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Jeunesse

Les élèves face à la continuité pédagogique

« Tout le monde va se ramasser ! », face au maintien du bac deux lycéens témoignent

Oscar et Boris sont lycéens en première, tous deux confinés et confrontés à une continuité pédagogique qui les dépasse, nous avons recueilli leurs témoignages. Ils se confient sur leur vision de la gestion de la crise sanitaire concernant l’éducation mais aussi sur les alternatives qu’ils imaginent au système actuel.

lundi 30 mars

Révolution permanente : Que pensez-vous du fait que le Bac soit maintenu malgré les conditions actuelles ?

Oscar : Pour nous c’était évident que ce serait maintenu au vu la situation dans laquelle on a passé toute notre année de première : une rentrée bordélique avec la réforme Banquer et tous les blocus, grèves, manifestations que cela à provoquer, et à raison évidemment. Aujourd’hui, avec la crise sanitaire on va rater un trimestre entier. On galère vraiment pour bosser à la maison, on a un ordi qui date de 2005 pour deux... Vraiment on s’y attendait, on n’est pas étonné du maintien coûte que coûte ! Mais on pense que s’ils maintiennent le BAC, les mouvements vont reprendre à la rentrée et que ça va repartir de plus belle pour d’autres mobilisations. C’est la première fois que trois continents sont confinés, que tous les établissements sont fermés donc on fait quoi ? Soit il nous donne le bac, ou sinon on le passe mais dans quelles conditions de préparation ? Tout le monde va se ramasser ! Moi je serais pour une année blanche. De toute façon le BAC, il ne vaut plus rien c’est un bac local. Cette année, si on le passe ça serait totalement inégalitaire puisque concernant le travail à la maison, des élèves ont des super ordi avec des parents pour les aider. Mais pour d’autres ce n’est vraiment pas le cas. Typiquement, me concernant, on est que tous les deux, on a un vieil ordi, et on doit s’occuper de la maison… C’est vraiment inégalitaire.

RP : Comment se déroule la continuité pédagogique dans vos établissements ?

Oscar : Pour l’instant, c’est un peu le bazar, ça dépend des matières. On sait qu’il y a une grosse pression mis sur les chefs d’établissement et plus généralement sur les membres de l’établissement, mais nos professeurs sont quand même dans une démarche hyper pédagogique, ils sont très compréhensifs. La plateforme de l’ENT néanmoins ne marche pas du tout. Les profs sont donc obligés de s’adapter : ils envoient des vidéos, certains cours sur des réseaux sociaux, qui permet un suivi. Mais tout ceci rend la continuité vraiment compliquée !

Boris  : Moi je galère de ouf, certains profs mettent des cours sur des plateformes auxquelles je n’arrive pas accéder, les messages sont incompréhensibles, j’y arrive pas du tout ! Et comme je n’ai pas de smartphone je me retrouve complètement isolé.

RP : Que pensez-vous du système éducatif actuelle ? Voyez-vous une alternative ?

Oscar : Je n’avais jamais vraiment réfléchi à une alternative mais je pense que le confinement révèle la logique de l’éducation en France : on nous demande des résultats, on nous demande des notes alors que le principe même de l’éducation c’est de veiller à ce que l’enfant apprenne ce qui importe pour lui. Pour moi on devrait plutôt tendre vers une éducation à la Montessori, en accompagnant l’enfant dans les apprentissages. On ne peut pas mettre tout le monde dans une case, dans la même spécialité, on apprend chacun à sa façon et à son rythme.

Boris : Moi je ne suis pas scolaire, j’ai vraiment du mal avec le principe de mettre une note. Il y a une pression énorme autour de ça, tout le temps. En plus maintenant avec la réforme des E3C on a plus de classes fixes, l’esprit de groupe disparaît au profit de l’individualisme. On n’a plus de communication entre nous. Il y a les phrases toutes faites que l’on nous rabâche en permanence du style : « si tu ne travailles pas bien tu n’auras pas ton BAC et tu sauras chômeur. » Alors qu’en réalité c’est totalement possible d’apprendre sans notes.

Oscar  : Par ailleurs j’ai fait un voyage en Colombie cette année et là-bas les élèves, qui sont à dix par classe, se lèvent parfois pour expliquer des notions à leurs camarades avec leurs propres mots, pendant que le prof reste attentif. Il y a beaucoup moins de hiérarchie, ils n’ont pas de programme à respecter. Du coup peut-être que sur toute leur scolarité ils ont moins d’acquis que nous mais les acquis qu’ils ont, ils les ont vraiment et ils leur seront plus utiles que certains de nos acquis.. Pour moi il faudrait tendre vers ça.

Propos recueillis par Prune Fabre




Mots-clés

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