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Du Pain et des Roses

Tribune libre

#ToutesAuxFrontières : les féministes réunies à Nice pour dire non à la politique migratoire européenne

Nous relayons ci-dessous une tribune libre à propos de la manifestation féministe de ce samedi à Nice contre les frontières et les politiques migratoires européennes, qui a été rapidement réprimée par la police.

lundi 7 juin

Photo prise sur le site Toutes aux frontières

Elles sont venues de toute l’Europe et ont été des milliers, samedi 5 juin, à se retrouver à Nice, première action d’un mouvement de lutte contre les frontières et les politiques migratoires européennes. Répondant à l’appel du collectif "Toutes aux frontières", pour une action féministe européenne contre "les murailles de l’Europe", elles ont porté une voix nouvelle, où se mêlaient colère, joie, rage et poésie. Parce que la question des frontières est un enjeu féministe, quand 54% des personnes migrantes sont des femmes, et quand les motifs spécifiques qui poussent les femmes, les filles et les personnes LGBTI sur la route de la migration ne sont pas reconnus (mutilations génitales, mariages forcés, transitions de genre ...), pas plus que les violences spécifiques auxquelles elles sont plus vulnérables tout au long de leur parcours migratoire (violences sexuelles, exploitation sexuelle ...). Aussi, parce qu’au-delà des droits des femmes, le féminisme permet de réinterroger radicalement les structures politiques et sociales, les militantes de "Toutes aux frontières" se sont organisées "pour rompre avec l’histoire patriarcale et militariste, pour la liberté de circulation partout sur la planète, pour une Europe sans muraille, pour un accueil digne et la reconnaissance des motifs d’asile spécifiques aux femmes, aux lesbiennes, à toute personne non-conforme à l’ordre patriarcal, pour créer des espaces de solidarité dans les luttes". Et, écrivait la sociologue et militante féministe et antimilitariste Pinar Selek : "Cette belle action inverse les positions habituelles : les féministes européennes ne vont pas parler au nom des exilé.es, mais cette fois ce sont les exilé.es qui vont parler au nom des mouvements féministes européens."

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C’est au cours d’un rassemblement féministe européen à Génève sur les migrations, en septembre 2019, que l’organisation de l’action "Toutes aux frontières" a été lancée. Prévue pour juin 2020, elle a dû être reportée pour cause de pandémie.

Associations féministes, collectifs de lutte pour les droits des personnes migrantes, organisations de gauche : si toutes et tous se sont réuni•e•s ce samedi 5 juin 2021, faisant fi des divisions et des fractures, pour défendre des revendications communes, l’abolition des frontières européennes et un accueil digne pour les personnes migrantes, c’est aussi là que réside la force du mouvement "Toutes aux frontières". Féministes et militantes ougandaises, françaises, irakiennes, turques, suisses, kurdes, italiennes, ivoiriennes, arméniennes, syriennes, colombiennes, ... Les prises de parole se sont succédées, témoignant de la pluralité politique du mouvement. Des chants, de la musique, de la danse, des slogans, des performances artistiques ... C’est aussi l’utilisation de l’art comme outil politique qui a permis de rendre cet évènement si beau, si fort et si marquant, héritier de pratiques de luttes féministes diverses.

En début de journée, le cortège a été attaqué par des militants identitaires, qui ont rapidement été immobilisés par la police déployée en nombre par la ville (au son des manifestantes qui scandaient : "Flics ! Fachos ! Hors de nos vies !"). Également, à Nice, ville-pilote de la vidéo surveillance, que des militantes ont tenté de déjouer en se peignant des formes symétriques sur le visage, la répression ne s’est pas fait attendre : lorsque, passée la promenade des Anglais, un espace s’est créé dans le cortège, la police a fait usage des gaz, séparant la manifestation en deux et une manifestante a été interpellée. De même, de l’autre côté de la frontière franco-italienne, des camarades féministes italiennes ont été empêchées de passer par la police française, certaines ont été étranglées, placées en garde-à-vue et l’une d’entre elles a eu le nez cassé.

Si cette manifestation, qui a réussi le coup de force de réunir des milliers de personnes sous une bannière féministe contre la politique migratoire européenne, a été réprimée, c’est aussi qu’elle présente une menace, celle d’un vrai mouvement social pour une Europe réinventée par le bas, solidaire et sans frontières, comme le réclamaient les militantes ce week-end.

Et ce n’est qu’un début, puisqu’une pétition a été lancée, pour une reconnaissance systématique et effective des motifs d’asile propres aux femmes, aux filles et aux personnes LGBTQI+, de même qu’un Appel à la constitution d’une large coalition européenne autour de cette pétition.




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