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Notre classe

Construire le rapport de force

Tous dans la rue le 23 avril : un point de départ pour le retrait de la réforme de l’assurance-chômage !

A l’appel de plusieurs organisations syndicales, une journée de mobilisation aura lieu vendredi 23 avril. Une première étape dans la construction d’un véritable rapport de force, qui nécessitera de rompre définitivement avec la stratégie du dialogue social et des dates isolées ainsi que d'élargir le mouvement à l'ensemble du monde du travail.

mercredi 21 avril

Crédits photo : Radio Tongossa

Le 2 mars dernier, Élisabeth Borne présentait le texte final de la réforme de l’assurance chômage officialisé par décret le 31 mars et effective dès le 1 er juillet prochain. En pleine crise économique, alors que les licenciements se comptent par centaines de milliers (800 000 licenciements ou emplois menacés depuis le début de la crise sanitaire), et que le taux de chômage grimpe en flèche (+ 7,5 % en 2020), quand le nombre de demandeurs d’emplois approche les 4 millions, la nouvelle réforme du gouvernement vient concrétiser une nouvelle attaque d’ampleur contre notre camp social.

Une attaque d’ampleur contre les plus précaires de notre classe

Cette réforme illustre parfaitement quel est le projet du gouvernement : celui de la casse sociale pour faire payer la crise aux plus précaires. Et ce après avoir octroyé des centaines de milliards d’euros au grand patronat pour faire face à la crise, pendant que les plans sociaux s’enchaînent.

Comme nous l’écrivions précédemment dans nos colonnes : « Les attaques de cette réforme se déclinent en deux volets principaux. Le premier concerne les indemnités journalières : alors que le montant de l’allocation était jusqu’ici calculé à partir des jours travaillés sur une période de 12 mois, désormais une période de 24 mois sera prise en compte, incluant les jours travaillés ou non, et entraînera donc une baisse de ces allocations pour un grand nombre de chômeurs. Le deuxième volet modifie les conditions d’accès à l’assurance chômage : il faudra désormais avoir travaillé et cotisé six mois sur les 28 derniers mois plutôt que quatre mois sur 24 comme actuellement. »

De plus, la semaine dernière, une enquête commandée par le syndicat FO à l’Unédic révélait que la réforme pénaliserait tout particulièrement certaines catégories d’actifs, parmi lesquelles les femmes en congé maternité et les salariés au chômage partiel. Un scandale qui obligeait Elisabeth Borne à réagir, regrettant des « effets non voulus » et assurant que « ce n’était pas du tout l’objectif »…

Une réforme d’autant plus scandaleuse que l’argument économique convoqué par la macronie ne tient pas. La Cour des comptes a récemment alerté sur les pertes de l’Unédic liées à la crise du Covid-19, celles-ci pourraient atteindre les 16,4 milliards d’euros. Pour le gouvernement, il s’agit une nouvelle fois de faire des économies sur le dos des plus précaires. Mais contrairement à l’éternelle rengaine qui voudrait nous faire croire qu’il faut « se serrer la ceinture », l’argent ne manque pas. Dans une enquête récente, Alternatives économiques dévoilait que les milliardaires français sont les plus riches d’Europe et qu’ils se sont considérablement enrichis depuis le début de la crise sanitaire, la somme de leurs fortunes dépasse les 350 milliards d’euros. Dans le même temps, l’évasion fiscale représente chaque année en France 100 milliards d’euros. De quoi très largement pallier au « trou » de 400 millions d’euros à Pôle emploi dont se plaignent le gouvernement et la Cour des Comptes.

Face à cette attaque violente : poser les bases d’une riposte générale le 23 avril pour faire reculer Macron

Face à cette attaque d’ampleur, plusieurs syndicats appellent de façon unitaire à une première journée nationale de mobilisation. Depuis le 26 mars, les occupants des théâtres dans toute la France organisent des « journées de la colère » contre la réforme de l’assurance-chômage. Une mobilisation que les directions syndicales ont décidé de rejoindre, en appelant conjointement à manifester. En Ile-de-France, une intersyndicale CGT, Solidaires, FSU, UNEF, UNL appelle ainsi à la mobilisation ce vendredi 23 avril. pourrait être la première pierre d’une réponse d’ensemble contre la précarité et les attaques du gouvernement. Des fédérations de la CGT ont également appelés à la mobilisation à l’image de la CGT Fonction Publique, de la CGT Intérim, de la CGT Chômeurs, de la CGT Spectacle ou de la CGT Organismes sociaux.

Cet appel prend place alors que le seul horizon de lutte qui a longtemps été donné par les directions syndicales a été la négociation avec le gouvernement puis la saisine du conseil d’État. Une réponse essentiellement basée sur le terrain juridique qui renvoie aux « stratégies de la défaite » des directions syndicales ces dernières années face aux attaques historiques du gouvernement. De Laurent Berger à Philippe Martinez, les directions syndicales auront ainsi surtout servi à légitimer les cadres du « dialogue social » par la participation à des réunions avec le gouvernement et Élisabeth Borne, qu’à la construction d’un réel rapport de force.

La journée de vendredi pourrait ainsi être le point de départ d’une riposte à la réforme de l’assurance-chômage, à condition d’être articulée à un plan de bataille d’ensemble. Pour mener une riposte à la hauteur, l’enjeu sera de construire la mobilisation par le bas dès vendredi, au travers d’assemblées générales. Une mobilisation qui ne saurait se limiter aux précaires mais que le monde du travail doit rejoindre massivement dans un contexte de crise économique, où le patronat licencie à tour de bras pour maintenir ses profits. En ce sens, l’absence d’appel à la grève est une limite qu’il faudra dépasser pour espérer nouer un rapport de force à même de faire retirer la réforme. Un appel à la grève qui devrait aller de pair avec la rupture de tout dialogue social.

Comme l’ont montré les intermittents et les précaires, qui ont occupé les lieux de culture et initié les vendredi de la colère, notamment contre cette réforme, il est possible de se battre dans une perspective interprofessionnelle. C’est cette voie que nous devons suivre en imposant par la rue et surtout par la grève, le recul du gouvernement. Mais pour que le mouvement puisse s’ancrer, il faudra le doter d’autres perspectives. Face à l’assurance-chômage, mais aussi face aux licenciements et à la précarité, c’est d’un véritable plan de bataille dont doit se doter notre camp social. C’est à ce titre que la manifestation du 23 avril est une nouvelle étape, dans la continuité des vendredis de la colère, pour construire la riposte.




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