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Tourisme. Qui bénéficiera du plan de 18 milliards d’euros annoncé par Édouard Philippe ?

Édouard Philippe a annoncé un plan de 18 milliards d’euros d’engagement pour aider le marché du tourisme frappé de plein fouet par la pandémie. Mais à qui cela profitera ? Les grandes entreprises ou les PME ?

jeudi 14 mai

L’allocution d’Édouard Philippe commençait comme une histoire d’Astérix avec « le plaisir très français […] de se retrouver, de bien manger, de discuter, de se rencontrer ». La suite prête moins à moins sourire.

Le premier ministre a expliqué que « ce qui est bon pour le tourisme est souvent bon pour la France ».En effet, l’importance du tourisme pour l’économie française n’est plus à prouver. L’industrie touristique représente habituellement près de 8 % du PIB et génère l’emploi d’environ deux millions de salariés.

Avec la pandémie de Coronavirus, « le tourisme fait probablement face à la pire épreuve de son histoire moderne, alors même que c’est un des fleurons de l’économie française, son sauvetage est donc une priorité nationale » d’après Édouard Philippe.

Il a dressé un tableau très sombre, 95 % des hôtels français sont actuellement fermés et la quasi-totalité des salariés sont actuellement en chômage partiel.

Il a par la suite dévoilé les mesures prises afin de relancer ce secteur vital pour l’économie française. Tout d’abord, il a assuré que « les Français pourront partir en vacances en France au mois de juillet et au mois d’août », même s’il peut y avoir « de possibles restrictions très localisées » en fonction de la situation sanitaire.

Un plan de relance de 18 milliards

« Les Français peuvent prendre leurs réservations », a insisté le Premier ministre. « Les acteurs du tourisme, de l’hôtellerie, se sont engagés à faire en sorte qu’ils soient intégralement remboursés dans l’hypothèse où l’évolution de l’épidémie ne rendrait pas possible le départ en vacances ».
Un plan « sans précédent » de « 18 milliards d’euros d’engagements ».

« Le fonds de solidarité restera ouvert pour les entreprises du secteur hôtellerie, restauration tourisme jusqu’à fin 2020 », et sera même « élargi à des entreprises de plus grande taille », à savoir celles qui ont jusqu’à 20 salariés et deux millions d’euros de chiffre d’affaires.

Les conditions de chômage partiel sont prolongées jusqu’en septembre 2020. « L’exonération des charges durera tant que les fermetures administratives dureront. » Le Premier ministre a annoncé également un plan d’investissement d’1,3 milliard d’euros ainsi qu’un doublement du plafond journalier des tickets restaurants, arrivant à un montant de 38 euros. Un « prêt garanti État saison » (PGES) sera mis en place avec des « conditions plus favorables que celle du PGE ». Son plafond pourra atteindre « les trois meilleurs mois de l’année précédente », et non plus 25 % du chiffre d’affaires. La BPI France va augmenter le budget pour les « prêts tourisme » passant de 250 millions d’euros à un milliard d’euros.

Qui bénéficiera de ces 18 milliards ?

Édouard Philippe n’a pas détaillé la question. Mais son insistance pour dépeindre le tourisme comme secteur majeur de l’économie française laisse supposer que les grosses entreprises, que les profits faramineux engendrés au cours des dernières années protègent largement du risque de faillite, sauront tirer leur épingle du jeu. La société Euro Disney, avec plus de 10 000 salariés et un chiffre d’affaires de 1,768 milliards d’euros en 2019, est l’entreprise de tourisme qui a le plus grand chiffre d’affaires. En 2018, la croissance du nombre de nuitées a été plus élevée dans les « 4 étoiles et plus » (+ 6,0 %) que dans les autres catégories d’hôtels selon l’INSEE.

L’exonération des charges est extrêmement avantageuse pour de telles entreprises. De plus, les aides fournies seront sans doutes à hauteur de ce que les entreprises rapportent en temps normal. Il y a donc une forte possibilité que les petites entreprises soient malgré tout dans la difficulté, aux profits des grandes entreprises. Ces dernières pourront également dégraisser les effectifs en guise de variable d’ajustement. Euro Disney a déjà licencié 1000 de ses CDD. Parmi les cadeaux au patronat prévus par le gouvernement, une précarisation encore plus importante des contrats courts et d’intérim est incluse dans le projet de loi d’urgence en cours d’élaboration. Une autre variable d’ajustement qui bénéficiera en premier lieu au grand patronat et dont l’immense majorité des travailleurs sera victime.

Ces milliards offerts aux grandes entreprises se feront avec l’argent du contribuable. Le plan de relance peut profiter inégalement aux entreprises selon leur poids économique. De nombreuses PME seront obligées de fermer boutique alors que les grandes entreprises pourront aisément passer la crise. L’OMT parle de « 100 à 120 millions d’emplois en danger » dans le secteur du tourisme dans le monde. La France ne fait pas exception. Le secteur du tourisme embauche massivement des saisonniers, CDD ou intérimaires, une couche de la population déjà paupérisée qui sont les premiers impactés par les conséquences économique de la pandémie.

C’est pourquoi, face à ce plan du gouvernement, il faut lutter pour l’interdiction des licenciements, l’ensemble des salariés de ce secteur doivent pouvoir voir leurs salaires maintenus à 100%. Ceux qui sont aujourd’hui au chômage du fait de la baisse d’activités du tourisme doivent également percevoir une allocation.




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