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Politique

Aucun dialogue social !

Tout augmente, sauf nos salaires ! Les directions syndicales signent le début des vacances

Alors que l’inflation s’installe et se généralise, rarement les directions syndicales, n’avaient été aussi absentes en appelant la prochaine mobilisation au 29 septembre. Alors même que le gouvernement est empêtré dans une crise politique majeure, ne faudrait-il passe saisir de la brèche pour proposer un plan de bataille ?

mercredi 13 juillet

L’inflation un problème généralisé, le gouvernement protège les bénéfices du patronat

Cela fait des mois que le coût de la vie ne cesse d’augmenter. L’inflation devrait culminer à 7% la fin d’année et toucher de plus en plus les produits de nécessité.

Sur les plateaux télé, l’inflation est présentée comme le produit naturel de la reprise d’activité post pandémie et la guerre en Ukraine, pourtant les marges faites par le grand patronat pour augmenter leur profit en sont beaucoup plus la cause. En effet, si une chose n’augmente pas, c’est bien le salaire des travailleurs, à l’inverse, les prix augmentent conjointement aux bénéfices des grandes entreprises. À l’image de Total, Engie, LVMH, ou encore Mulliez, pour les plus grandes fortunes, c’est l’année de tous les records. Pour eux, l’inflation est une aubaine, pour les classes populaires, elle pèse de plus en plus sur le portefeuille.

Bien sûr, le gouvernement refuse de poser cette réalité. Au contraire, il répond à l’inflation avec le projet de loi « pouvoir d’achat » qui entérine une baisse des salaires réels, mais surtout garanti de ne pas toucher aux profits accumulés du grand patronat. Ce mardi soir, l’exécutif tend une main sur sa droite en intégrant dans le projet de loi, l’exonération des heures supplémentaires : une mesure pro-patronale qui vise à faire travailler plus pour des miettes.

Dans ce même sens lors du sommet « Choose France » devant 180 patrons étrangers - dont Coca-Cola, Disney, Siemens, des banques américaines Citi, JP Morgan, Morgan Stanley, le conglomérat chinois Fosun - Bruno Le Maire y a promulguer les 30 milliards du plan "France 2030", mais surtout a affirmé principalement que le gouvernement continuerait « de baisser les impôts de production ».

Cette situation attise les inquiétudes et la colère sociale. À ce titre, la multiplication des grèves défensive pour l’augmentation des salaires dans des secteurs très divers l’illustre. La liste ne peut être exhaustive tant ce phénomène de contestation sociale est large. Que ce soit à Décathlon, à Sephora, à Thalès, à Chronodrive, à Amazon, à Total, dans les hôpitaux, la grande distribution, à la RATP, à la SNCF, les travailleurs se sont mobilisés. Dans cette épidémie de grève, celle historique de l’aéroport de Roissy, retentit particulièrement par l’unité qu’elle a réussi à construire entre les entreprises sous-traitantes et donneurs d’ordres. C’est un phénomène intéressant qui montre la voie à suivre afin de véritablement déstabiliser le pouvoir : celle de la construction de l’unité des grèves sur les salaires. Et si cela n’est pas encore le cas, c’est bien parce que les directions syndicales n’y travaillent pas.

Un fossé abyssal entre les inquiétudes sociales et l’attitude des directions syndicales : rendez-vous le 29 septembre pour réhabiliter le dialogue social

Alors que le gouvernement est plongé dans une instabilité politique inédite, nous devrions exploiter cette brèche pour faire un émerger un mouvement de masse. Pourtant sur ce terrain le gouvernement est bien aidé par les directions syndicales qui entre dialogue social et passivité contiennent les contestations. Pour cause, ces dernières ne tentent aucunement d’organiser et d’unir la colère qui s’exprime dans différents secteurs, et brille d’un décalage abyssal avec les enjeux de la situation.

Près de 80 jours, voici ce qui nous sépare de la mobilisation appelé par l’inter-syndicale au 29 septembre pour les salaires. Une journée isolée renvoyée aux calendes grecques, délié de tout plan bataille qui s’inscrit dans la lignée de la politique des directions syndicales depuis la fin du premier confinement. Un appel qui laisse présager une nouvelle date qui ne permettra pas d’incarner la radicalité qu’expriment les grèves sur les salaires. Philippe Martinez, secrétaire générale de la CGT, justifie cela ce mercredi matin sur BFM en déclarant simplement que «  c’est les vacances, tout le monde a besoin de se reposer  ». Il y a un mois déjà, s’il constatait sur cette même chaine « une période de conflictuelle, avec une multiplication des conflits pour l’augmentation des salaires », il acquiesçait à l’interpellation de la journaliste sur l’absence de «  feuille de route des syndicats pour le pouvoir d’achat des Français  ».

