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Politique

Inflation

Travailler plus pour gagner moins. La loi « pouvoir d’achat : un programme 100 % patronal

Défiscalisation des heures supplémentaires, refus de s’attaquer aux profits du grand patronat et de toucher aux salaires, etc. Derrières quelques mesures cosmétiques, la loi pouvoir d’achat consacre un un programme pro-patronal et la promesse de nouvelles offensives contre les travailleurs.

vendredi 8 juillet

Crédits photo : AFP/Bertrand Guay

L’inflation continue de battre des records : d’ores et déjà à 5,8 % sur un an pour le mois de juin selon les estimations de l’INSEE, elle risque d’atteindre les 7 % d’ici la fin de l’année. Une situation qui pèse fortement sur le portefeuille des classes populaires et qui attise la colère sociale, en témoigne la multiplication des grèves dans des secteurs très divers. C’est dans ce contexte que le gouvernement présentait, ce jeudi 7 juillet, le projet de loi « pouvoir d’achat » en conseil des ministres. Derrière l’écran de fumée, les mesures énoncées par le gouvernement donnent le ton du prochain quinquennat : des miettes sous forme de mesures ciblées incapables de pallier à l’inflation et un programme pro-patronal, qui assume de nous faire travailler plus et plus longtemps … pour gagner moins.

Le gouvernement multiplie les mesures ciblées et normalise la perte de salaire réel

L’ensemble des mesures du « paquet pouvoir d’achat » consistent en grande partie en des miettes réparties en direction de franges ciblées de la population. Surtout ces mesurettes se gardent bien d’aborder la question des salaires. Une politique assumée par Bruno Le Maire qui revendiquait ce jeudi matin sur Europe 1 la fin du « quoi qu’il en coûte » et le passage « à des dispositifs temporaires ».

Concernant les prix, le gouvernement avait déjà annoncé qu’il maintiendrait le bouclier tarifaire sur les prix du gaz et de l’électricité, et que serait instauré le plafonnement de l’augmentation des prix du loyer à 3,5 %. Il entérine également la suppression de la redevance audiovisuelle.

En sus s’ajoute un florilège de dispositions ciblées, toutes en deçà des chiffres actuels de l’inflation : la revalorisation des aides au logement à 3,5 %, la revalorisation des minimas sociaux à 4 % tels que le RSA, l’allocation adultes handicapés, les prestations familiales, et les bourses pour les étudiants ainsi que le maintien des repas à 1 euro pour les étudiants boursiers selon Le Monde. L’un des seuls changements étant une « aide exceptionnelle de rentrée » - un nouveau chèque donc – de 100 euros pour les foyers modestes et de 50 euros supplémentaires d’après Les Echos, dont la somme apparaît déjà comme dérisoire.

L’une des principales nouveautés est le remplacement de la remise de 18 centimes à la pompe, qui sera progressivement supprimée à partir du 1er octobre, par une « indemnité carburant » pour les travailleurs. Selon Les Echos, celle-ci représenterait un chèque de 100 à 300 euros en fonction des revenus et de la distance du lieu de travail, et inclurait une prime de 50 euros pour les « gros rouleurs ». Bruno Le Maire expliquait ainsi sur Europe 1 que l’objectif était de « soutenir ceux qui ont besoin du carburant pour travailler ».

Un programme néolibéral pour faire des cadeaux au patronat : Macron veut faire payer les travailleurs

En réalité, le gouvernement ne promet qu’une série de mesures minimales face à l’augmentation des prix, se refuse à toucher aux salaires et défend les profits du patronat. Pour les travailleurs et les travailleuses, avec cette loi « pouvoir d’achat » il faudra se préparer à une perte de revenu réel ainsi qu’à de nouvelles attaques antisociales. Ainsi le relèvement du point d’indice des fonctionnaires à 3,5 %, ou encore l’augmentation du plafond de défiscalisation de la « prime transport » versée par les entreprises et la revalorisation de la prime d’activité à 4 % pour « que le travail paie et garantisse un niveau de vie digne même avec l’inflation » toujours selon Bruno Le Maire sont en deçà de l’inflation.

De la même manière, le gouvernement propose l’assouplissement du recours à l’intéressement qui allège la fiscalité patronale et le triplement de la « prime Macron », renommée « prime de la honte » tant les versements des entreprises sont minimaux. Le ministre de l’économie s’est même dit ouvert ce jeudi matin à de nouvelles mesures quant à la défiscalisation des heures supplémentaires, mesure pro-patronale par excellence qui tend à inciter les salariés à travailler toujours plus ... pour toujours moins sans augmentation salariale.

S’il cherche à donner l’illusion qu’il demande une contrepartie au patronat en les incitant à augmenter les salaires « si ils le peuvent », le gouvernement Borne refuse d’imposer une quelconque taxation des grands groupes, réclamée par l’opposition, et continue de marteler qu’il n’augmentera pas les impôts. Sur cette voie, cette semaine, le gouvernement n’a cessé de rappeler de quel côté il se place. Elisabeth Borne a promis 8 milliards de cadeaux au patronat dans son discours de politique générale tout en réaffirmant sa volonté de mener à bien le projet de réforme des retraites. Ainsi, le gouvernement Macron-Borne commence à dessiner son programme pour le prochain quinquennat : maquiller les attaques pro-MEDEF et anti-sociales de mesures cosmétiques pour que ce soient les travailleurs et les classes populaires qui paient le prix de l’inflation.

A l’inverse de toute illusion dans la proposition de loi du gouvernement et de la « guérilla parlementaire » qui va probablement suivre dont on ne récoltera que des miettes, seule la construction d’un rapport de force contre les patrons et le gouvernement permettra de ne pas payer l’inflation. Pour se faire, il est essentiel d’œuvrer à la coordination des différentes grèves locales et la construction d’un mouvement unitaire pour l’augmentation généralisée des salaires et l’indexation des salaires sur l’inflation.



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