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Politique

Toyota déconfine 3300 salariés pour relancer la machine à profits

Alors que le confinement se poursuit malgré l’annonce d’un déconfinement progressif à partir du 11 mai, Toyota lance cette semaine la reprise sur son site d’Onnaing. Première usine automobile à reprendre, ce sont 3300 salariés qui devraient ainsi relancer l’activité pour produire 50 véhicules par jour afin de satisfaire les appétits de profits des actionnaires, et ce alors que les stocks de véhicules sont pleins à craquer !

lundi 20 avril

Crédit photo : Toyota

Cette semaine, l’usine Toyota d’Onnaing sera la première usine automobile française à relancer la production de véhicules. Une décision actée à l’issue d’un CSE le 15 avril avec l’approbation de l’ensemble des syndicats réformistes (CFDT, FO, CFE-CGC et CFTC) et malgré l’opposition de la CGT. L’activité devrait donc reprendre à partir du 23 avril avec une production réduite de 50 véhicules par jour contre 400 habituellement et une activité basée sur le « volontariat ». « Toyota a ainsi confirmé « en CSE extraordinaire le redémarrage progressif de ses activités le 21 avril », avec « une seule équipe de jour (de 07H00 à 15H00) pendant deux semaines » et « des horaires aménagés ». » note ainsi Le Blog Auto.

L’entreprise défend cette reprise en arguant de nécessités économiques, notamment pour répondre à une prétendue demande de « clients ». Un discours que reprennent largement les syndicats réformistes, qui présenteraient presque la reprise comme une mesure sanitaire ! « L’idée n’est pas de faire du chiffre, mais d’avoir une approche pédagogique pour intégrer les nouvelles mesures sanitaires. Il n’y a pas de pression de production » a ainsi expliqué à l’AFP Thomas Mercier, secrétaire CFDT et secrétaire du CSE, cité par Le Blog Auto. « On sait que l’activité doit être relancée. Personnellement, je me sens plus rassuré en allant au travail que lorsque je fais mes courses dans un magasin. » affirme quant à lui Fabrice Cambier, délégué FO interrogé par Le Monde.

Un soutien appuyé à la reprise que l’intersyndicale couvre derrière quelques revendications concernant l’accord de gestion de crise, telles que la mise en place d’un panier repas, le maintien des trois semaines de congés payés en août ou la compensation à 100% des pertes de salaires liées au chômage-partiel. De bien maigres revendications pour justifier la reprise d’une activité qui exposera des milliers de salariés au covid-19.

Une situation dénoncée par la CGT Toyota. « Le valenciennois est devenu un cluster, un lieu où le virus se développe plus qu’ailleurs, ce n’est vraiment pas le moment d’aggraver la propagation du virus dans le valenciennois, pas le moment de se retrouver dans les hôpitaux ou d’envoyer dans les hôpitaux nos compagnes ou compagnons. » explique ainsi dans une vidéo Eric Pecqueur, délégué CGT.

De fait, à l’heure où l’épidémie est loin d’être battue, mobiliser plus de 3300 salariés dans des usines dont la configuration rend impossible l’application des gestes barrière est un contre-sens d’un point de vue sanitaire. En outre, la CGT dénonce l’arnaque du « volontariat ». « L’hypocrisie du volontariat : il faudrait 1077 volontaires en équipe bleue les 23 et 24 avril, 1077 volontaires en équipe jaune les 27 et 28 avril, 1077 volontaires en équipe verte les 29 et 30 avril. L’horaire de travail sera fixe : 7h à 14h50. S’il n’y avait pas assez de volontaires...il y aurait des désignés d’office ! » note ainsi le syndicat sur sa page Facebook à l’issue d’une réunion la semaine dernière.

Outre le risque sanitaire, c’est aussi sur les motifs réels que s’interroge la CGT. « Pourquoi Toyota insiste et exige qu’on se regroupe à plus de 1000 par équipes pour produire quelques voitures ? Avec l’usine à l’arrêt, Toyota n’a quasiment pas de frais ! La direction affirme qu’il y aurait 35 000 clients en attente, mais le parc d’expédition est plein de puis des semaines, alors tout ça ne tient pas debout. » affirme notamment Eric Pecqueur toujours dans une vidéo publiée sur Facebook.

De fait, alors que l’économie mondiale est en grande partie à l’arrêt, il n’y a pas de doute sur la volonté de Toyota : relancer le plus rapidement possible la production pour doubler la concurrence. Quitte pour cela à exposer les salariés dans une région pourtant très touchée par le coronavirus… Une situation qui rappelle le scandale sanitaire que constitue le maintien et la relance des productions non-essentielles alors que l’épidémie continue de frapper.




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