Si l’appel signé par la CGT et Solidaire dénonce la politique du gouvernement et conclue à juste titre que la contestation « doit s’inscrire dans une mobilisation large et dans la durée », il ne suffit pourtant pas de le déclarer, il faut un plan de bataille, une stratégie et un programme qui s’en fixe les objectifs.

Au contraire de cela, un dernier communiqué intersyndical plus large – signé notamment par la CFDT, la CGT, FO, CFE, Solidaire, Unsa, FSU ou encore l’UNEF – se contente ce mercredi d’interpeller pour « une meilleure répartition des richesses au profit des salariés », et se limite à rappeler « que le SMIC est un salaire d’embauche » et que « l’exonération des cotisations met à mal notre système de protection sociale collective ». La seule revendication porte sur le conditionnement des aides aux entreprises », que le « futur débat parlementaire doit permettre d’avancer » pour « les entreprises qui ne jouent pas le jeu en matière salariale ».

Bien plus, ce communiqué se trouve une nouvelle fois dans la lignée de la réhabilitation du dialogue social « dans les branches professionnelles et les entreprises ». Dans la même logique Philippe Martinez affirmait sur BFM, « qu’il faut que les choses se passent un peu plus sereinement et en règle avec le code du travail et la négociation collective ».

Alors que la crise politique ouvre une opportunité importante pour un mouvement d’ampleur, il est plus que jamais nécessaire que les directions syndicales rompent avec le dialogue social.

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La classe dominante se prépare à nous faire payer la crise : l’urgence d’un plan de bataille pour unir la lutte pour l’augmentation des salaires

Cette passivité frappante, contraste avec l’attitude de la classe dominante qui elle, organise la défense de ses intérêts face à la crise. Leur représentant à la tête du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, n’aura pas tardé à mettre la pression contre tout immobilisme après les premières déclarations du gouvernement. Le message est clair, il n’est pas question de toucher au profit du patronat et le gouvernement a reçu le message cinq sur cinq.

Si cela marque une certaine inquiétude, c’est totalement justifié face aux mouvements de contestations qui se manifestent. La multiplication des conflits depuis plusieurs mois et le contexte social tendu avec l’inflation, laissent envisager tout le potentiel d’une unification de ces luttes. Au spectre de la combinaison de la radicalité des Gilets Jaunes et les leviers du mouvement ouvrier organisé qui plane, la classe dominante claque des dents. Ainsi l’émergence d’une alternative aux directions syndicales parties en vacances, qui se pose la question de la coordination et des liaisons politiques des différentes grèves sur les salaires doit être posé. C’est ce qu’exprime Nordine, travailleur à l’aéroport de Roissy, lorsqu’il affirme dans l’émission organisée par RP que « les salariés ont besoin de syndicats crédibles, ont soif de victoires. On a besoin d’un vrai plan de bataille, pas de manif merguez. À Roissy on fait des assemblées générales, ce sont les salariés qui nous donnent le tempo. C’est comme cela qu’on apprend à se battre collectivement et c’est comme cela que ça doit être partout »

Un plan de bataille qui part des mobilisations existantes de la réalité concrètes des luttes en tentant de les renforces et de les étendre. Avec comme socle l’auto-organisation, ces dernières pourrait exploiter tout leur potentiel et se coordonner à d’autres branches, secteurs ou plus larges encore, tout en gardant en faisant que les grévistes gardent le contrôle de leur lutte. À cela, les organisations syndicales et politiques qui les soutiennent devraient mettre à disposition leurs moyens financiers, matériels et humains en vue de remplir cet objectif. Seul un tel élan pourrait permettre de faire émerger des coordinations et un agenda dicté par la lutte de classe et l’auto-organisation des travailleurs.

Toujours à l’image de la mobilisation de travailleurs de l’aéroport de Roissy qui revendiquent 300 euros d’augmentation indexée sur l’inflation, le programme porté doit être offensif et permettre le lien entre les différents secteurs. Un programme afin de répondre sur la question des salaires, mais aussi à la crise profonde du capitalisme dont les travailleurs et les classes populaires payent les pots cassés.



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