quelques jours, le gouvernement s’est pavané dans les terrasses, a annoncé la mise en place du pass culture, s’est mis en scène avec McFly et Carlito sur Youtube, a organisé le concert d’Indochine à Bercy, … Autant d’opérations qui visent à faire oublier les 15 mois de catastrophe sanitaire dont il est le principal responsable.

Car si Macron cherche à se donner une bonne image, il reste le président du gouvernement entaché par le lourd bilan des 110.000 morts en France, des confinements pro-patronaux et des multiples scandales à tous les niveaux, d’abord avec les masques, les tests puis les vaccins. D’autant plus que si le nombre de contaminations continue de décroître en France, on ne mesure pas encore l’impact de la réouverture sur celles-ci. Ce mercredi, Gabriel Attal a d’ailleurs pointé des éléments inquiétants en Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine pointant une « dynamique de progression » de l’épidémie « qui constitue un signal d’alerte et qui doit amener le plus grand nombre à la vigilance ».

En outre, de nombreuses incertitudes subsistent face à une pandémie loin d’être endiguée à l’échelle internationale, et que le nationalisme vaccinal contribue à prolonger. Quand la France peut souffler, l’Argentine reconfine, et les variants indiens et vietnamiens, plus résistants aux vaccins, menacent les possibilités de stabilisation de la situation.

Macron part en campagne pour 2022 avec de nombreuses contradictions

Il est clair que ce tour de France s’inscrit dans la campagne présidentielle de Macron, qui cherche à prendre le pas sur les élections régionales qui vont se tenir le 20 et le 27 juin 2021. D’autant plus que les prévisions pour les Régionales sont loin d’aller dans son sens : les derniers sondages concernant les Hauts-de-France et l’Ile-de-France placent Les Républicains et le Rassemblement National comme les deux prétendants au deuxième tour, tandis que LREM ne pourrait accéder au deuxième tour en Provence-Alpes-Côte-d’Azur que dilué dans une liste dirigée par LR. Le départ en campagne de Macron pourrait, à ce titre, servir à avancer le lancement de la campagne présidentielle pour mieux camoufler l’échec des résultats des élections de juin.

Après l’offensive lancée en direction de la jeunesse, ce tour de France doit également être l’occasion de convaincre un électorat à droite, décrit par Le Monde comme « une France plus conservatrice et plus âgée, cruciale pour emporter l’élection présidentielle ».

Mais derrière cette opération de communication et l’accueil triomphaliste qui lui est réservé, les contradictions sont multiples pour Macron. Outre l’épidémie qui n’est pas encore vaincue, la colère qui s’est exprimée durant ces cinq dernières années est loin d’avoir disparue, et si la crise du Covid-19 a joué, avec la complicité des directions syndicales, un rôle de contention, celle-ci ne restera pas confinée éternellement.




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