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Du Pain et des Roses

États-Unis

Transphobie. L’Ohio pourrait adopter un texte permettant les contrôles génitaux sur des enfants

En plein contexte d’offensive contre le droit à l’avortement et les droits trans aux États-Unis, les représentants de l’Ohio, État tenu par les Républicains, veulent faire adopter un texte de loi ciblant les personnes trans en autorisant un “contrôle génital” sur toutes les élèves participant à des compétitions sportives.

mardi 7 juin

Crédits photo : JONATHAN ERNST / REUTERS

En ce début du mois des fiertés, les représentants républicains de l’État d’Ohio ont fait adopter un texte de loi visant à exclure les enfants transgenres du sport. Le texte « Save Women’s Sport Act » a pour motivation de "sauver" le sport féminin à l’école, mais viendrait en réalité soumettre les élèves participant à des compétitions sportives et soupçonnées d’être transgenres à des examens pour attester de leur sexe.

Si le texte devient loi, les enfants qui seront désignés par l’équipe adverse comme potentiellement trans devront fournir une attestation par un médecin qui vérifiera leurs organes génitaux par un examen pelvien (un examen interne des parties génitales), mais aussi leur niveau de production endogène de testostérone ainsi que le génotype de l’enfant par une prise de sang. En somme, un test traumatisant qui exclurait en définitif de toute compétition sportive, les enfants transgenres, mais aussi toutes les autres filles ou jeunes femmes cisgenres qui présenteraient une variation génétique anodine de leur taux d’hormone ou de leurs chromosomes.

La transphobie est devenue un des thèmes phares instrumentalisés par l’extrême-droite et toutes les forces réactionnaires et, avec l’approche des élections de mi-mandat, ces attaques tendent à se multiplier, les républicains créant en permanence de nouvelles paniques morales pour faire des personnes trans un nouvel “ennemi de l’intérieur”.

Récemment, on compte plus de 300 textes de loi, dont plusieurs ont été adoptés dans les "États rouges" qui s’attaquent aux personnes LGBTI, et en premier lieu aux personnes trans. Plusieurs lois prennent pour cible les enfants transgenres en restreignant leur accès aux soins de transition, aux compétions sportives, à la modification du sexe à l’état civil ou en transformant des soins de transition de genre en une « maltraitance » à signaler et pouvant aboutir sur le retrait de la garde de l’enfant à ses parents. Si l’assemblée qui pourrait autoriser ce texte ne se réunit qu’en novembre prochain, et que l’avenir de la loi est incertaine, il s’intègre dans une série d’attaques qui impactent profondément les conditions de vie des personnes trans aux les Etats-Unis.

A ces attaques s’ajoute celle centrale contre les droits reproductifs avec la remise en question de l’arrêt Roe vs Wade, qui aujourd’hui compromet l’accès à l’IVG dans plusieurs États. Ce sont des attaques en règle contre l’autonomie de nos corps qui arrivent pendant le gouvernement Biden, et avec une majorité démocrate dans le Congrès. Les mêmes Démocrates qui restent impuissants face à cette offensive réactionnaire, qu’il s’agisse des attaques aux droits trans ou des attaques au droit à l’avortement, et qui se cantonnent à prétendre vouloir offrir un « refuge » pour les jeunes transgenres dans les "États bleus" et à attendre passivement les élections de mi-mandat en novembre.

Comme l’exprimait Madeleine Freeman, notre camarade de Left Voice, organisation soeur de Révolution Permanente aux Etats-Unis :
Mais nous ne pouvons pas attendre jusqu’en novembre. Dans quelques semaines, des dizaines de millions de personnes n’auront plus d’accès, même limité, à des soins de santé qui, sans conteste, sauvent des vies. Pendant des décennies, les politiciens nous ont convaincus que nous étions impuissants pour stopper ces attaques. Ils nous disent d’exprimer notre colère et notre peur dans les urnes, élection après élection, pour s’assurer que même le droit nominal à l’avortement ne soit pas supprimé.
Mais nous ne pouvons plus retenir notre souffle. Il est temps de lancer un cri puissant et unifié pour défendre notre droit de choisir ce que nous faisons de notre corps et de notre avenir. Et cela signifie qu’il faut s’attaquer à la Cour suprême, au Sénat, à l’obstruction et à toutes les mesures antidémocratiques de l’État qui se dressent sur notre chemin.

Les droits de personnes LGBTI et le droit à l’avortement ne pourront être arrachés que dans la rue, de manière indépendante, sans dépendre des calculs électoraux des Démocrates aux Etats-Unis. Ici en France, où prolifèrent les mêmes rhétoriques réactionnaires dans l’assemblée, les médias, tout au long des présidentielles par les candidats d’extrême-droite, mais aussi par des groupes de militantes transphobes qui se réclament du féminisme, il est important de rappeler l’importance d’un mouvement féministe et LGBTI fort et indépendant de toute institution de l’État, qui se positionne fermement pour l’autodétermination contre toutes positions réactionnaires qui défendent une vision étroite de la société et du genre, essentialisant et réduisant les femmes à la norme biologique et à la notion de fertilité.



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